Dans le secret de la garde rapprochée des VIP

Par Rudolph Veerapatren O commentaire
VIPSU

Visage fermé, regard fixe, devoir de réserve, costume sombre, être toujours aux aguets… Ce sont quelques caractéristiques du personnel de la Very Important Person Security Unit (Vipsu) qui assure la sécurité des personnalités du pays. Incursion dans ce cercle fermé.

« Vu que nous sommes dans un pays relativement “safe”, beaucoup de gens ne réalisent pas que nous sommes prêts à donner notre vie pour sauver celle de la VIP »

Les personnalités – Very Important Persons (VIP) – ont un prix à payer, celui de perdre une bonne partie de leur liberté. Au nom de la sécurité, la présidente de la République, le Premier ministre et les ministres, entre autres, sont suivis comme leur ombre par une garde rapprochée lors de leurs déplacements officiels ou privés.

Trois gardes du corps se relèvent à tour de rôle auprès d’un ministre et une dizaine auprès du Premier ministre. Les éléments de la Vipsu assurent également la sécurité des personnalités étrangères en visite à Maurice.

Navin Ramgoolam et ses gardes du corps lorsqu’il était Premier ministre.

« Dans le public, certains nous considèrent comme des anges gardiens et d’autres comme des boucliers. Au fait, nous nous assurons que la personne sous notre protection ne soit pas bousculée. Vu que nous sommes dans un pays relativement safe, beaucoup de gens ne réalisent pas que nous sommes prêts à donner notre vie pour sauver celle de la VIP. C’est notre noble mission », explique un élément de la Vipsu ayant une vingtaine d’années d’expérience.

Un autre membre de la Vipsu, affecté actuellement à la protection rapprochée d’un ministre, abonde dans le même sens. « Lorsqu’une personne ou un groupe tente de s’acharner contre une VIP, le garde du corps constitue son premier rempart. D’ailleurs, très souvent, on nous bouscule en premier et c’est à nous de prendre les coups. Dans une telle situation, la sécurité de la VIP passe avant la nôtre. Donc, il est de notre devoir de nous assurer que la VIP sous notre garde s’en sorte indemne, sans la moindre égratignure. C’est vous dire à quel point notre métier est délicat pour ne pas dire compliqué », ajoute-t-il.

Xavier-Luc Duval bénéficie également d’une garde rapprochée.

Selon un ancien garde du corps, les risques du métier sont élevés, même dans une île Maurice relativement paisible. « C’est vrai qu’à Maurice, les VIP ne sont pas exposées en permanence aux caprices du public. La menace d’agression est relativement faible. Mais on doit s’attendre à tout. Il ne faut pas oublier que, dans le passé, le Premier ministre a fait l’objet d’une tentative d’agression. Ses gardes du corps se sont montrés à la hauteur. »

« Lorsqu’une personne ou un groupe tente de s’acharner contre une VIP, le garde du corps constitue son premier rempart. D’ailleurs, très souvent, on nous bouscule en premier et c’est à nous de prendre les coups »

Tous les membres de la Vipsu – actuels ou anciens – contactés dans le cadre de cet article s’alignent sur cette position. « Avec la flambée de la violence, le changement de mentalité de la population, qui devient de plus en plus agressive, et les menaces terroristes à travers le monde, le travail des gardes du corps devient plus exigeant. Nous sommes condamnés à être en alerte en permanence. Nous ne pouvons pas nous permettre le luxe de baisser la garde », fait-il ressortir.

Ils sont également unanimes sur l’apport des autres unités de la force policière. « Il y a une synergie entre la Vipsu et les autres unités de la police, dont l’Intelligence Unit, qui nous aide énormément à parer à toute éventualité en nous informant sur les fauteurs de trouble. Avec l’aide de la force régulière, nous faisons de notre mieux pour que ces gens ne s’approchent pas de la VIP. Il y a eu des moments, lors des réunions houleuses organisées par des forces vives et surtout pendant la campagne électorale, où des fauteurs de trouble ont tenté de bousculer des ministres. C’est pour cette raison que nous devons être en bonne condition physique. C’est dans les moments difficiles qu’on mesure l’efficacité d’un élément de la Vipsu. » En sus d’une bonne condition physique, un garde du corps doit être un as du volant.

« Nous devons conduire le bolide de la VIP en toute circonstance, surtout s’il y a du grabuge. Nous devons sortir des situations difficiles sans casse et, surtout, sans mettre la vie de la VIP en danger », poursuit-il.

Leur quotidien

Le garde du corps d’une personnalité doit être très matinal. « Nous nous réveillons très tôt pour être chez la VIP à l’heure, très souvent autour de 8 heures. La matinée commence avec la préparation de notre équipement, la prise de possession de l’arme de service, des munitions et de la radio de communication interne. Il faut tout vérifier minutieusement », explique un autre membre de la Vipsu.

« Avec la flambée de la violence, le changement de mentalité de la population, qui devient de plus en plus agressive, et les menaces terroristes à travers le monde, le travail des gardes du corps devient plus exigeant »

Une fois chez la VIP, le garde du corps doit procéder à la vérification du véhicule qui sera utilisé pour s’assurer qu’il est en état de rouler. « Ensuite, nous prenons connaissance du programme de la journée de la personnalité, de la liste des personnes avec qui elle a rendez-vous et celle des fonctions officielles. Tôt le matin, la Vipsu se renseigne sur l’itinéraire à suivre, les personnalités et les autres personnes qui seront présentes et calcule le temps pour arriver à destination », indique-t-il.

La Présidente sous l’œil protecteur de son « ange gardien ».

Selon nos interlocuteurs, à partir de l’instant où la VIP quitte sa résidence jusqu’à son retour chez elle, l’élément de la Vipsu est toujours à ses côtés pour assurer sa sécurité. « Selon notre Scheme of Duty, nous ne devons pas les quitter d’une semelle. Lors des conférences de presse ou des séminaires, tout comme dans des fonctions en plein air, nous faisons un profiling des personnes présentes et nous restons en alerte maximale pour parer à toute éventualité », ajoute-t-il.

« Lors des conférences de presse ou des séminaires, tout comme dans des fonctions en plein air, nous faisons un “profiling” des personnes présentes et nous restons en alerte maximale pour parer à toute éventualité »

Nos interlocuteurs concèdent que, très souvent, surtout hors du bureau, ils se substituent à la personnalité. « Tout comme la secrétaire d’un ministre, nous disposons d’un carnet d’adresses bien garni. Souvent, nous sommes appelés à faire des appels pour passer des messages au nom du ministre à des gens de toutes les couches sociales, d’un simple agent à des ministres, en passant par des fonctionnaires et des hommes d’affaires. Ce qui signifie que nous devons être également de bons communicateurs, avoir une certaine maîtrise en langue parlée et écrite, de bonnes connaissances générales, retenir des numéros de téléphone... » explique-t-il.

Le « bodyguard » d’Ivan Collendavelloo veille au grain.

Certains ne cachent pas que, des fois, ils sont appelés à faire de menus travaux, comme les courses et les petites corvées. Ils escortent les enfants des VIP à l’école, vont au marché, accompagnent l’épouse du ministre, entre autres. Ils s’accordent à dire que, parfois, certaines personnalités exagèrent.

« Un ancien ministre exigeait, dans les années 90, qu’un garde du corps soit à sa disposition tous les jours jusqu’à 21 heures. Il avait, pour tâche, de conduire ses deux petits-enfants en balade », raconte un ancien membre de la Vipsu.

« Nous nous réveillons très tôt pour être chez la VIP à l’heure, très souvent autour de 8 heures. La matinée commence avec la préparation de notre équipement, la prise de possession de l’arme de service, des munitions et de la radio de communication interne »


Au service du Premier ministre

Le Premier ministre Pravind Jugnauth sous forte escorte lors d’une fonction.

Le Premier ministre est toujours mieux entouré que ses ministres. Deux gardes du corps accompagnent le PM en voiture blindée. Celle-ci est escortée par une autre voiture avec, à son bord, quatre gardes du corps. Quatre motards de la Vipsu, en uniforme, l’escortent dans ses déplacements de tous les jours. Au bureau du PM, ils prennent connaissance du programme de la journée. En cas de voyage à l’étranger, le PM est accompagné de deux gardes du corps, qui sont logés dans sa suite.


Dans l’univers de la Vipsu

La Vipsu est une unité spéciale comptant environ 250 policiers et une dizaine de policières. Ils sont bien entraînés et possèdent certaines aptitudes. Un membre de la Vipsu doit courir entre 2,5 et 10 km par jour, faire des abdominaux, pouvoir nager 5 kilomètres, manier les armes et être un bon tireur, maîtriser les arts martiaux et exceller dans la conduite des voitures et dans la garde rapprochée. Les membres de la Vipsu participent activement dans les différents tournois organisés dans la force policière, comme le football, le volleyball et le basketball et ils sont toujours en finale.