Le bâtiment le plus haut du pays, la tour de la Banque de Maurice, abrite un personnage lui aussi aux proportions hors normes. On peut comprendre que, perché au dernier étage du bâtiment, à 321 pieds du sol, Rundheersing Bheenick soit tenté de clamer, comme Leonardo DiCaprio à la proue du Titanic, qu’il est le maître du monde.

Le ministre des Finances, Rama Sithanen, est, lui, plus modestement logé au rez-de-chaussée de l’Hôtel du Gouvernement. Bheenick se trouve donc en position dominante. Vraiment ? Sithanen pourrait bien avoir des défauts. Mais combien de Bheenick faut-il pour faire un Sithanen comme ministre des Finances ? 50 ? 100 ?

Néanmoins, cela n’empêche pas le Gouverneur de la Banque de Maurice de nous offrir le spectacle affligeant d’un grossier culte de la personnalité, exécuté à coups de millions de roupies. Un culte visant à prouver que c’est lui, le Mr Economy de l’île Maurice. Et non pas Sithanen !

À en juger par les ‘activités’ de la Banque de Maurice, depuis que Bheenick y a été parachuté, on pourrait croire que le Gouverneur est un prince arabe s’asseyant sur une fortune. Banquets, déjeuners, dîners, cocktails, conférences et célébrations se succèdent à un rythme effréné. Le tout arrosé de champagne rose, s’il vous plaît !

C’est de l’argent gaspillé. Faut-il faire venir un étranger à grands frais pour dire à des banquiers mauriciens que les cours du pétrole et la flambée des prix des céréales menacent les économies des pays vulnérables ? Un
marchand de dholl puree, évoluant à quelques mètres du bâtiment de la Banque de Maurice, ferait le même constat, sans avoir réussi un Master’s à l’université d’Oxford. Son gros pois, sa farine, l’essence de sa mobylette, tout coûte plus cher. De plus en plus cher.

Le culte de la personnalité à la Kim Il Sung, à la Banque de Maurice, a débouché sur des manifestations se voulant grandioses pour marquer les 40 ans de la banque, dont le recrutement d’un Anglais pour écrire le discours du Gouverneur. Le lancement d’une pièce de Rs 20, que les commerçants craignent d’utiliser car elle a la même dimension qu’une pièce d’une roupie, et le financement d’un projet de plantation de bambous à Dubreuil font partie d’une longue liste d’initiatives loufoques que les contribuables mauriciens sont appelés à financer pour satisfaire les fantasmes de grandiloquence du Gouverneur.

Les frasques de Bheenick sont loin de cadrer avec l’objectif principal de la Banque centrale, qui consiste principalement à maintenir l’inflation dans des proportions low and stable. Or, depuis que Bheenick est gouverneur, l’inflation a été de 10% la première année, toujours de 10% la deuxième année. Avec un tel bilan, Bheenick aurait dû se faire très modeste et se focaliser sur son objectif premier.

Il n’existe aucune part dans le monde un Gouverneur de Banque centrale de la dimension de Bheenick. Le Premier ministre aura intérêt à mettre fin à ce spectacle. Avec Bheenick, le gouvernement a planté le drapeau de république bananière le plus haut possible, sur le mât le plus haut du pays. Ce mât à 407 pieds du sol se trouve justement sur le bâtiment de la Banque de Maurice.