Live News

Clensy Appavoo, CEO et Senior Partner de HLB Mauritius : « Le moindre confinement drastique va entraîner d’importantes pertes d’emplois »

Céder à la panique face à la propagation du variant n’apportera que des résultats négatifs sur le plan économique, mais aussi sur le plan social et sanitaire, prévient Clensy Appavoo. Le CEO et Senior Partner de HLB Mauritius insiste sur l’importance de maîtriser au plus vite la situation pour éviter davantage de pertes de vies humaines, mais aussi des séquelles sur l’économie nationale.  

Publicité

Le variant Delta progresse sur le territoire avec un nombre croissant de contaminés et de décès. Dans quelle mesure les activités dans les entreprises sont-elles affectées ?

Nous ressentons déjà une situation très instable car les employés ont une terrible peur de venir travailler avec les risques d’attraper le virus n’importe où. Nous sommes obligés de faire travailler de la maison certains employés qui habitent loin et qui ont besoin d’utiliser le transport public. Certains employés sont en isolation chez eux car des parents proches ont été testés positifs à la Covid-19.  La situation est alarmante et nous craignons que le pire est à venir contrairement à ce que prétendent ceux qui sont aux commandes du pays. Cela a été une erreur monumentale de faire croire à la population que la vaccination était « la seule solution ». Conséquence : les membres du public ont baissé automatiquement la garde sur les gestes barrières.

Cela a été une erreur monumentale de faire croire à la population que la vaccination était la seule solution. "

Business Mauritius exhorte les entreprises à ne pas céder à la panique. Est-ce déjà le cas ?

Business Mauritius a parfaitement raison car « céder à la panique », comme vous le dites, n’apportera que des résultats négatifs sur le plan économique aussi bien que sur le plan social et sanitaire. Le fait brutal est que la propagation de la pandémie a maintenant une dimension territoriale et là on parle de perte de vie humaine. Les entreprises ont la responsabilité première de protéger leurs employés et d’appliquer en conséquence les méthodes alternatives de travail afin de continuer leurs activités économiques au maximum et bien-sûr dans la mesure du possible. Mais, vous ne pouvez rester insensible devant le nombre grandissant de morts chaque jour et si l’État continue à faire semblant de gérer et prétend que la situation est sous contrôle, il y a un grand risque que la situation sociale se dégrade. Il faut des mesures audacieuses et un leadership fort pour gérer la situation qui est maintenant devenue très inquiétante.

Comment s'adaptent actuellement les opérateurs face à cette situation ?

D’abord, je pense qu’il y a une vraie peur de la dégradation de la situation sanitaire qui semble être hors de contrôle avec un nombre croissant de cas.  Quand on voit le nombre de décès des personnes vaccinées de deux doses, on se pose la question sur l’efficacité de la vaccination et surtout ceux qui ont été vaccinés au Sinopharm qui semblent donner des signes d’une inefficacité grandissante. D’autre part, les opérateurs économiques ont peur d’un troisième confinement qui va, cette fois-ci, assommer notre économie, touchant plusieurs secteurs d’activités.

Justement, la crainte d’un troisième confinement, malgré l’assurance donnée par les autorités, plane comme une épée de Damoclès. D'un point de vue économique, peut-on se permettre un nouveau lockdown ?

Non, on ne peut pas se permettre un troisième confinement avec la même rigueur que les deux premiers.  Il faut appliquer des mesures de façon calculée : fermer les écoles était devenu une priorité, appliquer l’ordre alphabétique pour le shopping demeure une mesure essentielle, fermer les plages et certains lieux publics, diminuer le regroupement des gens (mariages, funérailles, anniversaires etc.), appliquer le télétravail dans une large mesure et surtout se procurer les médicaments nécessaires sont plus que nécessaire.

Quand on évalue la situation avec du recul, la situation aurait pu être maitrisée avec une main forte sans vouloir insinuer d’être ‘wise after the event’ : pour une petite population de 1,3 million d’habitants, il aurait fallu se procurer de 2,6 millions de doses Pfizer depuis le début et augmenter le taux d’immunité de toute la population au lieu de quémander des donations de part et d’autre. Cet investissement aurait été plus utile… mais il n’est pas trop tard !

Quels sont les risques pour l’emploi si on va vers un troisième confinement ?

Le moindre confinement drastique va entraîner d'importantes pertes d’emplois.  Si le confinement est dosé comme je le suggère plus haut, on pourra diminuer la ‘casse’. Dans n’importe quel cas, les PME seront les plus touchées car elles n’ont pas de ‘safety net’ et elles ont besoin de travailler au jour le jour…

Comment concilier d’une part la santé et, d’autre part, la sauvegarde des vies et  l’économie ?

Les deux sont prioritaires, mais il est évident que la sauvegarde des vies humaines passe avant l’économie. Le leadership dont le pays a besoin est la maîtrise totale de la pandémie par des mesures qui vont à la racine du problème.  La vitesse à laquelle les pertes de vies humaines est en train d’augmenter nécessite la prise de décision à trois niveaux : (i) l’approvisionnement urgent des médicaments pour gérer les cas positifs et les cas les plus urgents, (ii) l’assainissement de la propagation de la pandémie par des mesures dites d’un demi-confinement et (iii) la mise en oeuvre des moyens financiers pour approvisionner le  pays en vaccin Pfizer pour tout le monde que ce soit pour la première dose, la deuxième et aussi le troisième dose de rappel car c’est le vaccin qui a démontré la plus grande efficacité à ce jour.

Le Premier ministre a annoncé quand même une série de mesures de restrictions. Vos commentaires ?

Je pense que le Premier Ministre a annoncé de bonnes mesures qui ne vont pas avoir d’impacts négatifs sur l’économie. Il a eu raison de souligner avec force l’indiscipline des Mauriciens quand s’il s’agit des gestes barrières et des précautions à prendre.  Cependant, les mesures annoncées comportent des incompatibilités qu’il faut absolument corriger. Par exemple, je ne comprends pas comment on peut réunir 50 personnes dans un mariage et seulement 10 personnes dans un lieu de culte tel qu’une église qui célèbre la messe ou les prières à la mosquée.

Dans n’importe quel cas, les PME seront les plus touchées car elles n’ont pas de ‘safety net’ et elles ont besoin de travailler au jour le jour…"

D’aucuns disent que la situation a dérapé par l’insouciance de la population ou encore par l’incompétence des autorités. Vos commentaires ?

Vous n’avez mentionné que ces deux facteurs.  Quand les dirigeants du pays ont fait comprendre à la population que le vaccin était la seule solution, cela a entraîné une baisse dans la veille sanitaire car les gens se sont dit qu’une fois vaccinés, ils ne risquent rien. L’arrivée du variant ‘Delta’ était prévisible et il n’y a pas eu d’alerte au niveau de l’État de sa virulence. Le gouvernement a donné l’impression que toute la situation était sous contrôle. D’autre part, il est aussi vrai de dire que la population a été très négligente et le non-respect des gestes barrières n’a fait qu’aggraver la situation sanitaire.

Malgré les divers protocoles, l’ennemi invisible sévit. Faut-il revoir certaines mesures ? Doit-on réduire le nombre de vol ou fermer à nouveau les frontières ?

Je ne pense pas qu’il faut fermer les frontières car cela sera néfaste sur le plan économique. Le nombre de vols n’a pas vraiment un effet direct sur la propagation de la pandémie.  Il faut un contrôle plus strict des arrivées touristiques, il faut imposer plus de conditions aux touristes sans pour autant repasser par la quarantaine. Savez-vous que plusieurs touristes français qui ont abandonné le port du masque dans leur pays, ne portent pas de masque pendant leur séjour à Maurice ? Il faut leur imposer les lois du pays : le port du masque doit être obligatoire pour tout le monde sans exception. Il faut également une redéfinition des mesures protocolaires dans les hôtels qui semblent avoir baissé la garde en priorisant le secteur commercial.

 

Notre service WhatsApp. Vous êtes témoins d`un événement d`actualité ou d`une scène insolite? Envoyez-nous vos photos ou vidéos sur le 5 259 82 00 !