29 November 2014
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Sunday, 20 January 2013 09:00

Dans le Nord – Un faux dentiste aux dents longues

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Il est technicien dentaire et fabrique des dentiers, mais se fait passer pour un dentiste. Les extractions figurent parmi les soins qu’il propose. Enquête.
C’est par téléphone que notre reporter a pris contact avec V.D. Celui-ci lui de­mandera de venir le jour même, dans l’après-midi. Sur place, surprise ! C’est à son domicile, dans une petite chambre, qu’il « pratique ». Premier fait frappant : l’état de la chaise dentaire. Elle paraît dater de Mathusalem. Cette chambre est dotée d’une armoire dans laquelle le faux dentiste garde ses produits pour la fabrication des dentiers et couronnes dentaires. Le mur est orné d’images de plusieurs divinités. Cette pièce est loin d’être un cabinet dentaire.

Le technicien demandera à notre reporter de s'installer sur la vieille chaise. Avant de retirer une trousse, bourrée d'instruments de son armoire. Il les utilise pour examiner les dents de notre reporter, sans se laver les mains au préalable.

Il n’utilisera pas de gants pour cet examen, comme c’est la norme. Il lui propose alors de pratiquer une extraction. La « patiente » lui demande aussi de lui mettre une dent en or. « Mo pou rass ou ledan, lerla apre enn mois et demi, mo pou mett ou ledan lor. Nou bizin pa tro pressé avan nou mett li », lui explique le pseudo-dentiste.

La « patiente » lui demandera alors de lui prescrire un calmant et qu’elle compte revenir pour l’extraction de sa dent. Il lui dira que ce n’était pas nécessaire. Mais sur son insistance, il lui conseillera : « Si ou pe per, pran antibiotik ziska ki ou revini pou rass ou ledan. Pran Brufen 500 mg. » Médicament dont il inscrit le nom sur un morceau de papier. À savoir que le Brufen n’est pas un antibiotique, mais un anti-inflammatoire.

Il expliquera à notre reporter qu’il a fait, dans un premier temps, des études de dentisterie en France. Mais il a dû retourner à Maurice peu de temps après, faute de ressources financières : « À mon retour, j’ai travaillé  comme assistant auprès d’un dentiste. Puis je suis parti en Inde où j’ai fait sept années d’études, au lieu de cinq. Ce qui m’a permis de pratiquer dès mon retour, sans avoir à faire de stage. »

V.D. prétend avoir des cabinets dentaires dans la capitale et à Rose-Hill. Il affirmera avoir pratiqué à Lallmatie pour ensuite ouvrir son cabinet. Et ajouter qu’il travaille aussi dans une clinique privée. « Ce n’est que les mardis, jeudis et samedis que je pratique chez moi. Ouvrir un cabinet m’aurait coûté une fortune. J’aurais eu à dépenser plus d’un million de roupies, sans compter les taxes. Si je peux pratiquer ici, pourquoi aller dépenser tant ? » C’est en ces termes qu’il a justifié les conditions rudimentaires dans lesquelles il pratique.

V.D. se targue de sa réputation en tant que dentiste. Il clamera être très connu dans la région de Vacoas où il pratiquait : « Il y a même de jeunes dentistes qui n’ont pas donné les soins nécessaires aux malades. Banla finn fer complainte board dentiste, lerla bann dan board finn avoy patients kot mwa. »

Notre reporter lui propose alors d'envoyer ses proches. Le faux dentiste précisera qu’il traite aussi les enfants. Enfin, notre reporter lui dira qu’elle allait revenir pour l’extraction de sa dent car elle a la frousse des dentistes. « Pa bizin ou per. Mo pou fer ou pikir cocaïne avan mo rass ou ledan », lui dira V.D..

Le Registrar du Dental Council : « Nous allons saisir la police »
Le Registrar du Dental Council, sollicité pour une réaction, précise que cette instance ne peut sanctionner ceux qui ne sont pas des dentistes. « La Dental Council Act autorise le Conseil à prendre des actions contre les membres de la profession », précise le Dr Keshaw Deepchand. N’empêche que, dit-il, cet organisme veut réagir par rapport à cette affaire jugée grave : « Nous allons référer le cas à la police, en vue d’une enquête sur ce faux dentiste. C’est la police qui peut agir dans ce cas précis. »

Prix pratiqués
Il est souvent nécessaire de débourser une forte somme d’argent pour un traitement dentaire dans des cabinets certifiés. Cependant, V.D. affiche des prix relativement bas dans l’unique but d’attirer des clients. Malheureusement, de nombreuses personnes, attirées par le prix, acceptent les services de V.D. sans se poser de questions. Les prix sont comme suit :

Traitements                               Prix
Extraction des incisives           Rs 300
Extraction des molaires           Rs 400
Dentier                               Rs 7 500
Implantation d’une             À partir de dent en or Rs 5 000 dépendant de la qualité de l’or

Le président du Dental Council : « Faut-il qu'il y ait mort d’homme pour qu’on réagisse ? »
Nous avons recherché la réaction du président du Dental Council. Le Dr Joy Mandhub précise que cela fait des lustres depuis que la Mauritius Dental Association mène campagne contre des faux dentistes comme V.D. : « Ce monsieur n’est pas le seul à pratiquer illégalement. Il y a plusieurs braconniers qui sont à l’œuvre sans être pour autant inquiétés. Ils sont de simples techniciens dentaires qui se font passer pour des dentistes. »

Le Dr Mandhub dit regretter que la Dental Council Act n’autorise pas au Conseil des dentistes de prendre des actions contre ces braconniers : « Il faut que les patients eux-mêmes portent plainte pour qu’il y ait une enquête policière. Mais dans ces cas, les patients refusent souvent d’aller de l’avant lorsqu’ils ont eu des complications. En attendant, nombreux sont ceux qui mettent en péril la santé des gens. Le ministère de la Santé doit essayer de mettre un frein à cette pratique. Car la santé de la population est entre ses mains. Faut-il qu’il y ait mort d’homme pour qu’on réagisse ? »

Le Defi Plus

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