«J’ai pensé que j’allais mourir » Quatre mois après l’accident qui a fait trois morts à la Montée Lapeyre, l’enquête policière amorce sa dernière ligne droite. Mercredi, les enquêteurs ont entendu la version du dernier témoin de ce drame, après qu’il s’est remis de ses blessures.
Il s’agit de Girishwarnath Ramdass, la trentaine. Cet habitant de Plaine-Magnien est le seul rescapé du minibus à bord duquel Anben Chinapen, 29 ans, domicilié route Maisonnette, Rivière-des-Anguilles, Nathalia Marie Mylène Lamy 21 ans, de Cité La Chaux, Mahébourg et Patrice Andrew Armance, 30 ans, de Bel-Air, Mahébourg, ont rendu l’âme. Le minibus qui se dirigeait vers Nouvelle-France est entré en collision avec un autobus venant en sens inverse.
Girishwarnath Ramdass est revenu sur les faits, quelques jours après avoir retrouvé la parole. Le rescapé est très clair dans ses propos. « Ni moi, ni le chauffeur ne dormions au moment de l’impact. Bis ti pé vine à full vitesse », a-t-il confié. Voulant protéger ses passagers à tout prix, Anben Chinapen, le chauffeur aurait demandé à Girishwarnath qui se trouvait juste à ses côtés, « lève ça deux qui pé dormi là ».
« Le chauffeur a voulu éviter les conséquences de l’impact qui s’annonçait inévitable…», confie notre interlocuteur. Girishwarnath a senti que son heure approchait, « mone ferme mo lizié mone pensé mo apé fini ! » lâche-t-il. La suite n’est qu’une vision d’horreur. « Quand j’ai vu les corps du chauffeur et de Nathalia gisant par terre, je n’ai pu m’empêcher de pleurer… »
La vie ne sera plus jamais la même pour lui. « Ce qui s’est produit ce jour-là restera à jamais gravé dans ma mémoire. Je suis moralement dévasté». Le blessé a été transporté à l’hôpital Victoria, à Candos, pour y recevoir des soins, avant d’être par la suite transféré à la clinique Fortis-Darné où il passera huit nuits. Quelques jours après le drame, la victime perd la parole. « Le choc que j’ai reçu lors de l’accident avait atteint un nerf. J’étais dans l’incapacité de parler… ». Une nouvelle épreuve pour cet homme marié. « Le médecin m’avait annoncé que les probabilités que je retrouve la parole étaient minimes. J’avais perdu tout espoir », explique-t-il.
Deux mois durant, ses journées étaient rythmées par des allées et venues à l’hôpital pour y recevoir ses traitements.
Cette terrible situation affectera également sa famille. « Trois fois la semaine, nou ti pé amène li faire speech, causer li pas ti pe capave, li ti pé besoin écrire lors papier », relate Marie Agnès, la mère du jeune homme, âgée de79 ans.
« Ce fut une terrible épreuve pour nous. Mon époux est toujours troublé par ce drame qu’il a vécu… » Le jeune homme connaîtra également des problèmes de mémoire. Les jours passent et sa situation est loin d’évoluer positivement.
Il revit à nouveau
Les parents du jeune homme se réfugient alors dans la prière. « Dieu nous a donné la force et le courage pour soutenir notre fils dans cette épreuve. J’ai prié pour lui du matin jusqu’au soir », confie sa mère.
Au chevet de la victime, ses proches conjuguent leurs efforts pour l’aider à retrouver la parole. Finalement, le 15 décembre, il parviendra à prononcer ces premiers mots. « Line crier maman !» raconte sa mère. Ce dénouement ne peut que donner espoir aux Ramdass. « Heureusement, par la Grâce de Dieu, line correct ! C’est ène nouveau la vie pour nous, mo ti èna l’espoir, mo faire beaucoup la prière pour mo garçon », ajoute Marie Agnès.
Aujourd’hui, Girishwarnath revit à nouveau. Père d’un fils de neuf ans, le miraculé a repris ses activités professionnelles. « Il était la personne la plus exposée dans le véhicule. Il s’en est sorti avec une blessure à la tête », souligne son père.
Toutefois, par moments, les images horribles de cet accident hantent la victime. «Désormais, je fume plus qu’à l’accoutumée. J’ai eu une côte fracturée, elle ne s’est pas encore rétablie».
Le témoin ayant retrouvé la parole, l’enquête policière, placée sous la houlette du sergent Somoo du poste de Nouvelle-France, se poursuit. Girishwarnath a donné sa version des faits à la police mercredi. Il apporte un sérieux démenti à l’hypothèse selon laquelle le chauffeur aurait eu sommeil au volant. Pour soutenir ses dires, il raconte que l’on parlait dans le van, y compris le chauffeur Anben Chinapen. Le même jour, le rescapé a été conduit sur les lieux du drame où il a participé à une reconstitution des faits.
Il se remémore que, juste avant le drame, alors que le van devait de dépasser un lieu de culte à 16e Mille, en amorçant une montée couplée par un virage sur la droite, un bus venait en sens inverse.
C’est alors que Girishwarnath constate que le van a quelque peu dévié de sa route et se trouvait dans l’autre voie. Il dit avoir entendu le chauffeur lâcher, quelques secondes avant l’impact : « ça bus la pé vine tape avec moi ». Le chauffeur aura beau tenter d’éviter le bus, mais en vain, a déclaré le rescapé aux enquêteurs. « Tout ce qui a été dit au sujet du chauffeur est complètement faux. Mo espéré qui la justice saura triompher et que la lumière sera faite sur cet accident », conclu Girishwarnath.




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