Année 2000. Une alliance MSM/MMM arrive au pouvoir et gérera les affaires mauriciennes jusqu'en 2005. à la tête, nous retrouvons sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger. Nous n’épiloguerons pas sur la qualité de la gestion. Il appartiendra au peuple de se prononcer. Et il prononcera son verdict, en élisant l’Alliance sociale qui, depuis, a régné en maître sur la destinée des Mauriciens. Un règne ponctué d’arrogance, de haine, d’indécence, et d’actes vengeurs envers ceux qui ont eu la malchance d’avoir servi sous le régime précédent. La démocratie deviendra un vain mot, de même que la compétence. Et l’anarchie prendra la relève sous l’appellation insolente de « lev pake ale ». Une véritable chasse aux sorcières qui fera trembler les assises de nombreuses institutions, nous rappellant tantôt la Gestapo, tantôt les tontons macoutes.
Nous avons rarement, sinon jamais, vu un gouvernement s’acharner autant contre les réalisations de ses prédécesseurs et les détruire. Au lieu de les consolider pour le bien de tous, sans exception. On eût dit des gosses détruisant, tout en exultant, les châteaux de sable de leurs amis, au lieu de s’affairer à les consolider et les rendre plus beaux et plus dignes. Nous avons dit gosses, parce que tel est le comportement de ces hommes que le pouvoir et la richesse ont rendu dingue.
Aujourd’hui, on regrette. Mais cela n’arrange rien. Cela n’honore que celui qui a reconnu, qui a eu le courage et la volonté de dire que ce gouvernement s’était engagé sur un mauvais sentier, pour ce qui est la politique éducative. Il faudrait en finir avec le « rat race » – cette compétition féroce et inutile.     
Pendant plus de quatre ans, Steve Obeegadoo, alors ministre de l’éducation, a lutté pour mettre un terme à ce « rat race » qui ne privilégie
que les enfants des familles aisées. Qui peuvent se payer les meilleurs professeurs particuliers. Un, deux ou même trois. L’argent pour eux ne compte pas. Ce sont les résultats qui comptent. Alors que les enfants les plus démunis assistent en spectateurs à ce combat de Titans. Pour eux, la course était courue d’avance. S’il leur était arrivé d’obtenir un diplôme, cela aurait été un événement.
Steve s’est battu pour que cette inégalité ne puisse perdurer. Que les enfants pauvres puissent, eux aussi, concourir à armes égales pour le même but, le même résultat. Nous l’avons vu à l’œuvre. Il a été, à un certain moment, jusqu’à négliger sa circonscription, ses mandants, pour réussir son œuvre. Ce faisant, il a fait un sacerdoce de ses fonctions ministérielles. Fils d’éducateur, il savait ce qui manquait aux enfants démunis. Ne sachant pas apprécier son œuvre à sa juste valeur, l’électorat le boudera. Si seulement son œuvre lui avait survécu, il y aurait au moins ça de gagné. Pas pour Steve. Mais pour la classe pauvre.
Quatre années de perdues ! Quatre années à se batailler pour introduire une « world-class education ». Une éducation élitiste. Une éducation pour tout le monde, mais dont seulement les enfants bien lotis pourront tirer profit. C’est aujourd’hui, à la veille des élections générales, qu’on parle de « stop the rat-race ». Cela, il faut le reconnaître, grâce au courage de Bunwaree. En dénonçant la « rat race », il s’est dissocié de la politique de son prédecesseur travailliste pour soutenir celle de Steve.
Nous ne parlerons pas de victoire, ni de défaite. Nous parlerons plutôt de continuation. Le progrès ne s’arrête pas avec la chute d’un gouvernement. Il doit continuer. Et le peuple en bénéficiera.
Quatre années de perdues ! C’est beaucoup, dans le domaine du progrès.