Il fut un temps où le job de ‘stop-go’ augmentait considérablement les chances de mariage d’un villageois. L’homme était employé par le Public Works Department et il contrôlait la circulation routière. Ce job était plus important que celui de laboureur ou de pêcheur.

La culture de service était différente. Le mantra se résumait à ‘ABC’ c’est-à-dire ‘assizé baise cash’. Et c’était un comportement accepté. Par exemple, un PS envoyait un chauffeur de l’État à un centre d’élevage pour convoyer deux litres de lait à sa femme. Il n’est pas surprenant que souvent sur fond de racisme, on disait que les fonctionnaires n’étaient pas compétents. Et que la paresse, les abus, les passe-droits, bref, le vol tout court des biens de l’Etat prévalait.

Cela n’a pas duré éternellement, car Maurice vivait au-delà de ses moyens. Le fort taux de chômage – après tout on ne pouvait pas créer toute une nation de cleaners et d’attendants – et les réalités économiques devaient provoquer une remise en question dans les années quatre-vingts. Surtout avec le Thatchérisme de Jugnauth. Dans la même foulée, des milliers d’emplois étaient créés dans les usines et les entreprises du secteur privé. Maurice commença à importer de la main-d’œuvre étrangère. Le ‘stop-go’ se mécanisait largement.

Les fonctionnaires ont souffert injustement d’une mauvaise image alors qu’ils se comptent
parmi les professionnels les plus compétents du pays. Qui voudrait prendre le risque d’opter pour le confort cinq-étoiles d’une clinique au déclenchement d’une crise cardiaque ? Il n’y a qu’une seule adresse pour ces malades s’ils entendent sauver leur vie. Dans plusieurs institutions étatiques, on travaille avec des professionnels d’une grande compétence formés dans les meilleures universités du monde, y compris celle de Maurice. Il est tout à fait raisonnable que ces professionnels soient récompensés. Le fonctionnaire doit être en mesure d’être plus compétent que les cadres du secteur privé. Que se passerait-t-il si le personnel de la Banque de Maurice ne comptait que des ploucs ? Comment vont-ils rappeler à l’ordre les banquiers qui trichent ? Il y a quand même des secteurs qui demandent à être professionnalisés. Et la police figure en première place parmi ces institutions. Pourquoi la police n’a-t-elle pas pendant toutes ces années installé des caméras de surveillance au passage souterrain qui relie la partie Sodnac au complexe commercial de Shoprite ? Ces caméras auraient coûté définitivement moins que la Toyota Prado que l’officier Dip et sa famille roulaient. La culture de la police n’a pas évolué. Au contraire, les officiers anglais étaient plus efficaces même si un gabelou pouvait se procurer une boîte de sardines gratuitement chez le boutiquier.

L’excellent rapport du PRB devrait maintenant créer l’environnement pour une vraie culture de travail. Les salaires et les conditions d’emploi sont attractifs. Les fonctionnaires ne doivent éprouver aucun complexe envers des employés du privé. En 2008, le mantra ABC est révolu.