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Saturday, 09 February 2013 12:00

Rajen Suntoo, sociologue : « On ne peut aller au mariage comme on part à l’aventure » Featured

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Comment vit-on les sentiments en ce nouveau siècle marqué par les nouvelles technologies, qui ont bouleversé les rapports humains ? Est-ce que les valeurs familiales et morales demeurent-elles les actes fondateurs de l'amour et le mariage l'aboutissement de toute relation sentimentale ? Rajen Suntoo répond.
> Presque toute l'île Maurice fête la Saint-Valentin, qui est le patron des amoureux. Alors, vivons-nous le grand amour ?
Cette fête est une célébration d'origine européenne, inconnue ailleurs. Depuis plus d'une dizaine d'années, jeunes, moins jeunes et couples fêtent la St-Valentin. Chacun y va de sa déclaration d'amour, ce jour-là.

> Est-ce que c'est l'expression des sentiments vrais ?
Pas nécessairement. Est-ce que l'amour vrai existe ? Je ne crois pas, sinon on ne verrait pas autant de divorces et de conflits et drames familiaux.

> Cela signifie-t-il l'échec de l'institution qu'est le mariage ?

En tout cas, ces conflits démontrent que le mariage subit les réalités imposées par la modernité. Les couples, qu'ils proviennent des mariages arrangés ou des 'love marriages' sont tous touchés. Le mari, ou sa femme, passe plus de temps avec son collègue et ils sont plus préoccupés par des soucis matériels, comme la construction de leur maison, que par le souci de consolider leurs relations. Résultat : ils finissent par devenir des étrangers partageant le même toit.

 > Pourtant, ils se sont connus avant le mariage, qui demeure encore le rituel qui est scellé et qui officialise leurs relations…
Peut-être qu'ils ne se sont pas assez connus et compris. Il faut discuter de tout avant le mariage, et par la suite, on consolide les liens. Je pense qu'il faut une vision claire et lucide des implications du mariage avant de s'engager. On ne peut aller au mariage comme on part à l'aventure.

 > Mais aujourd'hui, c'est avant le mariage que les jeunes vivent des relations fortes et le mariage ne sert qu'à se caser. N'est-ce pas un refuge imposé par les parents et la société ?
Ce n'est pas un fait nouveau. Cela dit, les jeunes eux-mêmes connaissent les limites de certaines aventures, sachant qu'elles ne leur mèneront pas bien loin. Ils savent qu'ils ne pourront pas mener éternellement une vie de célibataire, car à Maurice, fonder une famille, est la finalité de chacun.

> Mais au rythme où vont les mariages qui échouent, certains jeunes disent privilégier le concubinage. N'est-il pas grand temps de donner un cadre légal à ce type de relation ?

Oui, c'est vrai qu'il existe une petite minorité qui préfère cette option, mais que fait-on lorsqu'un enfant naît d'un couple en concubinage ? Il n'a aucune identité légale. Cela pose une vraie problématique. Je pense qu'il faut légaliser cette situation, sans pour autant permettre qu'elle ouvre la voie aux abus. La loi doit faire provision pour les enfants des concubins.

> Est-ce que le mariage pourrait perdre de son importance un jour ?

Loin de là. Le mariage est solidement ancré dans notre culture. Dans toutes les communautés de l'île Maurice, il demeure la finalité de toute relation sentimentale, il en est l'aboutissement logique et légal. Il n'y a pas d'autre alternative. Même des étrangers viennent se marier à Maurice.

 > Est-ce que le mariage d'amour peut prévenir les conflits au sein des couples ?
Rien ne l'indique. Le vrai problème qui peut surgir, c'est lorsque les beaux-parents s'immiscent de manière intempestive dans la vie du couple. On peut admettre que dans les premiers mois qui suivent le mariage, ils leur prodiguent des conseils et il ne faut pas repousser d'un revers de main le support précieux des parents lorsqu'il s'agit de surveiller les petits-enfants et des liens d'affection qu'ils arrivent à tisser. Les grands-parents sont beaucoup plus patients que leurs enfants lorsqu'il s'agit de comprendre les petits, et cela tient à leur propre expérience. Ce type de relations sert beaucoup pour développer le côté affectif de l'enfant et pour son équilibre. Je pense qu'il faut que chacun comprenne ses responsabilités et quelles sont ses limites.
 
> Est-ce que le mariage par intérêt garantit la stabilité du couple ?
Pas toujours. En cas de conflit, il sert à sauver les meubles et à bien se montrer en société, où l'image et la perception sont plus importantes qu'autre chose. Il est toujours valorisant pour des familles et pour leurs enfants devenus médecins, avocats ou experts-comptables, de s'afficher ensemble lors de grandes soirées professionnelles. Même lorsqu'on épouse une belle fille, ou un garçon séduisant, ce n'est pas de l'amour.

L'amour, on le prouve dans le bonheur comme dans le malheur, c'est aussi le respect mutuel et la confiance. On sait que son conjoint ne cédera pas devant une autre – ou un autre – parce qu'elle est plus belle ou qu'il est plus mignon. C'est dans ces moments-là que l'on se met soi-même à l'épreuve, et ça peut être parfois un combat intérieur intense, mais si on s'en sort, on peut dire qu'une grande bataille a été gagnée.

> Même s'il y a absence d'études pour le démontrer, on dit que de nombreux jeunes cherchent une expérience sexuelle avant le mariage. Est-ce que cette précocité indique-t-elle la banalisation de la sexualité ?
L'explication à cela tient aux influences de la culture occidentale, ou presque tout est érotisé. Nous sommes sous l'emprise des éléments les plus négatifs de la culture occidentale, et sans pouvoir y échapper, car ils sont repris dans notre presse et par nos publicitaires. Il faut ajouter que le système capitaliste se sert de l'érotisme et de la sensualité à toutes les sauces, parce qu'ils font vendre et décuplent leurs profits. Mais c'est aux parents, enseignants et éducateurs sociaux de contrer les effets de cette influence.

> Même les parents, parfois, n'y peuvent rien…

Je ne le crois pas, il leur suffit de vérifier les sites sur lesquels surfent les enfants et il faut leur imposer un calendrier de travail et de loisir équilibré. Même lorsqu'ils deviendront des adultes, ils sauront faire le bon choix dans leur fréquentation. Il appartient aux parents de jeter les bases saines et solides. Je n'affirme pas que tout sera parfait lorsque leurs enfants seront des adultes et qu'ils suivront un parcours parfait, mais ils seront armés contre certains types de dangers.
 
> De nos jours, où le mari et la femme travaillent, quelles sont les concessions indispensables pour établir une bonne équilibre entre eux ?

Il faut s'accorder sur l'essentiel, mais 'at the end of the day', une seule personne doit avoir le dernier mot. On ne peut pas avoir deux capitaines à bord d'un même navire, sinon on risque d'avoir des éternelles confrontations, jusqu'au moment où le fil rompra. Il faut savoir ravaler son ego.

> Tous les jours, sur le campus, vous côtoyez des filles et des garçons qui étudient ensemble, comment voyez-vous leur comportement ?

À ma grande satisfaction, je vois des jeunes qui comprennent le sens de leurs études et, grâce au concept Alumni, introduit par le vice-Chancelier, ils prennent aux sérieux l'idée qu'ils doivent valoriser l'Université de Maurice, et servir de 'role model' une fois leurs études terminées.

Last modified on Saturday, 09 February 2013 10:13
Pradeep Kumar Daby

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