01 October 2014
Petites Annonces Gratuite
FacebookTwitterGoogle PlusLinkedin
Facebook Like
Saturday, 16 February 2013 10:00

Après les inondations de mercredi – Une enquête sur les drains réclamée

Rate this item
(1 Vote)
Canalisations mal construites, drains obstrués et laisser-faire des autorités. Ce sont les trois principales raisons imputées aux inondations de mercredi par trois consultants. Ainsi, ils réclament un audit technique des drains pour corriger les erreurs et sauver la population des futurs débordements.
À l'avertir, pour éviter le pire, un audit technique des drains s’impose. C’est l’opinion de trois consultants en génie civil, outrés et qui ont requis l’anonymat. À leur avis, les inondations de mercredi auraient bien pu être évitées dans plusieurs régions du pays, si les drains étaient construits selon les normes ou s’ils étaient nettoyés. Sans vouloir être alarmistes, ils considèrent que les inondations de mercredi ne constituent qu’une bande d’annonce des scènes de détresse à venir : « Si les pluies torrentielles avaient persisté durant au moins deux heures, les dégâts auraient triplé. »

Cet audit permettra, selon eux, de lister tous les drains qui ne répondent pas aux normes ou à une situation de pluies torrentielles : « Selon notre expérience et observations, de moins en moins de drains répondent à ces deux impératifs. » Pour éviter toute controverse, ils suggèrent que cet audit soit mené par des étrangers : « Il est préférable que cet audit soit fait par une équipe d’étrangers pour deux raisons principales. D’une part, pour éviter tout cover-up. D’autre part, pour que le rapport ne souffre d’aucune contes­tation. Il y va de la vie des gens et du risque de pertes de biens. »

Les trois consultants pointent du doigt les autorités. Selon eux, le démantèlement du Land Drainage Committee est la source du mal : « Composé de techniciens, celui-ci n’avalisait que les projets qui répondent aux deux impératifs [cités plus loin]. Il n’acceptait pas n’importe quoi. Après sa mise à mort, dans un premier temps, des ingénieurs s’attelaient à la tâche. Mais la décision finale revenait à un haut fonctionnaire qui n’a aucune expertise technique. Depuis quelque temps, ce sont les compagnies de construction qui préparent les plans. »

Le deuxième problème grave, relevé par les consultants, concerne la tentation de privilégier la quantité au détriment de la qualité : « Citons un cas parmi d’autres. Avec le budget pour un projet, trois projets ont été mis en chantier contre l’avis des consultants. Résultat : les drains sous-dimensionnés ne sont utiles que pour des averses. Dès que les pluies torrentielles s’abattent sur le pays, ces drains ne sont d’aucune utilité. »

L’autre problème concerne le manque de rigueur des collectivités locales. Il leur est reproché de ne pas accorder toute l’attention nécessaire au système d’évacuation d’eau dans les projets de développement foncier. Les mairies et les conseils de district se contentent du système de drains en bordure de route qui est, très souvent, de dimension inappropriée.

« The consultants find that the drainage related concerns are not being fully addressed in the development plans of the District Councils/Municipalities, and particularly in new developments, a large reliance is being placed on roadside drainages of sizes not appropriately related to the catchment areas », avait dénoncé un rapport de la firme Gibb.

Fact-Finding Committee du juge Domah
Suite aux inondations de mars 2008, qui ont fait quatre victimes, un Fact-Finding Committee (FFC) avait été mis sur pied et présidé par le juge Bushan Domah, assisté de Ranjitrai Vaghjee et Jacques Rosalie. Ce comité avait fait une série de recommandations :
  • Indemniser les proches des victimes.
  • Mettre sur pied un Disaster Management Centre en vertu d’une législation. Il aura pour mission d’évaluer les risques de chaque calamité naturelle qui peut frapper Maurice, de compiler et analyser des données et de décider de l’alerte sur l’ensemble du pays ou par région.
  • Préparer une Integrated Flood Management Strategy qui intègrera un « land resource management with water resource management » en vue de minimiser les risques de perte de vie et de dégât matériel.
  • Construire un réseau de drain national pour canaliser les eaux dans des bassins et autres lacs au lieu qu’elles finissent dans l’océan.
  • Préparer une Flood Risk Map qui répertorie constamment les endroits à risque.
  • Le service météorologique doit être mieux équipé, doit reconfigurer son site web et doit nommer un PRO.
  • La NDU doit redéfinir ses rôles par rapport à la gestion intégrée des inondations.
  • Le ministère des Administrations régionales doit mener un audit du système de drainage et de la gestion des déchets de chaque collectivité locale.
Front de mer inondé
Les trois consultants se disent « intrigués » que Caudan Waterfront et la Nationale, au cœur de Port-Louis, ont été inondés. La principale raison avancée : Port-Louis n’a pas enregistré une pluviométrie exceptionnelle. Ils soupçonnent que ce débordement a été provoqué par deux drains principaux de Port-Louis. « À Chien de plomb, il y avait deux très gros drains d’un diamètre de plus d’un mètre qui évacuent l’eau de la capitale vers la mer. Il faut voir si ces deux drains sont obstrués, faute de netto­yage régulier. Ou s'ils ont été supprimés lors des travaux d’infrastructures publiques ».

Facteurs humains relevés
Dans un rapport sur les inondations, la firme de consultant Gibb, en partenariat avec la Water and Power Consultancy Services (India) Ltd, a relevé 13 facteurs humains :
1. Dans certains endroits, les drains sont mal conçus. Dans d’autres, il y a une insuffisance de drains. Alors que certains endroits sont privés de drains.
2. Des tuyaux sont installés dans le cours d’eau des drains et des caniveaux.
3. Certains drains sont obstrués en raison de piètres entretiens.
4. Des maisons sont construites sur des terrains en contrebas.
5. Le réseau de canalisation d’eau des nouveaux complexes résidentiels est abouché au réseau existant, qui ne dispose pas de capacité adéquate.
6. Les drains naturels sont obstrués par des détritus.
7. Construction des maisons sur les berges ou en dessous de la « flood line » des rivières et d’autres cours d’eau.
8. Les cours d’eau sont bloqués par des déchets ménagers.
9. Aucune étude appropriée n’a été menée sur la dimension des drains à être construits.
10. Des maisons ont été construites au pied des montagnes et des collines, sans avoir pris en considération la canalisation des eaux.
11. Le nombre de trop-pleins augmente sans qu’accroisse réciproquement le système d’évacuation d’eau.
12. Des constructions sont effectuées sur des terrains marécageux.
13. Pas suffisamment de moyens d’écoulement des trop-pleins pour une bonne évacuation.

Les recommandations de Gibb
  • Mise sur pied d’une Land Drainage Unit et d’un Land Drainage Coordination Committee.
  • Formation du personnel qui travaillera sur le terrain.
  • Réorganiser la Water Resources Unit afin de séparer les « higher level functions » des « day-to-day functions ».
  • Adoption des normes hydrologiques par rapport à la construction des infrastructures d’évacuation d’eau.
  • L’évacuation d’eau doit occuper une place importante dans tout projet de développement foncier.
  • Implantation à travers le pays de huit stations pour pouvoir évaluer le volume de boue et de cailloux entraîné par les eaux durant les averses.
  • Elaboration d’un plan d’action sur la gestion des accumulations d’eau (Wartershed Management).

Le pont de Souillac
En apprenant que neuf supports au pont de Souillac ont été emportés par les eaux, les trois consultants disent n’avoir pas cru leurs oreilles : « C’est à peine croyable, car le Sud n’a pas été frappé par un tsunami. Tout consultant ou Project Manager sait qu’étant donné que nous sommes en période cyclonique et de grosses pluies, les supports pour un pont, même temporaires, doivent pouvoir résister aux chocs des eaux et des troncs. On aurait su l’origine du problème si une enquête indépendante avait été initiée sur-le-champ ».

La NDU confirme
La situation de mercredi a donné une indication concernant la situation des drains. Notamment le fait que certains sont sous-dimensionnés, mais il y a aussi le fait que de nombreux drains sont obstrués. Au niveau de la National Development Unit (NDU), l'on ne dément pas cette situation, mais les responsables affirment que les efforts nécessaires sont faits. Les drains sous-dimensionnés, concède Hurrydeo Bholah, Head of Engineering Division de la NDU, sont surtout ceux qui datent de plusieurs années.

Toutefois, il s’empresse de citer en exemple la région de Port-Louis où il existe de nombreux gros canaux d’évacuation qui ont été aménagés suite à « beaucoup de planifications ». Cependant, fait-il ressortir, certains de ces gros canaux (central water course) sont obstrués par des constructions illégales. Il prend en exemple la région située au pied de la montagne de Vallée-Pitot et à Vallée-des-Prêtres.

« Avec ces obstructions, l’eau qui descend en grande quantité doit se frayer un autre passage », ajoute-t-il.  Hurrydeo Bholah mentionne le fait que la NDU travaille dur concernant les « cut-off drains » ; c’est-à-dire la canalisation de l’eau des petits drains vers les plus grands. Selon lui, comme c’est le cas pour la région de Port-Louis, avec le Canal Anglais ou le canal situé à Marie, Reine de la Paix. « Il n’y a pas eu de grosses accumulations d’eau à Trois-Boutiques. Le même exercice est appliqué pour la région de Mahébourg, Allée Mangue à Poste-de-Flacq, Plaine-de-Gersigny et le village de Pont-Blanc », souligne le Head of Engineering Division de la NDU.

Land Drainage Committee
Hurrydeo Bholah réfute aussi les affirmations de certains consultants à l’effet que les drains « sont construits n’importe comment depuis le démantèlement du Land Drainage Committee ». Loin de là, soutient-il. En fait, insiste-t-il, ce comité a été remplacé par l’Emergency Rehabilitation Program. Et contrairement au Land Drainage Committee, qui s’occupait des drains, avance Hurrydeo Bholah, l’Emergency Rehabilitation Program prend en considération les drains, les rivières et les ponts qui sont parfois sous-dimensionnés : « Le Land Drainage Committee se penchait sur les problèmes localisés.

Il fallait à chaque fois nommer un consultant, faire des designs, attendre l’approbation des autorités locales et tenir plusieurs réunions pour un problème particulier. Or, l’Emergency Rehabilitation Program traite de tous les problèmes urgents. » Hurrydeo Bholah revient aussi sur le cas de la Place d’Armes à Port-Louis et dit que cet endroit est un « critically low point » où l’eau accumulée n’a pu être déversée dans la mer : « Il y a eu beaucoup de développements infrastructurels à cet endroit et c’est peut-être cela qui a bloqué les drains quelque part. Peut-être aussi que la capacité des drains, dans cette partie de Port-Louis, n’est pas suffisante et doit être augmentée. »

Et Hurrydeo Bholah d'ajouter que la NDU, la RDA et le ministère des Infrastructures publiques travaillent sur une solution.  Le rapport du juge Domah, suite aux inondations de mars 2008, avait préconisé un National Drain Network. Si Hurrydeo Bholah ne veut pas se prononcer sur ce sujet, il soutient qu’un consultant étranger a été nommé par la Banque mondiale dans le cadre de la Watershed Management Study : « Nous espérons qu’il nous aidera à trouver les solutions nécessaires ».



Last modified on Saturday, 16 February 2013 10:10
Meemah Aumeer-Daharee

Email This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.
Zero Tolerance

ZERO Tolérance

Les internautes qui voudraient commenter les articles qui sont publiés sur le site defimedia.info sont avisés qu'ils doivent éviter à tout prix d'utiliser des termes obscènes, racistes, communaux ou diffamatoires. La moindre utilisation d'un terme offensant entraînera le rejet automatique du commentaire soumis.

comments powered by Disqus

Actualités Popular Articles

Google+