Christine Gufflet, alias Iloë : une Mauricienne passionnée par l’histoire de son pays

Par Rajmeela Seetamonee O commentaire
Christine Gufflet

Plus connue sous le pseudonyme d’Iloë, Christine Gufflet a illustré 100 expressions en créole mauricien. Ce recueil de l’Atelier des Nomades a récemment été lancé. L’auteure fait comprendre que le kreol est une langue riche qu’il faut promouvoir. Cette ancienne styliste se penche actuellement sur son premier livre pour enfants.

Christine Gufflet a enchaîné avec plusieurs séances de dédicaces pendant le mois de décembre. Elle a illustré le recueil 100 expressions en créole mauricien, de la Mauricienne Corinne Fleury, de l’Atelier des Nomades, en France. L’auteure travaille sous son nom d’artiste d’Iloë. « Iloë n’a pas de signification particulière. Le nom est facile à retenir et a une résonance tropicale comme notre île », souligne-t-elle. Cela fait trois ans qu’elle s’est mise à son compte dans l’illustration.

Cette native de Saint-Paul complète ses examens du Higher School Certificate (HSC) à 17 ans, au collège Lorette de Quatre-Bornes. Elle ne tarde pas à passer un concours d’entrée en arts appliqués à Paris, en France. Sa candidature est retenue. « Je dessine depuis toute petite. Je faisais notamment des bandes dessinées. Graduellement, j’ai découvert l’illustration. J’ai toujours été passionnée par l’art sous toutes ses

formes. » Au bout de cinq ans, elle devient styliste et modéliste. Elle fusionne ainsi ses deux passions : le dessin et la mode. La jeune Christine retourne ensuite à Maurice et prend de l’emploi chez Floréal Knitwear. Elle y travaille pendant quatre ans. Puis elle décide d’épouser l’amour de sa vie.

Styliste-Photo

Les nouveaux mariés vont s’installer en Roumanie. « Mon époux y a accepté une offre d’emploi. » Là-bas, Christine exerce en tant que styliste-photo pour un magazine. Elle a ainsi l’occasion d’habiller plusieurs personnalités roumaines. « Les Roumains sont très réceptifs et créatifs. C’est un peuple intelligent et cultivé. Je les abordais avec sincérité et spontanéité. On pouvait discuter et échanger sur divers sujets », se souvient cette mère de deux filles.

Le couple retourne à Maurice en 2005. Christine prend de l’emploi chez Karina, une entreprise engagée dans la fabrication de vêtements pour enfants. Sept ans plus tard, l’envie de changer de métier se fait sentir. « Comme tous les créateurs, nous avons envie de changement. J’aimais mon métier, mais j’avais soif de nouveauté. » Elle se souvient de sa rencontre avec Valérie Binet-Décamps, bloggeuse. « Un jour, elle m’a vu dessiner une sirène pour une de mes filles. Elle ignorait que j’aimais dessiner. En 2013, elle a décidé de lancer son blog My Sweet Mauritius et m’a demandé de m’occuper de l’illustration. » Elle se lance ainsi dans cette nouvelle aventure.

Le talent de Christine est ensuite repéré par Corinne Fleury. Cette dernière veut promouvoir le patrimoine culturel linguistique de Maurice. « J’étais très enthousiaste à l’idée et la proposition me rapprochait de mon objectif de faire de l’illustration pour les enfants. Je souhaitais aussi promouvoir notre langue maternelle. Le kreol est beau et riche. La langue est aussi un vecteur de culture. » Ainsi, elle se concentre sur ce nouveau projet, de mai à juillet 2017. La mère de famille indique qu’il est difficile d’illustrer pour les enfants. Il faut être clair et compréhensible.

L’ouvrage 100 expressions en créole mauricien contient quinze illustrations. Elle choisit les expressions avant de se pencher sur l’illustration et ses personnages. « Je ne voulais pas me limiter à une ethnicité particulière. D’ailleurs, les cheveux des personnages n’ont pas de couleur. Le dessin devait être en harmonie avec le contexte local. Il devait être reconnu par les Mauriciens. Par exemple, illustrer fidèlement bat enn lakol ou encore pez nene bwar delwil. » Toutefois, cela nécessite plusieurs croquis avant d’arriver à la version finale. Elle cite l’adage « ti kouto koup gro ziromon ». « Le premier croquis était trop agressif. Je devais imaginer quelque chose de plus drôle, d’où l’idée d’une petite bonne femme avec un énorme giraumon. »

En sus des dessins et du stylisme, l’artiste est passionnée par la culture en général, tous les arts et le théâtre. « J’ai fait du théâtre pendant mon adolescence. À l’âge de 25 ans, j’ai joué dans une pièce de Philippe Houbert. Je suis toujours des cours. » Elle fait ressortir qu’elle emmène ses filles découvrir le pays pendant leur temps libre. Elle trouve qu’il est important de connaître l’histoire de son pays. « Certains Mauriciens ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont de vivre à Maurice. Un pays paisible où toutes les confessions réussissent à se respecter. »