The Queen’s Walk-in and Walk-out
- By Subash Gobine
- Published 1st June, 2008
La présence du parlementaire Parmanand Ramloll à ce qui devait être une rencontre de haut niveau entre le Premier ministre, des responsables des médias mauriciens et un spécialiste britannique est tombée comme un cheveu dans la soupe. Pour un médecin, qui a prêté le serment d’Hippocrate, s’offusquer que les journalistes ne dévoilent jamais leurs sources constitue le sommet de l’aberration. La question de Ramloll aurait dû intriguer ce grand spécialiste australo-britannique qu’est Geoffrey Robertson. Avocat de formation, aurait-il conseillé au journal qu’il défend dans un procès de dévoiler ses sources ? Me Robertson a une riche carrière derrière lui. Il a évolué dans plusieurs pays du monde. Son palmarès est décrit sur le site http://www.geoffreyrobertson.com/biography.htm
Son CV fait état d’un contrat qu’il avait obtenu du gouvernement mauricien en 1999 pour « draft new media laws ». Où est le produit de son travail ? S’il avait déjà défriché le terrain en 1999, que vient-il faire de nouveau en 2008 ?
La presse mauricienne se targue d’être l’une des plus vieilles du monde. Maurice – ou plutôt l’île de France – disposait déjà d’un titre en 1776. De 1776 à 2008, on a assisté à un foisonnement de titres, certains d’informations générales, d’autres partisans. Les trois grands groupes de presse qui survivent sont Le Mauricien, l’Express et le Défi Media Group. Le Mauricien a mené un rude combat de 1969 à 1973 pour que le pays ne bascule pas dans une dictature type Tiers Monde. Le groupe l’express a introduit les concepts du journalisme moderne. Le groupe Défi s’est signalé pour son impitoyable investigative reporting, qui a même entraîné la démission d’un juge et provoqué de profonds bouleversements politiques. Des corrompus et des fraudeurs ont été systématiquement démasqués. D’autres encore tremblent en parcourant le journal le samedi matin.
Pour une riche histoire de 232 ans, la presse compte aussi un passif de dérapages occasionnels. Vite sanctionnés, soit par le gouvernement, soit par les parties civiles. Dans les années soixante, le gouvernement avait saisi quelques éditions du journal incendiaire du mouvement Hindu Congress. En 1971, Le Militant avait été interdit de publication. Une censure de la presse fut pratiquée de 1971 à 1973. De nombreux procès ont été intentés aux journaux par des hommes, des femmes et des institutions qui estimaient avoir été diffamés.
Personne n’est infaillible. Si les procès tardent parfois, ce n’est pas la presse qui en est responsable. C’est le système judiciaire et le diary chargé des avocats qui occasionnent un tel état des faits. Certainement, la presse devrait abandonner quelques vieilles pratiques, notamment publier une mise au point suivie d’un véritable bashing de celui qui cherche à rectifier. Au fait, si le journaliste avait bien fait son travail, qu’il avait sollicité le point de vue de chaque partie concernée et qu’il ne s’était pas livré au one-sided reporting, les mises au point ne auraient plus été nécessaires. Parfois aussi, les journaux
reçoivent des mises au point frivoles et kilométriques. Mais si le journal a tort, la mise au point doit être publiée en respectant le grand principe anglo-saxon qui prescrit que le « reader has the last word ». Tous les journaux doivent définir leur code d’éthique. Certains l’ont déjà fait, d’autres s’y mettent. Il est vraiment nécessaire de prendre ses distances de certaines pratiques qui étaient acceptées dans le passé colonial.
Cette presse mérite-t-elle une remise en ordre ? Pas du tout. Toutes proportions gardées, les médias dans les pays développés jouissent d’énormes protections contre les atteintes à la liberté de la presse. La loi sur la diffamation est beaucoup plus souple. Au lieu d’une remise en ordre par une institution ou une VIP étrangère au service du gouvernement (ça sent bien la république bananière), on devrait plutôt assouplir les lois sur la diffamation à Maurice.
Les médias mauriciens sont bien tame par rapport à ce qui se passe à l’étranger. Me Robertson a sûrement cherché un mannequin aux seins nus à la page 3 de nos quotidiens. Le plus grand quotidien britannique, The Sun, publie systématiquement depuis 1970, à l’exception du jour suivant l’attentat de New York en 2001, la photo aux seins nus d’une jeune femme à sa page 3. Le Sun compte 9 millions de lecteurs, avec un tirage de 3 millions. Les topless sont aussi publiés en Australie, la deuxième patrie de Me Robertson, aux Etats-Unis, en Afrique du Sud et en Allemagne. Le Sun détruit à petit feu la famille royale britannique. Ses reporters surveillent le postérieur des femmes célèbres, y compris des jeunes membres de la famille royale, pour démasquer celle qui ne porte pas de culotte. Quand même, Me Robertson, pensez-vous réformer nos manières à Maurice ?
Me Robertson dira sans doute que le Sun est un journal bas de gamme. D’accord. Le modèle du professionnalisme et de la rectitude professionnelle est bien une institution britannique appelée la British Broadcasting Corporation (BBC). Sans reproche ? Le directeur de la BBC 1, Peter Fincham, a dû démissionner en 2007 après avoir annoncé avec fracas la diffusion d’un documentaire montrant la reine Elizabeth en posture de walk-out, car elle était outrée par le comportement de la journaliste américaine Annie Liebovitz, venue l’interviewer. Le directeur avait assidûment vendu ce rapport sensationnel. Mais il s’est avéré que les images de la reine effectuant un walk-out représentaient en fait une séquence où la reine partait à la rencontre de la journaliste. C’était, en fait, un walk-in, pas un walk-out. Qu’auraient dit les grands érudits si on vendait des photos des femmes nues à la page 3 de nos journaux et si on n’arrivait pas à distinguer entre un walk-in et un walk-out ? Le Dr Ramloll aurait-il insisté pour qu’on publie aussi les numéros de téléphone de ces belles créatures ? Question de dévoiler les sources après le buste !
Il n’est nullement nécessaire pour Me Robertson de venir rectifier un système qui a plus ou moins bien marché depuis plus de deux siècles. Mais Maurice ne perd pas de la présence de cet éminent avocat. Me Robertson est aimé du gouvernement. Lui, il adore le pays. Si seulement il se met, dorénavant, à vanter les merveilles du tourisme mauricien et de l’Integrated Resort Scheme auprès des gens qu’il rencontre à l’étranger, l’investissement du gouvernement dans sa personne ne aura pas été vain.
Son CV fait état d’un contrat qu’il avait obtenu du gouvernement mauricien en 1999 pour « draft new media laws ». Où est le produit de son travail ? S’il avait déjà défriché le terrain en 1999, que vient-il faire de nouveau en 2008 ?
La presse mauricienne se targue d’être l’une des plus vieilles du monde. Maurice – ou plutôt l’île de France – disposait déjà d’un titre en 1776. De 1776 à 2008, on a assisté à un foisonnement de titres, certains d’informations générales, d’autres partisans. Les trois grands groupes de presse qui survivent sont Le Mauricien, l’Express et le Défi Media Group. Le Mauricien a mené un rude combat de 1969 à 1973 pour que le pays ne bascule pas dans une dictature type Tiers Monde. Le groupe l’express a introduit les concepts du journalisme moderne. Le groupe Défi s’est signalé pour son impitoyable investigative reporting, qui a même entraîné la démission d’un juge et provoqué de profonds bouleversements politiques. Des corrompus et des fraudeurs ont été systématiquement démasqués. D’autres encore tremblent en parcourant le journal le samedi matin.
Pour une riche histoire de 232 ans, la presse compte aussi un passif de dérapages occasionnels. Vite sanctionnés, soit par le gouvernement, soit par les parties civiles. Dans les années soixante, le gouvernement avait saisi quelques éditions du journal incendiaire du mouvement Hindu Congress. En 1971, Le Militant avait été interdit de publication. Une censure de la presse fut pratiquée de 1971 à 1973. De nombreux procès ont été intentés aux journaux par des hommes, des femmes et des institutions qui estimaient avoir été diffamés.
Personne n’est infaillible. Si les procès tardent parfois, ce n’est pas la presse qui en est responsable. C’est le système judiciaire et le diary chargé des avocats qui occasionnent un tel état des faits. Certainement, la presse devrait abandonner quelques vieilles pratiques, notamment publier une mise au point suivie d’un véritable bashing de celui qui cherche à rectifier. Au fait, si le journaliste avait bien fait son travail, qu’il avait sollicité le point de vue de chaque partie concernée et qu’il ne s’était pas livré au one-sided reporting, les mises au point ne auraient plus été nécessaires. Parfois aussi, les journaux
Cette presse mérite-t-elle une remise en ordre ? Pas du tout. Toutes proportions gardées, les médias dans les pays développés jouissent d’énormes protections contre les atteintes à la liberté de la presse. La loi sur la diffamation est beaucoup plus souple. Au lieu d’une remise en ordre par une institution ou une VIP étrangère au service du gouvernement (ça sent bien la république bananière), on devrait plutôt assouplir les lois sur la diffamation à Maurice.
Les médias mauriciens sont bien tame par rapport à ce qui se passe à l’étranger. Me Robertson a sûrement cherché un mannequin aux seins nus à la page 3 de nos quotidiens. Le plus grand quotidien britannique, The Sun, publie systématiquement depuis 1970, à l’exception du jour suivant l’attentat de New York en 2001, la photo aux seins nus d’une jeune femme à sa page 3. Le Sun compte 9 millions de lecteurs, avec un tirage de 3 millions. Les topless sont aussi publiés en Australie, la deuxième patrie de Me Robertson, aux Etats-Unis, en Afrique du Sud et en Allemagne. Le Sun détruit à petit feu la famille royale britannique. Ses reporters surveillent le postérieur des femmes célèbres, y compris des jeunes membres de la famille royale, pour démasquer celle qui ne porte pas de culotte. Quand même, Me Robertson, pensez-vous réformer nos manières à Maurice ?
Me Robertson dira sans doute que le Sun est un journal bas de gamme. D’accord. Le modèle du professionnalisme et de la rectitude professionnelle est bien une institution britannique appelée la British Broadcasting Corporation (BBC). Sans reproche ? Le directeur de la BBC 1, Peter Fincham, a dû démissionner en 2007 après avoir annoncé avec fracas la diffusion d’un documentaire montrant la reine Elizabeth en posture de walk-out, car elle était outrée par le comportement de la journaliste américaine Annie Liebovitz, venue l’interviewer. Le directeur avait assidûment vendu ce rapport sensationnel. Mais il s’est avéré que les images de la reine effectuant un walk-out représentaient en fait une séquence où la reine partait à la rencontre de la journaliste. C’était, en fait, un walk-in, pas un walk-out. Qu’auraient dit les grands érudits si on vendait des photos des femmes nues à la page 3 de nos journaux et si on n’arrivait pas à distinguer entre un walk-in et un walk-out ? Le Dr Ramloll aurait-il insisté pour qu’on publie aussi les numéros de téléphone de ces belles créatures ? Question de dévoiler les sources après le buste !
Il n’est nullement nécessaire pour Me Robertson de venir rectifier un système qui a plus ou moins bien marché depuis plus de deux siècles. Mais Maurice ne perd pas de la présence de cet éminent avocat. Me Robertson est aimé du gouvernement. Lui, il adore le pays. Si seulement il se met, dorénavant, à vanter les merveilles du tourisme mauricien et de l’Integrated Resort Scheme auprès des gens qu’il rencontre à l’étranger, l’investissement du gouvernement dans sa personne ne aura pas été vain.
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3 Responses to "The Queen’s Walk-in and Walk-out" 
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said this on 08 Jun 2008 7:30:58 PM MUT
PM so compa in vire. Ena un koze ki dire un la bougie avant li fini so la flamme bat folle. ces sa ki pe arrive nous PM eck so Gouvt.
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said this on 06 Jun 2008 4:19:57 AM MUT
A chaque fois que le gouvernement veut faire avaler une pilule amère à la population, il fait appel à des experts étrangers qui viennent vanter à Maurice les « mérites » de sa politique. Sithanen a dépensé l’argent de l’Etat pour inviter certains idéologues néo-conservateurs chez nous avec pour tâche de défendre sa politique ultra-libérale. Voilà maintenant que le régime s’auréole de la bénédiction d’un avocat étranger, payé des deniers publics, pour venir justifier une éventuelle politique de musellement de la presse. Contrairement à SSR qui avait imposé la censure de la presse dans les années 70 sans l’appui d’une autorité quelconque, Navin Ramgoolam, lui, veut s’appuyer sur les conseils d’experts étrangers pour s’attaquer à la liberté d’expression.
Ces experts, trop contents de passer de bonnes vacances gratuites dans une île tropicale, donneront les conseils que le gouvernement veut entendre. Citant certaines pratiques malsaines dans les médias européens, telles que l’invasion de la vie privée de personnalités importantes par les paparazzis ou la publication de photos dites indécentes, ils tenteront de rationaliser la démarche gouvernementale visant à contrôler la presse en recommandant des mesures pour soi-disant dissuader de telles pratiques à Maurice. De toute évidence, la presse mauricienne, consciente du risque de diffamation, ne fait pas preuve d’excès dans sa dénonciation des scandales ou des individus peu honorables. Bien au contraire. Elle donne une large couverture aux propos et aux actes des ministres tout en gardant un esprit critique. Certaines incartades mineures de la presse, telles que le retard à publier certaines mises-au-point ou la proximité de certains journalistes avec des politiciens, sont devenues des excuses bancales pour brider les journalistes en général dans l’exercice de leurs fonctions. A juste titre, la presse indépendante a soulevé bien des cas de corruption insoupçonnés et montré au grand jour des actions répréhensibles qu’aucune autre force ne pouvait révéler. La propagande de la MBC n’arrive pas à compenser le régime de la mauvaise presse qu’il subit du fait de son incompétence dans certains domaines et de son immobilisme dans d’autres. Le gouvernement veut faire de la presse indépendante, pourtant objective dans la couverture accordée aux différents protagonistes politiques, un bouc-émissaire pour ses problèmes. La presse est un reflet de la société dans ses malheurs, ses aspirations et ses espoirs. Elle n’est qu’une messagère. Si le gouvernement a un problème de crédibilité, il n’a qu’à blâmer lui-même. Il ne peut pas « shoot the messenger » au lieu de s’adresser à ceux qui lui lancent un message de désespérance. Il s’invente des ennemis imaginaires pour faire diversion. La presse mauricienne, bâtie sur une tradition de plus de 200 ans de liberté, est une institution respectée que le gouvernement ne saurait étouffer sous un prétexte quelconque. Elle est le seul contre-pouvoir qui puisse exercer un droit de critique responsable. Les syndicats ne sont plus capables de défendre les droits des travailleurs face au rouleau compresseur de l’idéologie néolibéraliste. Une société civile agissante et jalouse de ses droits et libertés n’existe pas à Maurice. Les institutions publiques sont déjà instrumentalisées au service du pouvoir politique. Le judiciaire reste l’ultime rempart contre l’arbitraire, mais le recours à la Cour coûte très cher. Entre deux élections, les citoyens ordinaires doivent se rabattre sur la presse et les radios libres pour exprimer leur frustration. Un gouvernement libertaire a permis hier une certaine libéralisation des ondes. Aujourd’hui, un régime liberticide veut éliminer la presse libre en lui imposant des contraintes légales et financières. |
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said this on 04 Jun 2008 12:24:07 AM MUT
Les détracteurs les plus virulents de la presse sont, sans surprise, des individus qui n'ont jamais compris le B.A BA de la communication. Ils blâment les journalistes pour leur propre incompétence à formuler des idées que le public puisse comprendre. Et blâment encore la presse de reprendre les idées bien formulées de leurs opposants. Et si on ne pouvait blâmer la presse, on blâmerait encore le frère de la presse, ou son cousin ou son voisin.
Et si finalement ces gens là n'avaient rien à dire? |
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