C’est toujours de bonne guerre : on débauche chez l’adversaire, au point où les transfuges parlementaires sont devenus des éléments incontournables du jeu politique mauricien. La dernière défection en date, celle du député Sekar Naidu, demande cependant quelques réflexions. Voit-on se dégager une nouvelle tendance, celle de voir un parti tenter de disloquer un allié potentiel ?

Février 2006. Il se produit un événement inédit. Un député fait défection. Qui plus est, il abandonne aussi son cocon familial. Ce député, Ashock Jugnauth, connu pour être très proche de son frère Anerood et de son neveu Pravind, démissionne du MSM pour se rallier à la cause de Paul Bérenger. À ce moment-là, le MMM et le MSM agissaient de concert au Parlement et ailleurs. Mais Bérenger souhaitait un changement de leadership à l’intérieur du MSM. Il estimait que Pravind Jugnauth manquait d’envergure.

La défection d’Ashock fit beaucoup de peine à la famille Jugnauth. Jamais dans l’histoire du pays trois membres soudés d’une seule famille ne s’étaient présentés aux mêmes élections et tous trois s’étaient retrouvés à la tête du gouvernement. Avec le temps, l’effet Ashock s’estompera. Les intérêts politiques aideront à anesthésier ceux qui ont été troublés par cette défection. Mais l’élément de confiance, entre partenaires, en a pris un sérieux coup.

Et cette guerre par procuration était loin d’être finie. Le MSM devait ressentir un autre choc à la veille du meeting du 1er mai quand la démission de Sekar Naidu fut annoncée. Seuls les naïfs croiront que Naidu n’a nullement été encouragé dans sa démarche par ses amis du MMM. Les raisons qu’il a avancées pour justifier son départ
ne sauraient être plus bancales.

Il s’oppose à la peine de mort ! Mais est-ce un problème si pressant ? Si Pravind Jugnauth était Premier ministre et insistait à conduire à la potence un condamné à mort que toute la population avait jugé innocent, on aurait pu comprendre un objecteur de conscience comme Naidu. Mais quel est ce Mauricien innocent qui attend dans le couloir de la mort actuellement ? Pour l’homme des grands principes qu’il se targue d’être actuellement, Naidu aurait dû démissionner du Parlement. Car, sans le cachet de Pravind Jugnauth sur ses Nomination Papers, serait-il devenu député ?

À entendre le député démissionnaire, on est presque amené à croire qu’il a été élu sur la base de sa propre personnalité. Ou alors, après une intervention divine. Bref, il y a eu hidden agenda derrière cette démission. Le timing de l’événement est suspect et les explications données pour justifier la décision ne tiennent pas la route. Après Ashock Jugnauth, voilà un autre coup qui ne pousse pas Sun Trust à admirer de façon béate son futur allié.

Pour que l’élément de confiance vienne sceller une future alliance, Pravind Jugnauth se verra dans l’obligation d’obtenir des concessions majeures pour rendre crédible son choix de se rapprocher de Paul Bérenger, plutôt que de Navin Ramgoolam. Si une alliance MSM-MMM voit le jour, il faudra surtout attendre que les travaillistes concentrent leurs tirs sur Pravind Jugnauth, le présentant comme quelqu’un d’incapable de contrer les manœuvres de déstabilisation de Paul Bérenger.

Ils diront que Pravind Jugnauth se verra tout simplement marginalisé et privé de support, une fois les élections gagnées. Que le deal de partage du pouvoir et du poste de Premier ministre ne sera pas respecté. Après les épisodes Ashock Jugnauth et Sekar Naidu, le MMM se verrait bien contraint d’ajouter quelques étages de « trust » au bâtiment de la Rue Edith Cavell.