La diplomatie mauricienne, c’est maintenant l’affaire du Premier ministre seul. Ce dernier, en visite officielle à Londres et à Paris, n’a même pas pris la peine de se faire accompagner du plus haut fonctionnaire du service diplomatique mauricien, celui-là même qui porte le titre ronflant de ‘Secretary for Foreign Affairs’ et qui s’appelle Anund Priyay Neewoor.

Depuis la révocation du ‘mamou’ qui dirigeait, sans éclat, la diplomatie mauricienne depuis 2005, le Premier ministre met en place ce qui semble être une nouvelle stratégie. Le fait le plus marquant de cette nouvelle orientation, c’est un rapprochement avec la France. Certains événements sont significatifs.

Par exemple, le passage de Mauritius Telecom sous le label Orange n’a pu se faire sans l’assentiment du Premier ministre. Pourtant, ce dernier ne manquait pas de dénoncer Paul Bérenger pour avoir vendu 40% du plus beau fleuron du patrimoine économique du pays à des étrangers. Or, le présent gouvernement est parti beaucoup plus loin dans l’acte de brader les richesses du pays.

Le recours par le Premier ministre aux compétences exceptionnelles de Joël de Rosnay est une autre indication de son rapprochement avec la France. Joël de Rosnay, qui ne manque pas l’occasion d’exprimer sa fierté d’être Mauricien, opère à partir de la France. Il est regrettable que les anciens gouvernements n’aient pas su tirer avantage des offres de collaboration faites par ce génie.

Maintenant que Joël de Rosnay a été nommé conseiller du Premier ministre et que le gouvernement entend mettre des facilites à sa disposition, le pays ne pourrait que profiter de la riche expérience de ce Mauricien de cœur. Surtout dans la tache d’édification de l’Ile Durable.

Ce n’est pas par coïncidence que l’ombre de Joel de Rosnay ait dominé la visite du Premier ministre en France. S’il existe dans le monde un pays qui soit vraiment amoureux de l’île Maurice, c’est bien la France. L’intérêt soutenu qu’elle porte à Maurice est susceptible d’éveiller les soupçons de ceux qui craignent une mainmise ‘impérialiste’.

L’étreinte d’amour de la France pourrait bien nous suffoquer. Mais de tous les pays qui entretiennent des relations étroites avec Maurice, c’est toujours la France qui propose des projets spécifiques, axés sur des secteurs particuliers. Les Britanniques n’ont-ils pas vendu Cable & Wireless ? Les Français, par contre, ont exprimé le souhait d’une participation dans Mauritius Telecom. Les Indiens, eux aussi,
sont présents dans le secteur du téléphone depuis 2004, précisément comme concurrents directs de Mauritius Telecom, mais avec quel impact ?

Lors de la visite du Premier ministre à Paris, des accords de partenariat ont été signés dans des domaines hautement stratégiques, dont la sécurité intérieure, le développement futur de l’aéroport de Plaisance, la création d’une ferme éolienne, la mise en place d’une Cité des Métiers, la gestion des déchets. Les Français sont partie prenante dans la création de l’île Durable.

Et encore, la signature d’un accord à Paris portant sur la livraison de farine française aux Moulins de la Concorde (LMLC) en présence du Premier ministre a eu une portée hautement symbolique. Au début de l’année, prise dans la tourmente d’une politique de ‘White-bashing’, la compagnie LMLC était même menacée de fermeture, surtout que le ministre Jeetah venait de découvrir la panacée de la farine chinoise, avec approvisionnement assuré au moindre coût, assorti du label halal. Navin Ramgoolam aura d’autres couleuvres à avaler pour avoir donné trop de latitude à des ministres comme Jeetah.

La nouvelle orientation de la politique étrangère mauricienne est sans doute justifiée par les nouvelles données économiques internationales. Il n’est plus nécessaire pour Maurice de caresser dans le sens du poil toutes les puissances occidentales en vue d’assurer nos marchés d’exportation. Il ne reste qu’un seul pays qui pourrait nous porter un coup fatal, si jamais nous nous permettons le luxe de blesser son orgueil. Il s’agit de l’Inde dont le gouvernement a jusqu’ici résisté aux demandes pressantes de ses propres citoyens pour qu’on mette un terme au traité de non-double imposition qui le lie à Maurice. Dans la foulée du cadre du ‘tilt’ pro-France de notre diplomatie, l’équation indienne demande à être gérée avec le plus grand tact.

Si Maurice a bien ouvert ses portes à la France, en contrepartie, la proposition du président Nicolas Sarkozy portant sur une cogestion franco-mauricienne de Tromelin constitue une avancée positive dans ce contentieux. En effet, si la France accepte une cogestion, c’est qu’elle reconnaît que Maurice dispose d’un locus standi dans sa revendication de cette île. Maurice se voit maintenant offrir le choix d’accepter cette proposition ou d’insister sur la souveraineté totale. Puisque nous avons sollicité l’assistance française pour traquer des assassins et des violeurs dans le pays, ce n’est pas demain que la marine mauricienne sera en mesure d’éjecter des occupants étrangers qui squattent les îles lointaines faisant partie du territoire mauricien.