Les deux premiers Budgets de Rama Sithanen étaient certaine­ment destinés aux hommes d’affaires. Le Budget de vendredi fait la part belle au social. Lors de la présentation des deux précédents Budgets, on pouvait juger par le body language du Premier ministre, Navin Ramgoolam, qu’il n’était pas tout à fait à l’aise avec la démarche de son ministre des Finances. Vendredi, le Premier ministre cachait mal son enthousiasme. Le Budget 2008/09 porte son empreinte et semble vouloir faire plaisir à son électorat.

Les deux premiers Budgets ont atteint leurs objectifs. Même si le prix à payer n’a pas fait plaisir à toute la population. Mais maintenant que les indicateurs pointent vers un redressement de nos finances publiques, il était temps d’introduire une large dose de social sans remettre en question la politique de rigueur. Ce qui a été fait. La création de plusieurs fonds massifs, destinés à financer l’accès à l’éducation tertiaire, aux sources d’énergie renouvelable et à l’empowerment des segments les plus vulnérables de la population, prouve que le gouvernement a voulu montrer qu’il est sensible à ses obligations sociales.

Le dernier Budget prend aussi la mesure de l’enjeu que constitue l’autosuffisance alimentaire dans le présent contexte international, marqué par une augmentation sans précédent du prix des céréales. Et symbole pour symbole, le fameux 4x4 duty-free du petit planteur fait son come-back. Facilités que vont aussi partager les éleveurs de porcs et les petits entrepreneurs.  Les données ont bien changé en quelques années : en 2008, le planteur et l’éleveur redeviennent des acteurs incontournables dans notre politique d’autosuffisance alimentaire alors que nous étions convaincus qu’il revenait à moins cher d’importer certains produits de consommation.

L’accent mis sur l’éducation tertiaire mérite aussi d’être souligné. L’île
Maurice n’a pas encore optimisé l’accès à l’éducation tertiaire à tous les jeunes qui ont complété le cycle secondaire. Les places sont restreintes dans les deux universités publiques. Les institutions payantes ne sont pas accessibles à tout le monde. Quant à l’éducation étrangère, seule l’élite peut s’en prévaloir. Reste toutefois la question de l’application des mesures annoncées par Sithanen. Il est tellement facile, depuis les travées gouvernementales, de se laisser emporter par les grandes mesures. Mais traduire dans les faits les belles intentions et débourser les fonds, ce n’est pas aussi facile que ça en a l’air.

Éliminer les 229 poches de pauvreté est une autre initiative qui mérite d’être signalée.

Sithanen a peut-être réussi vendredi à provoquer un déclic de feel good, par exemple en jouant avec les chiffres, en annonçant de façon dramatique l’élimination des taxes sur des produits alimentaires. Mesure nullement sur­prenante, car il s’agit d’une tendance amorcée depuis quelques années déjà, depuis que Pravind Jugnauth avait annonce son duty-free island.

Sithanen avait oublié de mentionner Rodrigues dans son dernier Budget. On lui reproche de n’avoir soufflé mot sur la question du Law and Order. Il ne pouvait aborder cette question sans empiéter sur les prérogatives du Premier ministre. Il aurait pu néanmoins mentionner ce que son exercice de vendredi, surtout le ‘programme-based Budget’, prévoit pour la police. Au fait, ce document consacre 18 pages (pages 81-98) à différents projets destinés à la force policière.

Certains de ces projets mentionnent même des améliorations chiffrées attendues dans ce secteur, des amélio­rations en termes de réduction de délits et d’augmentation du potentiel de vigilance et de détection des policiers. Comme dans le cas de Rodrigues l’an­née dernière, Sithanen pèche toujours par une phrase non-dite. Voilà un sujet de doctorat pour quelqu’un qui a déjà réussi sa maîtrise en communication.