L'ébranchage du banian, en haut de la Montée S, me rappelle l'époque où ce bel arbre ombragé servait de garde à un imposant édifice, de style colonial, qui a longtemps disparu pour répondre aux exigences de la modernisation.  Je craignais pour le malheureux banian, devenu depuis inutile. La belle ombre qu'il projette sur la voie publique n'attire plus les passants exténués. On n'en trouve même plus de nos jours. Pire, ses petites baies rouges sont devenues gênantes. Ses lianes, en contact avec le sol, se multiplient sans cesse en autant de plantes géantes et encombrantes. Pour ajouter à ses malheurs, le mastodonte qu'il est a des pieds d'argile. Ses racines ne pénètrent pas suffisamment dans le sol pour lui permettre de résister aux rafales cycloniques. Ce qui fait que le banian est non seulement un inconvénient, mais aussi un danger. Il faut se débarrasser de ces dangers potentiels avant la saison cyclonique. Pas tous, bien sûr, mais à certains endroits très fréquentés.

Le problème, aujourd'hui, c’est qu'on recherche la solution facile. On ne réfléchit plus. On agit. Sans penser aux conséquences de nos actes. On abat un papayer, même s'il est chargé de fruits. Parce que quelqu'un aurait dit que les racines du papayer sont tellement puissantes qu'elles pourraient provoquer des lézardes dans les murs d'un immeuble ! Et c'est la condamnation à mort pour nos pauvres, mais bien utiles, papayers. Sait-on que la papaye est un des fruits les plus succulents que nous ayons et qu'elle possède des qualités nutritionnelles indéniables ? Si nous les abattons, tous, les uns après les autres, finalement il nous faudra en importer pour notre propre consommation ! Et à prix d’or !

Une dame a, dans sa cour, un manguier qui fait des jaloux, tant son rapport est bon et ses fruits juteux. Un beau jour, elle fait abattre l'arbre. Ses voisins en sont consternés. La raison d'un tel sacrilège ? La dame en a assez. Elle reçoit, lorsque le manguier est vêtu de son plus bel apparat, des visites-surprises. Des voyous à la perche entrent dans sa cour et, comme si de rien n'était,
cueillent à leur guise les mangues les plus attirantes. Inutile de leur passer des remarques. Soit ils s'en fichent, soit ils sortent les plus beaux jurons de leur répertoire. Et si vous insistez, ils passeront des paroles aux actes. Pourquoi se faire agresser, blesser ou même tuer, pour quelques mangues ? Comme cette dame, ils sont beaucoup qui font abattre les arbres fruitiers sur leurs propriétés. à quoi bon planter un arbre fruitier, l'arroser, lui accorder tous les soins voulus, si, au moment où il faudra en profiter, des vagabonds se présentent avant vous à la cueillette ? Et, de par l'aisance et le je-m'en-foutisme qu'ils affichent, l'on peut se demander s'il y a une ligne de démarcation entre la propriété privée et la propriété publique. Les vagabonds se comportent tellement comme des privilégiés.

Une question se pose toutefois : parce que la police n'arrive pas à faire son boulot correctement, bousculée qu'elle est ces jours-ci, faut-il que des arbres en subissent les conséquences ? Il appartient au ministère de l'Environnement de sensibiliser la population sur l'importance des arbres pour l'équilibre de notre écosystème. L'abattage sauvage d'arbres dans certains pays d'Afrique, où l'on utilise encore le bois pour les besoins domestiques, n'a-t-il pas entraîné la désertification ? Un mal (l'abattage d'arbres) en appelle un autre (la désertification).

En parlant d'Afrique, nous pensons à Port-Louis qui, peu à peu, développement oblige, se transforme en une jungle de béton armé. Les grandes surfaces plantées d'arbres ont disparu, faisant place à des gratte-ciel de plus en plus imposants et vertigineux.

Construire oui, mais il faut aussi planter. C'est à ce niveau que le ministère de l'Environnement devrait intervenir. Nous nous souvenons, plus d'une décennie de cela, d'une campagne en faveur d'une île Maurice verte : Plant one million trees, soit un arbre par habitant. Qu'en est-il aujourd’hui ?  Un arbre n'est pas seulement une ombre, des fleurs et des fruits. C'est aussi la protection, donc la fertilité du sol. Si nous ne le savons pas ou si nous l'avons oublié, c'est au ministère de l'Environnement de le rappeler à la population, pour notre propre bien.