Il semble que la plupart des femmes qui accouchent ignorent leurs droits par rapport au fait de se soumettre aux soins des internes. Elles se laissent faire dans la plupart des cas. Pourtant, certaines se sentent blessées dans leur dignité de par la façon de faire de certains de ces internes en médecine.
N’ont-elles pas le droit d’être informées que leur accouchement se déroule en la présence d’internes ? Ces derniers ne sont-ils pas censés les informer qu’ils sont des internes avant de pratiquer sur elles certaines techniques médicales ? N’ont-elles pas le droit d’objecter à leur présence dans la salle de travail (Labour Ward). Ce sont tant de questions que se pose Christelle, 24 ans, après ce qu’elle a vécu lors de son accouchement à l’hôpital SSR, Pamplemousses.
Le vendredi 27 janvier, la jeune femme a été conduite au Labour Ward. Elle accouchera à peine dix minutes après son arrivée dans cette salle. Ce qui l’a soulagée puisqu’elle s’attendait à passer des heures dans la salle de travail. Elle a accouché de son premier enfant. Mais elle était loin de se douter qu’elle allait passer plus de deux heures dans cette salle dans des conditions des plus éprouvantes.
« Dans cette salle, il y avait cinq jeunes qui portaient des blouses blanches. D’abord, j’ai cru qu’il s’agissait de jeunes médecins. Trois d’entre eux sont venus me voir. L’un d’eux a alors commencé à faire des points de suture au niveau du vagin alors que les deux autres le regardaient. Ils discutaient sur les types de points à faire et les aiguilles à utiliser dans divers cas. À un certain moment, j’ai eu envie d’uriner. Aucun d’entre eux ne semblait savoir comment me mettre une sonde. C’est alors que je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’internes », raconte-t-elle.
Maîtriser la technique avant tout !
C’est, dit-elle, une jeune femme qui a ensuite pris le relais. « Elle tremblait de tous ses membres et était presque paniquée. Un des autres internes a alors essayé de lui expliquer comment il fallait s’y prendre. Ce qu’elle n’a pas réussi à faire puisqu’ils ont alors coupé le fil pour l’enlever. C’est le troisième interne qui s’y est mis. Tout cela semblait durer une éternité pour moi puisqu’à force d’avoir les jambes écartées et suspendues, j’avais des crampes. Mais ils semblaient en faire peu de cas. Leur priorité semblait d’apprendre à maîtriser la technique des points de suture », nous dit Christelle.
L’agacement de la spécialiste
Le troisième interne, poursuit la jeune femme, a alors redonné l’aiguille à la jeune femme. « Elle ne parvenait toujours pas à me faire les points de suture correctement. Entre-temps, il m’était de plus en plus difficile de supporter mes crampes aux jambes. Heureusement qu’une doctoresse est venue me prendre en charge. Elle sortait du bloc opératoire et semblait irritée. Elle a dû couper à nouveau les points de suture pour les refaire. Elle était davantage irritée car je ne comprenais pas quand elle me demandait de me rapprocher d’elle. Il s’agissait d’une étrangère et parlait mal le créole. Elle m’a tirée vers elle brusquement pour me refaire les points de suture », narre la jeune femme. Elle précise que plusieurs femmes qui ont accouché le même jour qu’elle ou la veille ont subi plus ou moins le même sort…
Une fois son calvaire terminé dans la salle de travail, elle a été choquée parce qu’elle considère être de l’indifférence de la part d’une ‘attendant’ à son égard. Elle l’accompagnait jusqu’à la salle postnatale. « Comme j’avais des crampes et que j’avais les jambes qui tremblaient toujours, je lui ai demandé si je pouvais m’appuyer sur son épaule pour marcher. Mais elle a refusé en me disant que j’étais censée marcher normalement, sans appui. J’ai été marquée par ce manque de compassion », relate Christelle, sur le point de craquer. Heureusement que, dit-elle, l’infirmière qui s’est occupée d’elle après était d’une grande compassion.
Traumatisée, Christelle avait hâte de rentrer chez elle avec son bébé. C’est la raison pour laquelle elle n’a pas voulu informer la direction de l’hôpital de ce qu’elle avait vécu. « Si j’avais su que c’étaient des internes qui s’occupaient de moi, je m’y serais opposée catégoriquement. En plus de toute la souffrance que j’ai subie, c’est ma dignité qui a été touchée par la façon de faire de ces internes », nous dit-elle, parvenant mal à dissimuler ses larmes.
Chercher le consentement
Est-il courant que les internes soient appelés à faire des points de suture sur des femmes qui viennent d’accoucher ? Oui, nous répond un gynécologue de l’État. Il va même plus loin en soutenant que l’expérience vécue par Christelle est monnaie courante. Il confirme que les points de suture sont souvent mal faits vu que les internes sont en stage. Sauf que très peu de femmes protestent contre le fait d'être soumises à l’inexpérience des internes, dit-il.
Comment cela devrait-il se passer pour les femmes qui accouchent sous les soins des internes ? Il précise d’emblée que ces derniers ne doivent pratiquer aucun acte médical sans la supervision d’un médecin, soit le consultant en charge de leur formation. « Ce dernier doit bien leur montrer comment se font des points de suture chez les femmes qui viennent d’accoucher. Ce n’est que lorsqu’il est persuadé qu’ils sont en mesure de pratiquer cette technique, qu’il les y initie et, ce, sous sa stricte supervision.
Ce qui réduit les risques d’échec et par ricochet, la souffrance des patientes », explique ce gynécologue. De plus, chaque interne est censé se présenter comme tel auprès d’un malade et lui demander sa permission avant de pratiquer le moindre soin sur sa personne. Ce qui, dit-il, aurait dû être davantage la pratique chez les femmes qui accouchent puisque leur intimité est mise en cause. Dans la même foulée, il précise qu’une patiente peut refuser tout traitement de la part d’un interne ou d’un groupe d’internes, même si cela se passe sous la supervision d’un spécialiste.
Les internes se plaignent auprès de la Santé
Actuellement, ils sont une centaine à effectuer leur stage pratique dans nos hôpitaux. Ils doivent pratiquer sous la supervision des consultants. Ces derniers bénéficient d’ailleurs d’une allocation pour les former en milieu hospitalier. Toutefois, tel n’est pas toujours le cas. En effet, ces internes sont souvent appelés à maîtriser certaines techniques médicales par eux-mêmes. Plusieurs d’entre eux s’en sont d’ailleurs déjà plaints auprès du ministère de la Santé. Ils reprochent à certains consultants de ne pas les superviser au cours de leur stage en milieu hospitalier. Les médecins concernés ont été rappelés à l’ordre. Mais ils s’en défendent en soutenant qu’ils sont très occupés à s’occuper de leurs malades…
Les précisions de la Santé
Le ministère de la Santé nous a fait parvenir une correspondance pour apporter les précisions suivantes concernant les internes en formation à la maternité :
- Les internes sont appelés à pratiquer l’épisiotomie – points de suture après accouchement – sur les patientes mais sous la supervision des médecins présents à la salle de travail.
- La permission de la patiente est recherchée au préalable par les internes qui lui expliquent aussi la procédure.
- Les patientes sont traitées avec tout le respect de leur intimité. L’accès à la salle de travail est ainsi strictement contrôlé.
- Les internes sont autorisés à pratiquer une épisiotomie seulement lorsque leurs formateurs estiment qu’ils en sont capables.
- Il arrive dans certains cas que les points de suture se cassent pour des raisons spécifiques. C’est alors dans l’intérêt de la patiente de les refaire.




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