Le projet d'aquaculture du ministre Arvin Boolell a provoqué un mouvement de contestation lancé par quelques écologistes. Il y a vraiment danger que, si le projet est mal géré, ses conséquences désastreuses sur le plan de l'écologie pourraient nuire au pays et à son industrie touristique.

L'expérience de La Ferme marine de Mahébourg a été concluante. L'entreprise exporte ses produits vers l'Union européenne, ce qui prouve qu'ils sont de haute qualité. De plus, aucun cas majeur de pollution ou de contamination n'a été rapporté sur la côte Est. Si les nouvelles fermes respectent scrupuleusement les normes écologiques, le projet d'Arvin Boolell est promis à un bel avenir. Aucune ferme n'est envisagée devant la plage du Royal Palm à Grand Baie ou à la jetée de Touessrok. Les écologistes et les promoteurs hôteliers ne doivent pas s'alarmer outre mesure.

Les ressources naturelles des mers étant surexploitées, quand elles n'ont pas totalement disparu, des projets d'aquaculture prennent de l'ampleur à travers le monde. Pour nourrir une population grandissante, il n'y a pas d'alternative à la production industrielle planifiée. Si l'on se fiait au fermier traditionnel pour nourrir le monde d'aujourd'hui, les famines décimeraient vite une grande section de la population mondiale. C'est grâce à la mécanisation que la majeure partie des céréales est produite. Il faudra choisir la même voie d'exploitation intensive et scientifique pour assurer l'approvisionnement de la population mondiale en poisson. Les Mauriciens et les touristes consomment déjà 18 000 tonnes de poisson par an. La demande ira augmentant, surtout avec la courbe ascendante dans l'arrivée des touristes.

Selon le ministre Boolell, des projets d'aquaculture nécessitant des investissements de Rs 1,5 milliard ont été soumis au Board of Investment par des étrangers et des Mauriciens. Un social impact assessment sera exigé des promoteurs pour qu'ils s'engagent à faire les habitants du voisinage profiter de l'implantation de leurs fermes. Un tel engagement est vite pris sur le papier, mais pas nécessairement dans les faits, quand la ferme atteint le stade de l'exploitation. Il faudrait plutôt un engagement plus solide. Pourquoi ne pas tenter la formule sud-africaine de Black Economic Empowerment (BEE) ? Les Sud-Africains demandent aux nouvelles entreprises d'ouvrir, jusqu'à hauteur de 30%, leur actionnariat aux Noirs. Une formule semblable, ancrée dans les réalités mauriciennes, pourrait être adoptée. C'est un fait indéniable que dans les régions côtières, les Mauriciens qui ont traditionnellement vécu de la pêche artisanale ne peuvent plus exploiter les ressources marines devenues rares. Voilà une occasion pour co-opter ces Mauriciens défavorisés dans un projet d'avenir. Ils continueront à vivre sur la côte, en communion avec la mer, comme leurs pères et leurs grands-pères avant eux, mais avec de nouveaux outils de travail. Qui prendra l'initiative de ce projet d'empowerment ?