Après la catastrophe Amul et la disparition des barres de fer de construction, le pays assiste maintenant, impuissant, à un autre exploit de Rajesh Jeetah.
Le ministre a décidé de confier tous les besoins en farine de Maurice à un fournisseur chinois, mettant ainsi au rencart Les Moulins de la Concorde, (LMLC), une entreprise qui a systématiquement assuré 50 %, sinon la totalité, de l'approvisionnement du pays en ce produit au cours de ces 16 dernières années.
Tout comme dans le cas du lait Amul, le ministre a présenté une formule des plus attrayantes pour le pays : éviter aux consommateurs une augmentation de 73 % qui allait s'abattre sur les consommateurs si on laissait faire LMLC. Sans les subsides de l'Etat, l'augmentation aurait été de 113 %.Sans Jeetah, le pain maison, le farata, le dal-puree et les mines auraient connu une augmentation astronomique, avec tout ce que cela comprend en termes de pression sur le pouvoir d'achat des familles mauriciennes.
Avec cette toute dernière mission de Jeetah, Navin Ramgoolam prend un pari fort risqué sur l'avenir de son gouvernement. C'est un pari sans filet de protection
car, en premier lieu, les Mauriciens devront forcément se contenter de la qualité de la farine chinoise. Ce n'est pas que les Chinois vont nous refiler du sable broyé en fine poudre, mais les Mauriciens vont-ils s'adapter à un nouveau produit après avoir été conditionnés pendant des décennies à ce que nous offrent les minoteries françaises et australiennes ? Pari encore plus risqué si l'approvisionnement n'est pas assuré de façon systématique. Le pays peut vivre avec une pénurie de lait et de fers de construction. Mais que fera-t-on sans son pain ou farata quotidien ?
Il suffit que Jeetah refasse le coup d'Amul avec la farine chinoise pour que le gouvernement Ramgoolam croule sous le poids du mécontentement populaire bien avant 2010. Ayant comme conseillers un visionnaire de la trempe de Soondress Cadervelloo et Ah-Fat Lan Hing Choye, trésorier du Parti travailliste et celui-là même qui avait voulu s'approprier une portion du Jardin de Pamplemousses pour y aménager un restaurant, le ministre Jeetah s'est singularisé par son manque de réussite depuis qu'il a fait son entrée au gouvernement. Si Jeetah réussit son coup chinois, il aura rendu un service immense aux consommateurs mauriciens sauvés des eaux de LMLC. Du coup, Jeetah prouverait que les barons de la farine sont facilement prenables en attendant qu'on règle leurs comptes aux barons sucriers.