Quelques jours après la présentation du dernier budget, des affiches faisant les éloges du ministre Rama Sithanen et du Premier ministre faisaient leur apparition dans la région de Quatre-Bornes. Le message : Merci, Navin ; Merci, Rama. Le ministre jouait ainsi dans la ligue d’honneur au même rang que le Premier ministre.

Immédiatement après cette première vague d’affiches, un autre message rétablissait les faits. De nouvelles affiches rappelaient à la population qu’il n’y avait qu’un chef car le message se limitait à ‘Merci, Navin. Rama est out’. Le marketing politique du budget, comme assuré par les spin doctors de l’Alliance sociale était axé sur Navin Ramgoolam. D’ailleurs, le budget a été vendu pour sa vocation ‘sociale’, alors que les deux précédents exercices étaient destinés plutôt à rendre l’environnement plus favorable pour les hommes d’affaires.

Rama Sithanen n’est pas Mahen Gowreesoo ou Balkissoon Hookoom. Il ne doit pas son existence ou son rayonnement au Square Guy Rozemont. Sa dimension hors normes n’est pas facilement gérable par les rouges. D’ailleurs, Sithanen s’était même permis de s’engager dans un bras de fer avec le Premier ministre lui-même, après s’être opposé à la nomination de Manou Bheenick comme Gouverneur de la Banque de Maurice. Au cours des deux dernières années, Sithanen a été une véritable bête noire de l’Establishment travailliste, les apparatchiks ne se gênant pas pour dénoncer son antécédent MSM et sa conversion opportuniste à la cause travailliste.

Sithanen a bien préparé sa riposte. Sur le plan de l’image personnelle, il a décroché le titre de docteur. Docteur en élections. Il a aussi tenté de prouver qu’il ne se spécialise pas que dans les finances. Après les affiches de Quatre-Bornes, on nous propose maintenant des congrès travaillistes ou en l’absence de Navin Ramgoolam, c’est Sithanen qui se présente en tête d’affiche. Et il parle politique. Il se permet même de se faire stratège à la place
du stratège. Ainsi, les éloges faits à l’égard de Paul Bérenger lors d’une rencontre à Vacoas, le vendredi 27 juin, ne sont pas innocents. Des tractations sont engagées actuellement en vue de la nomination d’un nouveau Président de la République en septembre. On sonde aussi le terrain pour la concrétisation d’une nouvelle alliance électorale pour la grande joute de 2010. Pourquoi Sithanen ne doit-il pas évoluer sur ce front-là ? C’est ce qu’il a fait à Vacoas en misant sur Bérenger et en descendant Pravind Jugnauth.

En se voulant trop fin, le politicien Sithanen brouille les cartes du Premier ministre. Surtout la carte maîtresse de Navin Ramgoolam. En effet, Ramgoolam a réussi à faire accroire au MMM, tout comme au MSM, qu’une alliance avec le PTr reste possible. Ce qui explique les propos tendres que tient Bérenger au Parlement quand il parle du Premier ministre. Ce qui explique encore l’état de non-belligérance qui existe entre le MSM et Navin Ramgoolam personnellement. Le Premier ministre joue serré et de façon magistrale entre les deux futurs alliés. Sithanen pourrait l’embarrasser sur cette stratégie. Sithanen embarrasserait davantage le Premier ministre si jamais ce dernier décidait de conclure bien vite une alliance avec le MMM, avec Paul Bérenger comme Président, en septembre 2008. C’est Sithanen qui récolterait alors le crédit d’avoir poussé dans cette direction, diminuant de ce fait le rôle joué par le principal stratège qu’est Navin Ramgoolam.

De toute évidence, l’agenda personnel de Sithanen ne coïncide pas avec celui de Pravind Jugnauth, Vishnu Lutchmeenaraidoo ou même Jayen Cuttaree. Ces deux derniers se démarquent d’ailleurs de Bérenger quand il est question de Sithanen. Ce qui explique les propos encensant Pravind Jugnauth tenus par Cuttaree pourtant plus pro-travailliste que pro-MSM.

Sithanen dérange. Il dérangera encore. Mais il se plairait dans une configuration nouvelle qui prendrait on board Paul Bérenger. En effet, dans la communauté des affaires à Maurice, ils sont plusieurs ces décideurs qui préfèrent traiter avec Sithanen et Bérenger, plutôt qu’avec les autres. Le cheminement de l’enfant qui vendait des gâteaux-piments à Rose-Hill passe aussi par des cousins, cousines honorifiques.