Si le village de Baie-du-Tombeau avait été excisé de la circonscription de Triolet/Pamplemousses pour être intégré dans le No 3 ou même dans le No 4, on aurait eu un parfait exemple de gerrymandering. L’Electoral Boundaries Commission (EBC) présidée par Me Yusuf Aboobaker aurait laissé planer la perception qu’il était manipulable. Et on aurait accusé le Premier ministre qui est aussi député dans le No 5 d’avoir voulu modifier de façon grossière la composition ethnique de cette circonscription.

Rien de la sorte ne s’est produit, bien qu’il soit impossible dans les activités humaines de fonctionner en toute indépendance et en toute objectivité. Ainsi, le dernier rapport de l’EBC n’a pas manqué de susciter quelques réactions négatives bien que le MMM s’est efforcé dans son organe de presse, de souligner, vendredi, que le parti ‘apprécie le bon travail de la commission’ en réduisant l’écart du nombre d’électeurs entre les circonscriptions. On ne pourrait être plus royaliste que le roi bien que l’excision de Bambous du No 14 pourrait favoriser l’Alliance sociale. Mais le MMM pourrait à son tour
bénéficier par les changements apportés dans les Nos 19, 20, 1 et 4.  Le rapport de l’EBC donne aux deux principales minorités du pays le pouvoir numérique de déterminer le verdict dans au moins six circonscriptions du pays. Ainsi, avec le nouvel aménagement dans le No 2, le poids de la Population Générale devient déterminant dans le No 1 en sus des circonscriptions Nos 20, 19 et 17. Les Mauriciens de foi islamique disposent d’une majorité dans les circonscriptions Nos 2 et 3 qui restent numériquement faibles. Mais on aurait créé un profond malaise si on les avait noyées dans une masse d’électeurs.

L’EBC n’a pas touché au ‘Hindi belt’ qui recouvre plusieurs régions du pays, exception faite du No 14 où après le détachement de Bambous, le vote hindou gagne en poids. La répartition géographique de cette communauté et le système électoral first-past-the-post favorisent électoralement cette frange de la population. Seule une réforme du système électoral, avec l’introduction de la représentation proportionnelle, pourrait changer les données de façon radicale. Les gouvernements successifs parlent volontiers de réformes électorales mais se gardent de commettre le hara-kiri politique.