Pour une île comme la nôtre, qui ne produit pas de drogue dure, une 2e place au niveau mondial par rapport à la consommation des opiacés, selon le dernier rapport de 1'ONU, aurait dû susciter une profonde réflexion. Surtout chez ses dirigeants. Car, il faut une nouvelle stratégie pour le combat contre les stupéfiants.

Et s'assurer la compétence de ceux qui sont responsables de mener cette lutte. Il est primordial d'appliquer les mesures correctives nécessaires. Or, dans les milieux concernés, il paraît que c'est 'business as usual'. Selon toute vraisemblance, le durcissement des lois pour réprimander les toxicomanes, comme annoncé par le Premier ministre à 1'Assemblée nationale, le 1er juillet 2008, en réponse à une interpellation de Suren Dayal, ne constitue qu'une démonstration théorique de volonté et ne donnera pas les résultats escomptés.

D'ailleurs, la Convention de New York de 1961, les Conventions de Vienne (1971 et 1988), le Protocole de Genève de 1972 indiquent que l'accent doit plutôt être mis sur la prévention, l'éducation, la thérapie et la réinsertion sociale. Vu qu'il n'existe que deux points d'entrée de l'héroïne dans notre pays – le port et l'aéroport – les autorités devraient déployer tous les moyens à leur disposition pour couper, en amont, l'alimentation du trafic et démanteler les réseaux. Le succès de ces mesures dépend, bien entendu, d'un changement de la conscience professionnelle et de la réelle volonté politique et institutionnelle.

Drogue et Sida sont intimement liés. C'est pourquoi le traitement à base de méthadone constitue non seulement une méthode favorisant la réhabilitation sociale, mais aussi un moyen de lutte contre la propagation du VIH/Sida. Ainsi, toute action visant à empêcher le bon déroulement de cette thérapie nuirait au processus d'assainissement de la société dans son ensemble. Car, faut-il le rappeler à certains, la maladie ne s'arrête pas à la frontière d'une communauté quelconque.

En effet, malgré les graves événements d'ordre communal que le pays a vécus dans le passé, notre société connaît aujourd'hui une escalade inquiétante du sectarisme. Où nous mènera toute cette surenchère ? Si des organisations, telles que la VoH, la FCM, 1'Union musulmane et autres groupes socioculturels prolifèrent, c'est parce que les lobbies communaux ont plus de succès.

Ces organisations ont, de ce fait, un fort pouvoir de marchandage vis-à-vis des dirigeants politiques. Par exemple, c'est quand le FCM a rassemblé plus de 50 000 personnes au Champ-de-Mars, quelques semaines après sa formation, que son leader avait rencontré le Premier ministre pour formuler des revendications pour sa communauté.

C'est dans une tentative d'engranger quelques votes supplémentaires – ou alors pour leur survie politique – que certains politiciens – et non des moindres – pratiquent le tribalisme à outrance. Et ce, malgré un nationalisme de façade. C'est ce qu'avait écrit Reza Issack, député de la majorité, dans 'The Star' au début de juillet.

II ne sert à rien aujourd'hui de voiler la vérité. La course vers le pouvoir a considérablement accentué le compartimentage et le divisionnisme, qui ont éventuellement pénétré tous les secteurs de la vie sociale à Maurice. Notre football, par exemple, a été anéanti par le communalisme. Beaucoup s'accordent à dire que c'est seulement la restauration de l'ancienne formule ethnique qui fera remplir les stades.

Pourquoi donc la régionalisation, qui fonctionne très bien ailleurs, ne marche pas chez nous ? Si Maurice se trouve dans le peloton de tête en ce qui concerne la consommation de la drogue dure et même le taux de suicide, le sommes-nous aussi par rapport au degré du communalisme ?

Dr Diplal Maroam