C'est dans le but de réglementer l'industrie sucrière que le gouvernement Jugnauth, issu des élections de 1983, décida de créer la Mauritius Sugar Authority  (MSA) en juillet 1984.

La régulation est nécessaire comme un outil de rationalité économique. La régulation sert aussi d'arme de redressement, s'il y a injustice sociale. Bâtie sur l'esclavage et l'apport des coolies, l'industrie sucrière a toujours dégagé une forte charge émotionnelle dans la psyché mauricienne.


D'après le site web de la MSA, «the objective of the Authority as defined in the MSA Act is to promote the development of the sugar industry on an efficient basis, having regard to the national interest». (Click here)


Toujours d'après la définition des objectifs, la MSA a pour rôle de formuler des «plans and policies for the sugar industry on a systematic basis on all aspects which sustain the short, medium and long term viability of the industry». Et cela en analysant les aspects financiers, économiques, techniques et sociaux de cette industrie.


23 ans après sa création, la MSA n'a toujours pu fonctionner de façon efficace comme régulateur de cette industrie. Plusieurs gouvernements Jugnauth, un gouvernement Bérenger et deux gouvernements Ramgoolam ont dû intervenir comme policy maker pour débloquer plus d'une crise affectant cette industrie, alors que le régulateur dispose de tous les pouvoirs pour sauvegarder les intérêts des différents partenaires.


Tout ce qu'on peut relever du bilan de la MSA depuis 1984, c'est que les usiniers sont devenus financièrement plus puissants, alors que les planteurs disparaissent de la scène, année après année. Pourtant, les régulateurs dans les économies les plus avancées défendent systématiquement les intérêts des petits producteurs, car rien n'est plus nocif à la cause de l'efficience économique que les concentrations dominantes. Microsoft n'a-t-elle pas fini par se plier à la régulation européenne ?


La MSA a failli lamentablement dans sa tâche. On dirait même que cette organisation est brain dead. Seul signe de vie : les fréquents déplacements à l'étranger de son directeur, qui détient en quelque sorte un record dans ce domaine, surtout pour les séjours en Suisse.


Aucun gouvernement n'a osé prendre la moindre sanction contre la direction de cette institution. De toute façon, il n'était pas dans l'habitude des gouvernements Jugnauth et Bérenger de pratiquer une politique «leve paké allé».  Or, guillotiner les têtes constitue un principe fondamental dans la praxis travailliste.


Navin Ramgoolam est, lui aussi, victime de l'inefficience de la MSA. Il a dû tenir une conférence de presse, hier, pour faire le point sur l'avenir de l'industrie sucrière, alors que la MSA aurait dû déjà, de façon très professionnelle, définir les options de cette industrie et recommander la ligne à suivre.


Mais le gouvernement portera sur son dos le directeur de la MSA. Car, contrairement aux Jyoti Jeetun, Shakun Jugmohun et autres Soorya Gayan, le directeur répond éminemment à la définition de «nou dimoune ça» dans l'iconographie travailliste. Et comment osera-t-on commettre l'hérésie de demander à «nou dimoune» de «lev paké allé» ?