Il serait souhaitable que la condamnation générale des lobbies sectaires, suivant l’intervention de la Voice of Hindu à Candos, débouche sur une remise en question des organisations socioculturelles et de la responsabilité de l’Etat dans le financement des institutions religieuses du pays.

La société mauricienne n’a pas atteint le degré de sophistication culturelle de certaines nations avancées d’Europe et il ne saurait être question d’évacuer de notre système toutes ces organisations socioculturelles qui se targuent de promouvoir un agenda confessionnel ou linguistique particulier. D’ailleurs, la Constitution de Maurice permet la liberté d’association.

Toutefois, toute tentative d’une organisation socioculturelle d’entreprendre une action quelconque pouvant perturber la paix sociale et l’harmonie entre les communautés doit être systématiquement combattue. Il n’est pas permis à l’Etat, au gouvernement ou à la police de se laisser impressionner par une démonstration de force sur la voie publique ou par le défilé de leaders religieux autoproclamés.

Toutes les grandes bagarres, toutes les guerres civiles ont eu pour point de départ un dérapage qui n’a pas été contrôlé à temps. À Maurice, tout affrontement risque de mettre bien vite à terre l’industrie touristique dans sa totalité. Le risque économique d’une perturbation du climat social est énorme.

Sans vouloir émuler les Etats occidentaux qui répriment les expressions publiques d’affiliation confessionnelle, surtout au niveau du fonctionnement de l’Etat, le gouvernement mauricien pourrait s’engager à réduire graduellement son engagement institutionnel dans les religions avant de s’en dégager complètement.

Le secteur privé devrait lui aussi stopper bien vite un spectacle qui pourrait prendre de l’ampleur et qui consiste à inviter des hommes de religion à participer à certaines cérémonies. C’est un mauvais exercice de relations publiques. Quant à l’Etat lui-même, il devrait sérieusement envisager un phasing out du paiement de subventions à des organisations religieuses. Pour le présent exercice budgétaire, pas moins de Rs 74,6 millions ont été consacrées aux organisations religieuses non-catholiques et non-adventistes. L’Eglise et les Adventistes ont choisi sciemment de ne pas s’aventurer à l’Hôtel du gouvernement, armés d’une sébile.

Le paiement de subsides à tout le monde a fait partie d’un combat politique en d’autres temps. En effet, à un certain moment de sa colonisation, Maurice accordait des subsides uniquement à l’Eglise anglicane, religion de Sa Majesté britannique. Puis
la subvention a été étendue aux autres confessions. Mais il y avait toujours discrimination, les entités chrétiennes recevant davantage de fonds publics que les autres. Alors, nouveau combat pour la justice entrepris sous régime travailliste.

Le redressement travailliste, bien accueilli au départ, a connu par la suite une perversion au niveau de la société hindoue. En effet, les subventions de l’Etat ont encouragé le foisonnement d’un nombre d’organisations basées sur des considérations de mode de culte, de langues ancestrales et de castes. Des dirigeants collecteurs de fonds ont réalisé qu’ils avaient intérêt à cultiver ces divisions afin de justifier l’existence de leurs organisations.

Au lieu d’aider les organisations hindoues à mieux financer leurs activités, former leur personnel et construire des édifices, le paiement de subventions a nourri et accentué des divisions verticales et horizontales. Des divisions qui n’existent nulle part ailleurs dans la diaspora des coolies.

L’abolition des subventions entraînera aussi un assainissement dans le rapport entre les dirigeants des sociétés religieuses et les hommes politiques. En l’absence de subvention, les sociétés religieuses apprendront les vertus de l’effort et de l’autosuffisance et réaliseront qu’ils doivent assurer la pérennité de leurs institutions. Surtout, qu’il n’y a de geste plus ridicule que d’enguirlander des hommes politiques.

Related articles:
Related blogs: