Lors de la conférence de presse marathon du 20 septembre 2008, le Premier ministre avait avancé, comme motif de son remaniement ministériel, la nécessité d’insuffler un nouveau dynamisme au gouvernement pour faire face aux défis sur le plan international. En effet, les circonstances actuelles du commerce mondial laissent planer de sérieuses incertitudes sur 1’économie planétaire. Car une crise financière qui survient dans n’importe quelle région du globe se répandra inexorablement comme une traînée de poudre sur tous les autres pays. La nouvelle équipe, sera-t-elle à la hauteur des responsabilités qui l’attendent ?

La baisse et 1’élimination éventuelle des tarifs douaniers sur les produits importés est 1’objectif fondamental de 1’OMC en vue de créer un espace de libre-échange au niveau mondial. C’est principalement dans cette optique que le concept de «duty-free island » avait émergé lors de la présentation du Budget 2004/05, abolissant les droits de douane sur une série d’articles. L’exercice financier 2008/09 va dans le même sens.

S’il est vrai qu’une baisse des prix des produits de première nécessité constitue toujours une aubaine pour les consommateurs et pour les producteurs locaux, en revanche, une opération économique sans filet de protection peut mettre en péril leur source de revenus. C’est ainsi que dans de nombreux pays africains, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, des dizaines de milliers d’éleveurs se sont très vite retrouvés au chômage quand leur marché a été inondé par le lait pasteurisé et les poulets frigorifiés à faible coût de production provenant de 1’Union européenne. En Amérique latine, la concurrence
internationale a jeté des millions de paysans appauvris et de citadins démunis dans les filets d’une narcoéconomie qui est, par conséquent, devenue leur seule chance de survie.

À Maurice, la reconversion des travailleurs des secteurs devenus obsolètes dans d’autres secteurs, considérés comme plus productifs dans la conjoncture actuelle, ne se passe pas sans heurt. Beaucoup d’employés préfèrent opter pour le plan de retraite plutôt que de se soumettre à un exercice de recyclage. Mais, pour surmonter la crise alimentaire qui se profile à 1’horizon, il n’y a pas trente-six solutions qu’un retour à la terre. Il incombe à l’État de définir les priorités, de prendre 1’initiative et d’intensifier la campagne en ce sens. Déjà, les deux plus grands fournisseurs mondiaux en riz et farine, 1’Inde et la Chine, ont réduit les exportations afin de satisfaire leurs marchés locaux.

Il est évident que seuls les pays les plus compétitifs survivront aux problèmes alimentaire et énergétique auxquels la planète est confrontée. Tout doit être mis en oeuvre pour une utilisation optimale des ressources disponibles. Dans beaucoup de pays, par exemple, 1’éducation se rapproche de plus en plus du monde du travail. Chez nous, 1’emphase est toujours mise sur la filière traditionnelle, avec pour résultats, une flagrante inadéquation entre certificats académiques et exigence du secteur professionnel. À quand 1’introduction du HSC Professional, à 1’instar du BAC pro en France ? Par ailleurs, dans tous les pays avancés, les grandes inventions qui font avancer la société proviennent des universités. Or, notre campus ressemble étrangement à un bureau, ouvrable de 9 heures à 16 heures. L’on dit souvent que le sens de responsabilité et la conscience professionnelle sont tributaires du taux de rémunération. Est-ce vraiment le cas à Maurice ?