Toutes les tentatives faites jusqu’ici pour doter le pays d’une institution anticorruption crédible et efficace se sont soldées par des échecs. Dans presque tous les cas, la suspicion de ‘bias’ politique dans le fonctionnement de l’institution a été corrosive au point de gripper la machine.

Le premier tribunal anticorruption institué par Anerood Jugnauth ne fonctionna jamais, bloqué dès le départ par une action légale initiée par l’Opposition MMM. Avant même que l’Economic Crime Office (ECO) ne voit le jour, le Premier ministre d’alors avait déjà, à la suite d’un lapsus (il parla d’une certaine ‘she’), fait savoir qu’une femme – Mme Indira Manrakhan- allait diriger l’institution. Aussi, quand il y eut un changement de gouvernement et que se dégagea la perception que l’ECO voulait à tout prix arrêter Jayen Cuttaree, Mme Manrakhan prit la porte de sortie.

On connut la première version de l’Icac dirigée par Nuvin Beekarry, elle aussi prise dans l’engrenage d’une controverse de ‘bias’ politique. Vint ensuite l’épisode Anil Kumar Ujoodha dont la nomination eut aussi l’aval du leader de l’Opposition, Paul Bérenger. Cette Icac nouvelle version a subi des attaques nourries sur une question de perception. L’institution a semblé traîner la patte sur l’affaire Dulull, tout en s’empressant d’avoir la peau du député MMM Ajay Guness.

Une institution toujours entourée de controverses politiques ne pourra jamais fonctionner dans la sérénité.
Tel sera encore le cas à l’avenir, après un changement de gouvernement. Mieux vaut en finir avec cette tradition et reconnaître qu’une telle institution n’a pas fait souche dans notre société. Il ne saurait être question, non plus, de confier la direction d’une telle institution à des étrangers. Ils seraient tout aussi soupçonnés de ‘bias’ dépendant de leur natio­nalité : amis de Navin Ramgoolam si britanniques ; cousins éloignés de Paul Bérenger, si français. S’ils sont Indiens, Chinois, Sri Lankais ou Ghanéens, ils feront les délices des caricaturistes et des farceurs.

Quelle solution ? Confier la répression de la corruption aux juges et aux magistrats, avec retour à la case départ. Le pays a connu son lot de brebis galeuses dans le système. Cependant, nos juges ne fonctionnent pas sous un nuage de suspicion de manipulation politique, bien que nous enregistrons de temps à autre quelques prises de position fantaisistes. Les pouvoirs d’inspiration coloniale du Directeur des poursuites publiques demandent toutefois à être redéfinis. Il vaut mieux investir dans le judiciaire que de gaspiller des fonds publics énormes dans une institution condamnée à ne pas fonctionner avec efficacité. Avec les progrès enregistrés dans la médecine moderne et le rehaussement de la qualité de vie, nos juges sont capables de rester actifs jusqu’à un âge avancé. Mis à l’abri d’une révocation, le juge saisi d’un dossier de corruption aurait tout le loisir d’envoyer se promener – ou se reposer à Beau Bassin – les princes du pouvoir et les ogres de l’Opposition.