«Dilo pu arrêté 9 heures... » Et peut-être même bien avant. Au rythme où vont les choses, la célèbre chanson du groupe Lataniers risque de se traduire dans la réalité, et cela pourrait même être pire. Mare-aux-Vacoas, avec un taux de remplissage de moins de 28 % se vide de plus en plus. Et, selon les projections, il ne faudra pas s’attendre à une amélioration significative de la situation de sitôt.
Pour la première quinzaine de novembre, nous sommes déjà déficitaires en pluie de 31 % par rapport à la moyenne sur ces 30 dernières années, comme l’explique un prévisionniste de la station météo de Vacoas. Pire, sur le Plateau central, et plus précisément à Arnaud, là où se trouve Mare-aux-Vacoas, la pluviométrie est déficitaire de 33 %.
La station météo de Vacoas prévoit en effet une pluviométrie « normale » pour la saison estivale qui a commencé depuis près d’un mois maintenant, soit avec des précipitations cumulées d’une moyenne de 1 350 mm sur toute l’île. La météo s’attend à des averses plus fournies à partir de la seconde partie du mois de décembre. C’est toujours cela, mais une pluviométrie « normale » ne sera pas suffisante pour remplir Mare-aux-Vacoas et pallier le manque de pluie qu’a connu Maurice ces dernières années.
Certes, le manque de pluie grève incontestablement nos réserves en eau. Mais il ne s’agit pas de la seule raison à mettre de l’avant pour expliquer les coupures d’eau de plus en plus dures. Mais aussi, a fortiori, pour expliquer les coupures récurrentes depuis des décennies, dans certaines régions.
Sur le réseau de la Central Water Authority, l’eau se « perd », et pas qu’un peu. Ce qui a amené un manque à gagner non-négligeable pour la CWA, mais aussi et surtout pour tous les usagers. Cette eau que la CWA ne comptabilise pas est connue comme la « non-revenue water ». Et elle compte pour pas moins de 50 % en moyenne, chaque année à travers l’île. Rien que ça !
Sous cette appellation de non-revenue water, nous retrouvons l’eau volée par les particuliers sur le réseau de la CWA. Une partie de l’eau non-comptabilisée vient aussi d’avaries sur des vieux compteurs et qui demandent remplacement. Mais aussi, et surtout, la non-revenue water vient des fuites d’eau suite aux
tuyaux cassés.
« Le problème de la « non-revenue water » existe depuis des années. Il s’agit de s’y attaquer d’urgence, car cela engendre des pertes importantes pour tous les usagers du réseau de la CWA », explique un ancien cadre de la CWA. Ce dernier soutient d’ailleurs qu’il n’y aurait même pas besoin de nouveaux réservoirs si le problème était réglé.
Certes, le gouvernement investit dans le but de remplacer les tuyaux, souvent surannés du réseau de la CWA. Rien que pour cette année, nous pouvons noter quelque 14 projets de remplacement de tuyaux, au coût global de Rs 1,3 Md, explique Bisheck Narain, responsable de communication de la CWA. Des travaux insuffisants, effectués à un rythme trop lent, estiment toutefois les détracteurs qui estiment que le problème restera entier au rythme où vont les choses.
Autre point fondamental à considérer, la capacité de capter de l’eau. Maurice est loin de compter parmi les pays où il n’y a pas de pluie, avec en moyenne presque 4 000 M3 de pluie chaque année. Mais voilà, il reste encore à recueillir cette eau de pluie. Avec la topographie de l’île l’eau de pluie se « perd » et va à la mer.
Le système de captage de l’eau se complique, de plus en plus, avec par exemple le développement accéléré. Avec plus de constructions, la déforestation complique la capacité à recueillir l’eau. C’est un des problèmes dont souffre, par exemple, Mare-aux-Vacoas. Les projets dans ce sens se font toujours attendre. Le Bagatelle Dam est toujours au stade de projet, bien que les choses bougent, tout de même, dans le bon sens avec l’allocation du contrat pour la réalisation du barrage octroyé à une entreprise chinoise.
Le Water Stress
Le développement, la hausse du nombre d’habitants, le nombre accru de touristes, tout cela ne fait qu’augmenter le ‘water stress’ sur le pays. Valeur du jour, il est estimé que le pays, et en moyenne, consomme presque 600 millions de litres d’eau par jour. Dans une dizaine d’années, il est ainsi prévu que ces besoins pourraient s’élever à quelque 100 millions de litres en plus. Un véritable défi. Mais aussi une vraie gageure, valeur du jour.
Mieux gérer nos ressources en eau incombe, bien entendu, aux autorités, mais il est aussi un devoir de tout un chacun. L’eau de pluie peut, par exemple, constituer une bonne occasion pour tous les foyers pour faire des réserves, pour divers besoins qui ne nécessitent pas d’eau potable : pour l’arrosage, pour laver sa voiture ou encore le sol. Lorsque l’on sait que plus de 50 % de nos besoins ne nécessitent pas l’utilisation d’une eau potable, il devient facile de se faire une idée de l’économie qu’une pratique simple à mettre sur pied peut engendrer…
Un changement de mentalité devient de plus en plus nécessaire afin d’assurer que l’eau ne soit pas gaspillée. En cette période de sécheresse, la CWA a mis sur pied différentes campagnes d’informations à la télévision, à la radio, entre autres , pour conscientiser sur les besoins de préserver le précieux liquide. Mais les mauvaises habitudes sont souvent tenaces. Une hausse des tarifs de l’eau, prévue d’ailleurs pour janvier prochain, est une occasion d’augmenter les revenus de la CWA. Mais aussi de se rappeler que l’eau n’est pas gratuite, elle a un prix. Il est nécessaire d’y faire très attention…
Harry Booluck, ancien directeur de la CWA : « Le wishful thinking ne résoudra pas le problème »
«La situation de l’eau est critique et le wishful thinking ne résoudra pas le problème. Il faut absolument qu’il y ait de la pluie mais, en attendant, il faut appliquer des mesures, dont la réduction de la dépendance sur le réservoir Mare-aux-Vacoas. » Cette déclaration est celle de l’ancien directeur de la Central Water Authority, Harry Booluck.
Il souligne aussi certaines contraintes malgré la hausse prévue du tarif de l’eau.
Harry Booluck concède que la situation était mauvaise quand il assumait les responsabilités de directeur général de la CWA, mais aujourd’hui, dit-il, les choses ont empiré. Pour lui, le « wishful thinking » ne servira à rien. « Les grosses pluies sont importantes. Mais il ne faut pas oublier que, dans le passé, nous avons connu des périodes sèches de décembre à mars. Des périodes pendant lesquelles le pays est censé être arrosé par de grosses pluies », soutient Harry Booluck qui se demande, par la même occasion, si les grosses pluies attendues seront suffisantes pour que la situation retourne à la normale en 2012. « S’il y a des pluies déficitaires, l’année prochaine, nous vivrons le même casse-tête », prévient l’ex-directeur de la CWA.
Dans la situation actuelle, une des mesures serait de réduire la dépendance sur Mare-aux-Vacoas. Il cite en exemple l’utilisation des nappes sous-terraines pour les régions de Beau-Bassin/Rose-Hill et Quatre-Bornes, entre autres, et le Midlands Dam pour alimenter les hautes Plaines-Wilhems. « Cela demande certainement des investissements, mais il ne faut pas songer uniquement à l’argent. L’important, c’est de satisfaire les consommateurs », insiste Harry Booluck.
Justement, l’annonce d’une hausse du tarif de l’eau à partir de janvier prochain a déjà été faite. La dernière hausse du tarif de l’eau date de 2002, rappelle Harry Booluck. Cependant, avec la nouvelle hausse, l’ex-directeur général de la CWA appelle à la prudence et à une bonne planification.
« La dernière augmentation date de 2002, mais il ne faut pas oublier que l’année suivante, il y avait la publication du rapport du Pay Research Bureau et la hausse du tarif avait été absorbée par le paiement aux employés. Il y a aussi eu le rapport de 2008 du PRB. La prochaine hausse est prévue en 2012 et le prochain rapport du PRB sera rendu public peu après », souligne-t-il.
Au même chapitre, l’ex-directeur de la CWA dira qu’il est nécessaire de trouver les moyens pour les divers projets. « Depuis l’annonce de la hausse du tarif, il y a des oppositions. L’Opposition réclame la réparation des tuyaux. Mais il ne faut pas oublier qu’il faut de l’argent pour cela. C’est un cercle vicieux », estime-t-il, en ajoutant que la hausse du tarif de l’eau est totalement justifiée.
Un réseau kilométrique
Le réseau de la CWA compte plus de 50 000 kilomètres de « gros » tuyaux, soit d’un diamètre de 63 mm. À titre d’exemple, ces tuyaux couvriraient la distance entre Maurice et Singapour. Ce système dessert plus de 300 000 abonnés. L’on compte plusieurs zones de distribution : Port-Louis, le Nord, l’Est, le Sud et deux pour le Plateau central.
Le secteur privé propose son aide
Le 15 septembre dernier, la Central Water Authority a lancé un exercice d’expression d’intérêt des promoteurs privés pour la fourniture d’eau potable. Et à la date butoir, le 17 octobre 2011, 23 propositions avaient été reçues. C’est ce qu’a indiqué le Deputy Prime Minister et ministre des Utilités publiques, le Dr Rashid Beebeejaun, au Parlement, cette semaine. Ces propositions, selon le No 2 du gouvernement, peuvent être regroupées en quatre catégories.
Notamment le dessalement de l’eau de mer, le traitement de l’eau de surface extraite des rivières et des réservoirs, l’exploitation des nappes phréatiques et le recyclage des eaux usées. Ces propositions sont actuellement examinées par un comité technique. Par ailleurs, explique le Dr Rashid Beebeejaun, son ministère a été avisé par le Parquet que, selon la loi existante, seule la CWA est habilitée à fournir de l’eau pour des besoins domestiques, commerciaux et industriels et que des amendements sont nécessaires à la loi existante pour une participation du secteur privé. Des changements dans ce sens sont à l’étude.
20 May 2013

Saturday, 19 November 2011 14:00
Manque d’eau – Il n’y a pas que la pluie qui compte ! Featured
Avec un taux de remplissage de 28 %, Mare-aux-Vacoas commence sérieusement à inspirer de l’inquiétude. Certes, la pluviosité est moindre cette année, menant à un assèchement progressif du premier réservoir de l’île. Mais, il ne s’agit pas du seul facteur responsable du manque d’eau dans nos robinets.
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