Hebdorama
- By Michael Jean Louis
- Published 10th August, 2008
Rama, haut la main
Il a bluffé et a remporté la mise. L’épisode de la démission de Rama Sithanen (oups, Valayden), qui se ressemble beaucoup à celle de Rama Valayden (pardon ! Sithanen) ne doit pas être pris à la légère. On a assisté, sans s’en rendre compte, à un bras de fer entre l’Attorney General et le Premier ministre. Même s’il affirme publiquement être « l’enfant gâté » de Navin Ramgoolam, ce n’est pas pour autant que Rama Valayden n’est pas sermonné par le chef du gouvernement. Comme les autres ministres, d’ailleurs. En soumettant sa démission au Premier ministre, Rama Valayden a pris un sacré risque. Qu’est-ce qui aurait pu empêcher Navin Ramgoolam d’expédier la lettre au Président de la République ? Certainement pas le danger d’une partielle ! Rama Valayden n’était pas un élu, un autre député – et ils se bousculent au portillon – aurait pu être nommé à sa place. En fait, c’est le même raisonnement qui a permis qu’il soit fait Attorney General. Au ministère de la Justice, le leader du MR a un rayonnement. Au sein de l’opposition extra-parlementaire, il aurait eu à gesticuler et même à attaquer le gouvernement pour avoir une couverture médiatique. C’est justement ce que Navin Ramgoolam a voulu éviter, après les législatives de 2005. Et c’est son ami Rama Sithanen (oui, Sithanen) qui lui avait conseillé de nommer Valayden. C’est plus facile de le contrôler au sein du gouvernement qu’à l’extérieur, avait souligné Rama Sithanen. C’est cela même qui a fait que Rama Valayden est toujours ministre actuellement. Car son départ du gouvernement aurait braqué le MR contre l’Alliance sociale. D’ailleurs, même Sylvio Michel, bien plus docile et plus courtois dans ses critiques que Rama Valayden, ne manque pas d’égratigner le gouvernement, de temps à autre. De plus, l’Alliance sociale elle-même n’aurait peut-être pas survécu. Après le départ du MMSM, puis celui probable du MR et compte tenu du fait que le Premier ministre ne fait pas confiance à Anil Bachoo, Navin Ramgoolam n’aurait pu faire croire qu’il pouvait aller aux législatives de 2010 avec son équipe actuelle. Impression qu’il veut justement créer, afin d’avoir davantage de bargaining power. Pour conclure, c’est Rama Valayden qui sort renforcé de ce mano-à-mano !
Les profs terroristes
Décidément, le portefeuille de l’éducation n’est pas une sinécure. Que c’est difficile de contenter les élèves, les parents, les syndicats et les profs. Alors que nous pensions que tous les problèmes concernant ce secteur étaient derrière nous, voilà un autre écueil qui se présente. C’est au tour des enseignants qui vont agir comme surveillants lors des examens du SC et du HSC de monter au créneau et de réclamer une révision de leur allocation. Ils veulent Rs 400 supplémentaires. Jusque-là, ça va. Sauf que, cette semaine, ils menacent de perturber la tenue de ces examens. Ça, c’est inacceptable ! Même si les syndicats venaient dire qu’ils ne pensaient pas mettre cette menace à exécution. On ne peut tenir des milliers d’étudiants en otage afin de forcer le gouvernement à capituler. D’autant que ce n’est pas la première fois que ces exams invigilators attendent le dernier moment pour faire ce genre de revendications. Et ce, afin que le gouvernement soit pris de court. Comme quoi, ce ne sont pas uniquement des pistolets et des bombes qui font d’un homme un terroriste. Il semble que les enseignants et les syndicalistes ont été pris de court par l’aveu de Lucien Finette, directeur du MES. « Nous n’avons pas de fonds pour donner davantage à ces surveillants », a-t-il déclaré. Son ministre, Dharam Gokhool, a lui aussi donné de la voix pour dénoncer ce « chantage ». Oui au dialogue, a tonné Dharam Gokhool, mais non au chantage. L’époque où les profs enseignaient gratuitement est totalement révolue. Puis, vendredi, c’est au tour de l’UPSEE de contester l’extension des heures de classe. Encore une fois, Dharam Gokhool a eu raison de préciser qu’on ne peut pas signer l’option
form – « et être payé en conséquence » – avant de contester certains points.
Dichotomie
Attorney General et ministre de la Justice et des Droits de l’Homme. Deux rôles totalement opposés, regroupés dans un même portefeuille, confié à une seule personne. D’ailleurs, en plusieurs occasions, cette dichotomie a été évoquée par les hommes de loi. Mais jusqu’ici, rien n’a été fait. En fait, l’Attorney General est le conseiller du gouvernement. Il est, en quelque sorte, le bras juridique du Premier ministre, qui a la police comme bras armé. C’est la raison pour laquelle il doit y avoir osmose entre le chef du gouvernement et son Attorney General. Cela explique aussi pourquoi, dans d’autres pays, ce poste est généralement confié à un « faucon ». Par exemple, John Ashcroft, aux Etats-Unis, encore plus à droite que George W. Bush. Quand le poste d’Attorney General est confié à une « colombe », c’est un signal fort qu’un gouvernement envoie à d’autres pays ou à une partie de sa propre population. À Maurice, l’Attorney General s’est vu affublé d’un ministère qui n’existe pas : celui de la Justice. Le judiciaire étant indépendant, il n’y a donc pas de ministre responsable de la justice. Puis, afin de donner une existence au ministère de la Justice, on y a ajouté la responsabilité des Droits de l’Homme, à un moment où ce terme était en vogue. Sans se rendre compte que le bras légal du gouvernement – à l’encontre des citoyens, il va sans dire – ne pouvait être, en même temps, le défenseur du petit peuple. C’est la raison pour laquelle on a, en France, le garde des sceaux (le ministre de la Justice) et un secrétaire d’état aux Droits de l’Homme, la belle Rama Yade (oh, un autre Rama !). Cette Rama-là, tout comme notre Rama local, est une fanatique des Droits humains. Elle a été jusqu’à critiquer la visite officielle du leader libyen Mouammar Kadhafi et a mis la diplomatie française dans l’embarras, lorsqu’elle a évoqué la présence du président français aux JO de Beijing. Mais, pour une fois, cet imbroglio constitutionnel arrange les affaires du gouvernement. Car c’est le ministre des Droits de l’Homme qui a téléphoné à l’Adsu dans le cas Sada Curpen et non l’Attorney General. CQFD.
Basse-cour bleue
Dans le rayon Aveux, notons ceux de Richard Duval. Oui, a déclaré le PPS sur Radio-Plus, il connaît Cindy Legallant et sa famille. Mais, non, a-t-il ajouté, sa voiture n’a jamais été récupérer la jeune femme à l’aéroport. On n’a pas d’autre choix que de le croire. Mais cela démontre la capacité de nuisance de Paul Bérenger. À lui tout seul, il est arrivé à déstabiliser tous les alliés du PTr au sein de l’Alliance sociale. D’abord, il a terriblement gêné Anil Bachoo, lorsqu’il est venu confirmer que le leader du Mouvement démocratique national (MDN) l’a rencontré à plusieurs reprises. Cela a fait voler en éclats le peu de confiance que Navin Ramgoolam avait envers son ministre de l’Environnement. Ensuite, il a poussé Madan Dulloo à quitter le gouvernement. Il lui a d’ailleurs proposé une place de choix au sein du MMM – afin de mieux le contrôler, avait-il dit aux membres de sa régionale du No 6. Ensuite, il a failli avoir la tête de Rama Valayden. Et maintenant, il crucifie Richard Duval. Bref, à lui tout seul, il est en mesure de faire imploser l’Alliance sociale. Restons dans la basse-cour bleue ! Éric Guimbeau a déclaré, vendredi, que le peuple veut une alliance MSM/MMM/PMSD. Sauf que c’est pas sûr que Pravind Jugnauth veuille du PMSD dans cette alliance. S’il veut faire payer au tandem Allet/Guimbeau son soutien au MMM, lorsqu’il est revenu dans l’opposition, ce qui a fait perdre au MSM le leadership de l’opposition, il pourrait réclamer la tête des deux Coqs. Enfin, Hervé Antoine, Mauricien à l’origine des préservatifs Be Love, se dit prêt à aider le gouvernement à installer des distributeurs de préservatifs « à l’université, dans les discothèques et dans chaque coin de rue ». Alors là, il rêve debout ! Les autorités n’ont même pas voulu entendre parler d’une distribution gratuite de préservatifs sur le campus du Réduit. Pensez-vous un jour voir des distributeurs dans chaque coin de rue à Maurice ? Il restera avec son stock de 15 millions de préservatifs !
Il a bluffé et a remporté la mise. L’épisode de la démission de Rama Sithanen (oups, Valayden), qui se ressemble beaucoup à celle de Rama Valayden (pardon ! Sithanen) ne doit pas être pris à la légère. On a assisté, sans s’en rendre compte, à un bras de fer entre l’Attorney General et le Premier ministre. Même s’il affirme publiquement être « l’enfant gâté » de Navin Ramgoolam, ce n’est pas pour autant que Rama Valayden n’est pas sermonné par le chef du gouvernement. Comme les autres ministres, d’ailleurs. En soumettant sa démission au Premier ministre, Rama Valayden a pris un sacré risque. Qu’est-ce qui aurait pu empêcher Navin Ramgoolam d’expédier la lettre au Président de la République ? Certainement pas le danger d’une partielle ! Rama Valayden n’était pas un élu, un autre député – et ils se bousculent au portillon – aurait pu être nommé à sa place. En fait, c’est le même raisonnement qui a permis qu’il soit fait Attorney General. Au ministère de la Justice, le leader du MR a un rayonnement. Au sein de l’opposition extra-parlementaire, il aurait eu à gesticuler et même à attaquer le gouvernement pour avoir une couverture médiatique. C’est justement ce que Navin Ramgoolam a voulu éviter, après les législatives de 2005. Et c’est son ami Rama Sithanen (oui, Sithanen) qui lui avait conseillé de nommer Valayden. C’est plus facile de le contrôler au sein du gouvernement qu’à l’extérieur, avait souligné Rama Sithanen. C’est cela même qui a fait que Rama Valayden est toujours ministre actuellement. Car son départ du gouvernement aurait braqué le MR contre l’Alliance sociale. D’ailleurs, même Sylvio Michel, bien plus docile et plus courtois dans ses critiques que Rama Valayden, ne manque pas d’égratigner le gouvernement, de temps à autre. De plus, l’Alliance sociale elle-même n’aurait peut-être pas survécu. Après le départ du MMSM, puis celui probable du MR et compte tenu du fait que le Premier ministre ne fait pas confiance à Anil Bachoo, Navin Ramgoolam n’aurait pu faire croire qu’il pouvait aller aux législatives de 2010 avec son équipe actuelle. Impression qu’il veut justement créer, afin d’avoir davantage de bargaining power. Pour conclure, c’est Rama Valayden qui sort renforcé de ce mano-à-mano !
Les profs terroristes
Décidément, le portefeuille de l’éducation n’est pas une sinécure. Que c’est difficile de contenter les élèves, les parents, les syndicats et les profs. Alors que nous pensions que tous les problèmes concernant ce secteur étaient derrière nous, voilà un autre écueil qui se présente. C’est au tour des enseignants qui vont agir comme surveillants lors des examens du SC et du HSC de monter au créneau et de réclamer une révision de leur allocation. Ils veulent Rs 400 supplémentaires. Jusque-là, ça va. Sauf que, cette semaine, ils menacent de perturber la tenue de ces examens. Ça, c’est inacceptable ! Même si les syndicats venaient dire qu’ils ne pensaient pas mettre cette menace à exécution. On ne peut tenir des milliers d’étudiants en otage afin de forcer le gouvernement à capituler. D’autant que ce n’est pas la première fois que ces exams invigilators attendent le dernier moment pour faire ce genre de revendications. Et ce, afin que le gouvernement soit pris de court. Comme quoi, ce ne sont pas uniquement des pistolets et des bombes qui font d’un homme un terroriste. Il semble que les enseignants et les syndicalistes ont été pris de court par l’aveu de Lucien Finette, directeur du MES. « Nous n’avons pas de fonds pour donner davantage à ces surveillants », a-t-il déclaré. Son ministre, Dharam Gokhool, a lui aussi donné de la voix pour dénoncer ce « chantage ». Oui au dialogue, a tonné Dharam Gokhool, mais non au chantage. L’époque où les profs enseignaient gratuitement est totalement révolue. Puis, vendredi, c’est au tour de l’UPSEE de contester l’extension des heures de classe. Encore une fois, Dharam Gokhool a eu raison de préciser qu’on ne peut pas signer l’option
Dichotomie
Attorney General et ministre de la Justice et des Droits de l’Homme. Deux rôles totalement opposés, regroupés dans un même portefeuille, confié à une seule personne. D’ailleurs, en plusieurs occasions, cette dichotomie a été évoquée par les hommes de loi. Mais jusqu’ici, rien n’a été fait. En fait, l’Attorney General est le conseiller du gouvernement. Il est, en quelque sorte, le bras juridique du Premier ministre, qui a la police comme bras armé. C’est la raison pour laquelle il doit y avoir osmose entre le chef du gouvernement et son Attorney General. Cela explique aussi pourquoi, dans d’autres pays, ce poste est généralement confié à un « faucon ». Par exemple, John Ashcroft, aux Etats-Unis, encore plus à droite que George W. Bush. Quand le poste d’Attorney General est confié à une « colombe », c’est un signal fort qu’un gouvernement envoie à d’autres pays ou à une partie de sa propre population. À Maurice, l’Attorney General s’est vu affublé d’un ministère qui n’existe pas : celui de la Justice. Le judiciaire étant indépendant, il n’y a donc pas de ministre responsable de la justice. Puis, afin de donner une existence au ministère de la Justice, on y a ajouté la responsabilité des Droits de l’Homme, à un moment où ce terme était en vogue. Sans se rendre compte que le bras légal du gouvernement – à l’encontre des citoyens, il va sans dire – ne pouvait être, en même temps, le défenseur du petit peuple. C’est la raison pour laquelle on a, en France, le garde des sceaux (le ministre de la Justice) et un secrétaire d’état aux Droits de l’Homme, la belle Rama Yade (oh, un autre Rama !). Cette Rama-là, tout comme notre Rama local, est une fanatique des Droits humains. Elle a été jusqu’à critiquer la visite officielle du leader libyen Mouammar Kadhafi et a mis la diplomatie française dans l’embarras, lorsqu’elle a évoqué la présence du président français aux JO de Beijing. Mais, pour une fois, cet imbroglio constitutionnel arrange les affaires du gouvernement. Car c’est le ministre des Droits de l’Homme qui a téléphoné à l’Adsu dans le cas Sada Curpen et non l’Attorney General. CQFD.
Basse-cour bleue
Dans le rayon Aveux, notons ceux de Richard Duval. Oui, a déclaré le PPS sur Radio-Plus, il connaît Cindy Legallant et sa famille. Mais, non, a-t-il ajouté, sa voiture n’a jamais été récupérer la jeune femme à l’aéroport. On n’a pas d’autre choix que de le croire. Mais cela démontre la capacité de nuisance de Paul Bérenger. À lui tout seul, il est arrivé à déstabiliser tous les alliés du PTr au sein de l’Alliance sociale. D’abord, il a terriblement gêné Anil Bachoo, lorsqu’il est venu confirmer que le leader du Mouvement démocratique national (MDN) l’a rencontré à plusieurs reprises. Cela a fait voler en éclats le peu de confiance que Navin Ramgoolam avait envers son ministre de l’Environnement. Ensuite, il a poussé Madan Dulloo à quitter le gouvernement. Il lui a d’ailleurs proposé une place de choix au sein du MMM – afin de mieux le contrôler, avait-il dit aux membres de sa régionale du No 6. Ensuite, il a failli avoir la tête de Rama Valayden. Et maintenant, il crucifie Richard Duval. Bref, à lui tout seul, il est en mesure de faire imploser l’Alliance sociale. Restons dans la basse-cour bleue ! Éric Guimbeau a déclaré, vendredi, que le peuple veut une alliance MSM/MMM/PMSD. Sauf que c’est pas sûr que Pravind Jugnauth veuille du PMSD dans cette alliance. S’il veut faire payer au tandem Allet/Guimbeau son soutien au MMM, lorsqu’il est revenu dans l’opposition, ce qui a fait perdre au MSM le leadership de l’opposition, il pourrait réclamer la tête des deux Coqs. Enfin, Hervé Antoine, Mauricien à l’origine des préservatifs Be Love, se dit prêt à aider le gouvernement à installer des distributeurs de préservatifs « à l’université, dans les discothèques et dans chaque coin de rue ». Alors là, il rêve debout ! Les autorités n’ont même pas voulu entendre parler d’une distribution gratuite de préservatifs sur le campus du Réduit. Pensez-vous un jour voir des distributeurs dans chaque coin de rue à Maurice ? Il restera avec son stock de 15 millions de préservatifs !
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