Chronique sociale exclusive réalisée par un aspirant journaliste sur un sujet qu`on ne parle rarement si ce n`est jamais ! Les mendiants sont légions dans notre société mauricienne. Petit saut dans leur monde pour connaître leur quotidien…

“Ene ti l`argent ar ou missié, ene ti largent ar ou madame”.

Qui n`a jamais entendu cette phrase au moins une fois durant sa vie ? Ou encore, qui n`a jamais vu une personne ballottant un récipient avec la main pour faire entendre le son de quelques pièces de monnaies afin d`attirer l`attention ? Vous l`aurez certainement compris, on parle ici de ce problème véridique qu`est la mendicité. Beaucoup de personnes, malheureusement, doivent s`adonner à cette pratique pour pouvoir joindre les deux bouts. D`une part, on retrouve ceux qui sont poussés par des circonstances dures de la vie, comme la pauvreté, et d`autre part on retrouve ceux qui s`attellent à cette pratique pour faire passer le temps. Passant par des mères, des pères, des enfants, entre autres: mendier dans la rue est commun à Maurice. Même si on se prononce très rarement sur la question, il suffit d`aller faire un petit tour dans des endroits symptomatiques pour connaître l`ampleur de la situation.

mo éna huit enfants!”

Effectivement, dans la capitale elle même, un bon nombre de gens font la manche. F.V ,une habitante de St-Pierre, a accepté de nous relater toute son histoire. Il est 15h. Bravant le soleil de plomb de Port-louis en s`asseyant avec son petit contenant dans la main, cette dernière a l`air désespéré. Désespérée par la misère et tous ses malheurs. Son visage émacié dit long sur la vie de cette femme courageuse et déterminée. Vêtue d`une jupe bleue marine et une blouse noircie par la poussière , elle semble décidée à gagner sa vie. À peine l`a t-on accosté pour lui poser quelques questions qu`elle nous lâche, sans détours: “ mo éna huit enfants!” . Cette mère de famille ne passe pas par quatre chemins pour nous dévoiler toute sa souffrance.

Elle nous raconte, sans aucune hésitation; comment, pour elle, la vie est dure. “Bizin paye l`école zenfants, bizin achèter gaz” soutient elle sur un ton poignant. La tonalité de cette dernière devient de plus en plus faible et émouvante quand elle commence à nous narrer toutes les difficultés ,qu`affirme t-elle, forment parties de son quotidien. “Mo éna ène garçon 15 ans (qui) suive traitema l`hôpital, li pas alle l`école parski li kré trop beaucoup problèmes, professeur pas capave contrôle li…” De plus, elle soutient que l`argent qu`elle arrive à récolter, elle l`économise pour acheter des vêtements pour ses enfants. Selon elle, la somme récoltée chaque jour s`élèverait entre Rs150 à Rs200.

D`autre part, comme pour répondre aux personnes qui médisent sur sa personne, elle précise qu`elle travaillait auparavant et qu`il ne restait plus rien de son salaire( Rs 2500, selon elle) “quand ine fini paie dilo, la limiere, l`école…” Et justement quand on aborde la question par rapport aux réactions du public à son endroit , elle déclare que très souvent elle essuie des volets de bois de vert. À en croire ses dires, les sempiternels “to pas capave alle travaille” sont banals pour elle. “Mais qui pou faire?” affirme t-elle sur un ton palpitant.

Des propos contradictoires.

Si F.V s`en sort , d`après ses dires, avec la somme de Rs150 à Rs200 par jour; son homologue, un dénommé K B, n`est, semble t-il, pas aussi chanceux qu`elle. En effet, cet aïeul, qui est à l`automne de sa vie, nous souffle que chaque jour il parvient à récolter la somme dérisoire de Rs25 à Rs35. Mais qu`est-ce qui peut bien pousser ce dernier qui ,normalement, devait se couler des jours heureux à l`âge de 60 ans à venir demander la charité? “ Depuis l`âge 23 ans mo ine faire ene accident et mone perdi mo lipied” nous révèle ce Flacquois. Si notre première interlocutrice nous donne pour raison qu`elle doit nourrir ses enfants, ce sexagénaire nous affirme, pour sa part, “si fier l`argent pension pas pou capave donne bonnefemme éne ti cash”. Quoiqu’on pourrait imputer cette bévue à son âge avancé, K.B vient contredire ces propres propos quand il nous affirme, dans un deuxième temps, qu`il demande l`aumône “pou passe lé temps, (car) la caze pou gagne malade.” Un pantalon gris, une chemise bleue ciel et une sacoche en bandoulière: K.B nous laisse entendre qu`il est là entre 10h à 16h. En attendant un passant lui lance une petite pièce de Rs5 qui atterrit tout droit dans son récipient en métal contenant deux pièces de cinq sous. Dans la situation qu`était ce sexagénaire ,qui est aussi autrement capable, cela tombe sous les sens que c`est un dur labeur auquel il se consacre.

“..c`est inadmissible dans un pays comme Maurice de voir des enfants dans de telles situations.”

Au su et au vu de tout un chacun, très souvent on retrouve des enfants à la fleur de l`âge qui sont déjà dans le domaine. On se demande qu`est qui attend ces enfants qui devrait, selon la loi et en toute logique, être à l`école. Il ne faut certainement pas être un érudit pour le savoir. Souvent poussés par des adultes et dans certains cas volontairement: ces enfants mettent leur propre avenir en danger. Pour avoir la complaisance des passants les enfants, sont habituellement, dans un état affligeant! Avec des vêtements maculés de poussière et qui plus est en lambeaux, une tignasse et pour combler le tout des pieds sans savates: les adultes ou les enfants eux-mêmes savent qu`elle formule utiliser pour attirer la faiblesse des passants. Mariam Gopaul, chef de projet chez l`Observatoire des Droits de l`Enfant de la Région de l’Océan Indien (ODEROI) est catégorique: “..c`est inadmissible dans un pays comme Maurice de voir des enfants dans de telles situations.” La défenseur des droits des enfants ajoute aussi que“ la convention des droits des enfants dit que tout enfant à le droit à un toit, à une famille. Du moment que l`enfant est dans la mendicité… c`est qu`on ne subvienne pas à ses besoins immédiats.” Par ailleurs, elle précise aussi que la mendicité est un résultat direct de la pauvreté.

Même si être cloué au pilori par certains individus est chose courante pour les quémandeurs; il est, dans beaucoup de cas, dû à un manque de pot qu`ils sont dans une telle posture. Dans certains cas, il est aussi évident que l`air ne fait pas la chanson, c`est-à-dire que l`apparence n`est pas la réalité. Bien faire et laisser dire semble être leur maxime. Pour Beehary, maraîcher au marché de Port-Louis, “zot pou asizé la caze, zot pas pou gane zot lavi…” Il soutient aussi que les quêteurs passent de temps à autre avec chaque maraîcher pour demander quelques sous. “ Si chaque marchand donne zot Rs1 zot gagne environ Rs300” soutient ce dernier tout en esquissant un sourire. Pour Ramkalawon Chandraprakash ,éducateur en sociologie, “c`est un problème social.” Il est d`avis que ce sont les circonstances sociales qui poussent les personnes à aller faire la manche. Simultanément il décrie: “le fait que certains le font comme un business.” D`autre part, il nous a aussi fait part d`une petite anecdote. “ Un jour j`avais donné de l`argent à un mendiant qui a ,par ailleurs, utilisé cette argent pour s`acheter des boissons alcoolisées et de la cigarette.” Ce qui l`amène à penser que certains peuvent travailler mais sont sans volonté.

Si dans ces cas précis et aussi dans les autres cas ce qu`on voit est la réalité: espérons les personnes mandatées se sentent un peu plus concernées. Crions nous dans le désert? Reste à savoir…..

Reportage exclusif réalisé par:
Adjsn Jean

 Le Maroc accélère la lutte contre la mendicité. (Source: Internet)
Soucieux de lutter contre ce fléau, la ministre du Développement social, de la Famille et de la Solidarité, Nouzha Skalli, a lancé vendredi dernier (Ndlr le 28 Décembre 2007) à Fès, le troisième programme de la stratégie nationale de lutte contre la mendicité. L’objectif de lutte est de mettre fin ou, du moins, atténuer cette pratique. « Pour lutter contre la mendicité professionnelle, il y a, en fait, deux phases. La première se rapporte à l’avertissement qui consiste à faire signer à ces personnes un engagement afin qu’il n’y ait plus recours à ce genre de pratique. La deuxième phase concerne la poursuite judiciaire. Pour cela, le ministère travaille en étroite collaboration avec les ministères de la Justice et de l’Intérieur ». Le code pénal (de ce pays, Ndlr) est clair. Selon l’article 326(de cette même loi, Ndlr) « Est puni, de un à six mois de prison, quiconque ayant les moyens de subsistance ou étant en mesure de se les procurer par le travail, ou de toute autre manière licite, se livre habituellement à la mendicité en quelque lieu que ce soit. Par ailleurs, cette stratégie nationale s’est donnée pour objectif majeur d’assurer l’insertion socio-économique des mendiants et de mettre en place un dispositif d’aide sociale à leur profit. En outre, l’intégration familiale occupe une place majeure dans le cadre de ce programme. Il s’agit ainsi de réintégrer les mendiants dans leurs familles. Il y a aussi l’intégration institutionnelle qui consiste à placer ces personnes qui n’ont pas de familles dans des institutions sociales (Til Mellil à Casablanca et Aïn Atik à Rabat). Cette stratégie ambitionne l’intégration économique à travers le financement des activités génératrices de revenus qui sont financées par le ministère du Développement social et ses partenaires.