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Saturday, 12 January 2013 12:00

Jack Bizlall : « Une nouvelle vision du pays n’est pas possible après 10 - 15 ans de pouvoir » Featured

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Jack Bizlall prône une protection légale plus accrue pour les médias et soutient que la presse doit avoir les coudées franches pour rapporter tout ce qui est d’intérêt public, y compris la vie privée des politiciens. Sans toutefois que cela ne franchisse la ligne de la liberté de l’individu.
> Commençons par l’affaire Nandanee Soornack. Cet agent travailliste soutient que même si elle avait une relation avec une haute personnalité politique, cela n’aurait regardé qu’elle. Partagez-vous cette opinion ?
La vie privée de n’importe quel citoyen a trait à qui se passe chez lui. Une personne est libre de disposer de son corps, de sa pensée et ses actes comme elle le souhaite, tant que cela n’a aucune incidence sur une autre personne ou sur la société dans son ensemble. Dans le cas contraire, on a le droit de savoir.

> Est-ce qu’on est dans cette situation ?
Nandanee Soornack est une femme publique, étant à la fois une activiste du Parti travailliste et une femme d’affaires. Tout ce qu’elle fait dans ces deux cadres relève du domaine public. Et elle doit se soumettre à la critique des autres citoyens et de la presse, en particulier. Il n’y a aucun doute à ce sujet. Ce qu’il faut voir, c’est sur quoi on peut juger ses actes.

> Est-ce que ses fréquentations tombent aussi dans le domaine public ?
Tout rapport que quelqu’un maintient sur le plan politique, sur le plan des affaires, peut être condamné s’il dépasse le triple cadre de la chose publique, des traditions et de la morale de notre culture, de notre civilisation. Je ne parle pas de moralité, mais de ce qui est acceptable, raisonnable ou pas.

> Un Premier ministre a-t-il droit à une vie privée ?
On a deux extrêmes : la culture française qui n’entre pas dans les rapports d’un dirigeant politique avec qui que ce soit sur le plan affectif et sexuel. Aux États-Unis, c’est le contraire. Les dogmes religieux sont imposés sur les dirigeants et c’est navrant. On a une troisième influence : celle des sociétés islamiques, plus strictes, et asiatiques, plus permissives. Dans notre petit pays, c’est à nous de déterminer le type de société qu’on veut construire et sans doute la société séculière, comme la Grande-Bretagne, est mieux pour nous. Le Mouvman 1er-Mai touche profondément cette question dans sa proposition de nouvelle Constitution. Toute Constitution est le résultat de l’évolution d’une culture et la nôtre doit refléter cette progression.

> Et le rôle de la presse dans tout cela ? Doit-elle se taire sur certaines choses même lorsqu’il s’agit d’une personne publique ou doit-elle tout révéler parce que les citoyens ont le droit de savoir pour qui ils votent ?

Nous proposons que tous ceux qui forment l’opinion publique, c’est-à-dire journalistes, artistes, écrivains et autres, soient protégés constitutionnellement pour pouvoir exprimer leurs opinions librement puisqu’ils forment le 5e pouvoir.

> Vous parlez de protection...

On ne peut brimer leur liberté d’expression. Une fois la Constitution amendée, il faut redéfinir beaucoup de choses. Cette protection devrait les exempter de poursuites pénales. Tout rapport de la presse faite de bonne foi et échappant du domaine de la liberté de la personne.

> Vous n’avez pas répondu à ma question sur la presse…

La presse doit avoir la liberté totale de rapporter toute information sur n’importe qui, pas seulement une personne connue, lorsque cela relève du domaine public. Mais la presse doit s’assurer que sa source d’informations soit crédible et qu’elle soit communiquée de bonne foi. Bien évidemment, la personne concernée doit avoir l’occasion de s’exprimer, mais ça, c’est déjà dans les pratiques de la presse. (Longue réflexion) J’ai 66 ans et je n’ai peut-être vu que deux occasions où un journal a agi de manière irresponsable.

> Une pratique est très en vogue en ce moment. Celle du défilé permanent de politiciens à la police pour porter plainte l’un contre l’autre.

Cela montre une bifurcation de la politique. On constate cet état de choses dans toute société qui évite de parler des contradictions majeures. On bifurque vers des choses secondaires. À Maurice, c’est amplifié parce que nous avons, avec le MMM, le MSM et le PTr, une même force politique qui se construit et se déconstruit au fil des alliances et désalliances, sur la base des rapports entre Jugnauth, Ramgoolam et Bérenger. J’ai une petite critique envers la presse à ce sujet. Le sensationnel est très présent dans notre culture journalistique. Lorsque quelque chose se passe, on en parle et on oublie après une semaine. J’avoue qu’on a une société assez caractéristique par rapport aux palabres… Le public est tres attaché à ces trucs exécrables qui n’apportent rien de nouveau et d’épanouissant.

> Avez-vous foi que la population acceptera un jour de changer de direction ?
Je ne suis pas un homme de foi. Je suis beaucoup plus quelqu’un qui analyse, qui essaie de toujours comprendre et qui donne son opinion de temps en temps, quand le besoin se fait sentir ou quand on me le demande. J’ai énormément de choses à dire et de propositions à faire. C’est dommage que les politiciens réduisent tout sur le plan de la bêtise.

> Vous dites avoir beaucoup à dire, mais est-ce que les autres sont prêts à écouter ?
Chacun doit faire son effort. Je sais que ma pensée n’est pas la perfection, mais j’essaie de bouger vers la perfection de ma pensée. On me dit souvent qu’il y a un problème de communication, mais je fais un effort afin que ma pensée soit accessible.

> Il faut peut-être simplifier le message ?
Alors on tombe dans le slogan et il n’y a rien de pire. Parce que c’est sujet à mille interprétations. Au MMM, il y avait au début « sel solution, révolution ». Mais ça veut dire quoi ? Rien ! Ce genre de choses marche pour les populistes, les pouvoiristes, les gens incultes…

> Est-ce que cela marche auprès du peuple ?
Même pas, parce qu’il n’est pas vraiment motivé par cela. Ce sont les tacticiens qui utilisent les slogans. La stratégie exige autre chose. Dans notre histoire, il n’y a pas de meilleurs tacticiens que Bérenger. D’ailleurs, certains dans le monde syndical essaient de l’émuler en ce moment, mais c’est le pire stratège que j’ai jamais rencontré. Quand il a un problème, il trouve une solution immédiate, mais ne pense pas aux moyen et long termes. Cette absence de stratégie fait qu’aujourd’hui, les jeunes sont politiquement incultes.

> Ça tombe bien que vous parliez des jeunes. Un sondage de Transparency Mauritius, publié vendredi, indique que 36,4 % des jeunes trouvent normal de bénéficier de faveurs personnelles en échange d’un vote. Et vous, trouvez-vous cela normal ?

Dans le passé, c’était plus élevé. Puis, il faut le voir de manière positive, 63,6 % des jeunes n'y croient pas. Au fond, c’est le grand mal de la politique de Maurice. Quand on vote, on s’attend à recevoir quelque chose en retour sous forme d’emploi, de terrain ou autres bénéfices. Un autre fait est que la très vaste majorité des jeunes veut quitter le pays à cause de l’image négative qu’ils ont du pays. C’est dommage. On ne voit pas assez de ce qu’il y a de beau dans notre République.

> Faudrait-il légiférer le nombre de mandats ?

On propose cette limitation de mandats dans la Constitution pour le Président et le Premier ministre, entre autres. Une personne ne peut apporter de nouvelles choses ou venir avec une nouvelle vision pour le pays après 10-15 ans au pouvoir. Elle ne pourra plus se remettre en question. Une erreur fondamentale serait ainsi de faire revenir sir Anerood Jugnauth comme Premier ministre parce qu’il est dépassé par tout. Ramgoolam veut s’éterniser à la tête du pays et il va nous couler. Il n'est pas conscient de ses propres limites. Il n’est pas intéressé par la chose publique. Le PM pense qu’il doit vivre sa vie au maximum en restant à ce poste avec les bénéfices qu’il jouit du pouvoir politique. Hélas, nous n’avons pas de Mandela, ni de Léopold Sédar Senghor.

Last modified on Saturday, 12 January 2013 10:07
Patrick Hilbert

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