Il se disait rassembleur. Il parlait avec une telle sincérité, évoquant justice, paix, unité ... qu’on l’a cru. Beaucoup se sont fait prendre par ses propos mielleux. Par ses promesses. Il a fallu attendre trois ans pour comprendre ce qu’il avait en tête lorsqu’il parlait de rassembler.

Aujourd’hui, avec le remaniement ministériel, nous nous retrouvons devant l’évidence même. Oui, Navin est un rassembleur. Pas le rassembleur d’une population éparse pour en faire un peuple, voire une nation. Navin en a que faire de la nation mauricienne. Faire de l’île Maurice une nation, c’est institutionnaliser la méritocratie, l’égalité des chances ... C’est faire revivre le danger que le pouvoir quitte ‘nou-ban’ (fils de coolies) et se retrouver entre les mains de ban-là (fils de colons).

Oui, Navin est un rassembleur. Pas pour réussir l’unité nationale. Pas pour être leader d’une belle nation arc-en-ciel. Mais pour être un chef de tribu, entouré de lobbyistes et de jouisseurs. Pour y arriver, il lui faut rassembler, avoir ‘on board’ toutes les castes, de la plus noble à la plus humble. Comment y arriver ? Le remaniement ministériel nous le démontre.

Accorder le maximum de privilèges à la plus importante communauté et ne réserver que des miettes aux autres. C’est l’enseignement qui découle du remaniement. C’est ce qui nous a valu un Cabinet ministériel, où une composante de la population de moins de 50 % a raflé 70 % de fauteuils. Est-ce cela qu’on appelle justice
? Notre ami Reza Issack nous dit que « l’éthnie d’un ministre importe peu ». S’il en est ainsi, qu’on nous explique le choix de Lormesh Bundhoo, Balkissoon Hookoom et Devanand Ritoo, et l’évincement d’Etienne Sinatambou, pour être remplacé par Jean-François Chaumière.

Le père Grégoire trouve que « Ramgoolam se prépare pour 2010 ». C’est l’après-2010 qu’il faut prévoir. Ce qui se passe au niveau du Cabinet ministériel se répercute sur la composition des Boards de recrutement. On y retrouve le même souci. Sécuriser une communauté autant que faire se peut. Le résultat se vérifie en parcourant la liste des recrues. Aberrant !

C’est bon que Navin se prépare pour 2010. De quoi sera fait l’après-2010, si jamais il remporte les élections, avec tous ces lobbyistes qui rôdent dans le couloir

de l’Assemblée nationale ? Et qu’adviendra-t-il après que les loups affamés, ayant dévoré les dociles petits agneaux, se mettent à se dévorer entre eux ?... Je demanderai à tous ces assoiffés du pouvoir de méditer ces quelques mots de la mégastar bollywoodienne, Amitabh Bachchan, qui se dit affligé de constater que 60 ans après l’Indépendance et la mort de Gandhi, le sang continue à couler sur le sol indien.

Il ajoute : « Nous vivons une époque vraiment difficile. Quelle sorte d’environnement allons-nous laisser à la génération suivante ? Nous ne nous sentons pas assez concernés par tout cela. Nous avons besoin de paix et d’harmonie. Des mots faciles à taper sur un clavier, mais si difficiles à transposer »