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Saturday, 04 February 2012 12:00

Dépression chez les enfants et adolescents – Un phénomène grandissant

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Les troubles du comportement  sont souvent signes de dépression.
Les troubles du comportement sont souvent signes de dépression.
La dépression guette enfants et adolescents. Sauf que les parents et enseignants n’en sont pas toujours conscients. Comment diagnostiquer de tels cas ? La question a été abordée sur Radio Plus dans l’émission Xplik ou K Santé.
Des changements de comportement sont devenus courants chez les enfants et adolescents. Telle est l’observation du Dr Salim Hollee, psychiatre au ministère de la Santé, ainsi que la psychologue Véronique Wan Hok Chee. Ces troubles sont souvent signes de dépression. « Nous avons remarqué que de plus en plus de parents conduisent leurs enfants chez le psy. Ils veulent surtout s’assurer que l’enfant ne souffre d’aucun trouble psychiatrique. Nous notons des débalancements psychiatriques chez les adolescents de nos jours, à savoir l’anxiété, la dépression et d’autres troubles plus graves », constate le psychiatre. 

Le Dr Salim Hollee  insiste qu’il est primordial pour les parents de noter le plus tôt possible les changements de comportement chez leur enfant. Il attribue la dépression chez les enfants et adolescents à plusieurs facteurs : hérédité, pression des examens,  divorce des parents, pression des pairs, conflits au sein de la famille. « Un enfant a besoin d’un guide. L’enfant ou l’ado dont les parents sont séparés ou divorcés perd ses repères. Il est alors déstabilisé psychologiquement. De même, celui qui est rejeté par ses pairs se sentira isolé. Par conséquent, il risque de faire une dépression », explique le psychiatre.

La dépression n’est pas toujours décelée chez les enfants puisque ces derniers ne parviennent pas à exprimer ce qu’ils ressentent. D’où la nécessité pour les parents ainsi que les enseignants d’identifier les signes suivants : manque d’intérêt dans les activités habituelles, perte ou  prise de poids, cauchemars, baisse de concentration, baisse de performance scolaire, perte de confiance en soi, isolement, irritabilité, pleurs sans aucune raison apparente, manque d’énergie. Ces signes se manifestent également chez les adolescents déprimés. « Certains parents pensent que c’est une bonne chose que leur enfant reste cloîtré à  la maison. Ce qui n’est guère un comportement normal, surtout s’il n’est pas casanier de nature. C’est aux parents dans ce cas de l’interroger pour savoir ce qu’il ressent », insiste le Dr Hollee. Et d’ajouter que les enfants et ados préfèrent se confier à leurs amis qu’à leurs parents, de peur d’être incompris, voire réprimandés par ces derniers. C’est donc, dit-il, aux parents de savoir les mettre en confiance pour qu’ils se confient à eux.       

Une approche pluridisciplinaire est primordiale pour venir en aide aux enfants/adolescents déprimés. Tel est l’avis de Véronique Wan Hok Chee, psychologue de l’enfance. « Enseignants, parents, travailleurs sociaux, psychologues – nous avons tous notre rôle à jouer pour les encadrer. Il est impératif de revoir la façon dont ces cas sont pris en charge », fait-elle ressortir. Elle ajoute que la dépression chez les enfants et les adolescents peut aussi se manifester par des crises d’angoisse, la phobie scolaire ou encore l’agressivité. Autre phénomène qu’elle note chez les enfants : l’hyperactivité. Elle fait le lien entre ce comportement et la dépression : « De nombreux enfants ne peuvent plus s’asseoir plus de cinq minutes en classe. Ils ont toujours besoin de bouger.
Par conséquent, ils peuvent perturber toute une  classe, au grand dam de l’enseignant. Ce dernier ne sait pas comment y remédier. Ce qui le pousse souvent à mettre l’enfant à l’écart. Ce dernier devient alors la risée de ses amis et se sent isolé. Il se sent alors rejeté et fait une dépression ».

Agressifs à trois ans …
Les enfants en bas âge sont de plus en plus capricieux et agressifs. Tel est le constat de Véronique Wan Hok Chee. « Ce qui est grave c’est que de nos jours, même un enfant de trois ans se permet d’agresser ses parents ! Ces derniers sont souvent dépassés. Cependant, utiliser la violence contre l’enfant n’est pas le meilleur moyen de le discipliner. La meilleure approche pour les parents est d’apprendre à maintenir leur autorité sur lui en lui parlant tout simplement. Mais encore faut-il savoir comment s’y prendre ?», indique-t-elle. La psy constate aussi que l’automutilation devient courante chez les enfants et les adolescents.

Pression scolaire, manque de recherche, manque d’affection…
Pour le syndicaliste Vinod Seegum, la pression sur les enfants en milieu scolaire est aussi un élément déclencheur de la dépression. « Il y a trop de pressions sur les enfants par rapport à leur édu-cation. Ce qui est inquiétant c’est qu’on est en train d’imposer des manuels volumineux à un enfant qui ne sait même pas écrire son nom ! Il finit par céder à ces pressions et est alors sujet à des troubles du comportement », observe le président de la Government Teachers Union. Rita Venkatasamy insiste sur le besoin d’entreprendre des études de cas pour comprendre pourquoi nos enfants sont en détresse. « A Maurice, nous n’avons malheureuse-ment pas cette culture de recherche sur les problèmes sociaux.

Psychologues, psychiatres, travailleurs sociaux, sociologues doivent tous travailler en équipe pour étudier ces cas. Il aussi est malheureux de constater que de nombreux enfants en détresse ne bénéficient pas d’un encadrement  thérapeutique approprié », commente la directrice du Centre d’Éducation et de Développement pour les Enfants Mauriciens (CEDEM). Quant au Dr Amrit Rajcomar, pédiatre, il est d’avis que les enfants manquent souvent d’affection parce que leurs parents travaillent. « Étant pris par leurs occupations professionnelles, les parents sont moins à l’écoute de leurs enfants. Ces derniers se sentent alors délaissés », conclut-il.

Manque de communication
Selon le Dr Hollee et Véronique Wan, la communication entre parents et enfants est de nos jours banalisée. Ils se parlent pour se dire le strict minimum,  pour faire passer des messages. Il n’y a pas vraiment de conversation entre eux, observent-ils. « Certains parents communiquent surtout à travers des textos avec leurs enfants et vice-versa. De plus, très peu de familles prennent un repas ensemble autour d’une table de nos jours. Les enfants mangent devant leur ordinateur alors que les parents mangent souvent chacun de son côté. Ce qui ne favorise pas la communi-cation entre les parents et les enfants », soulignent-ils.

Déception amoureuse à dix ans !
Nos enfants sont précoces sur toute la ligne ! Par exemple, ils font leur crise d’adolescence à un âge précoce soit à dix ou onze ans. « Des enfants de dix à douze ans  tombent amoureux. Pis, ils connaissent même leur première déception amoureuse à cet âge ! Il y a même des cas d’anorexie – refus de se nourrir – chez des enfants de huit ans, voire de cinq ans ! Face à tant de problèmes, parents et enseignants sont souvent impuissants puisqu’ils ne sont pas armés pour les affronter », constate Véronique Wan.  

Enfant unique, enfant malheureux
La psychologue Véronique Wan observe aussi que nombreux sont les couples qui choisissent d’avoir un seul enfant. Or, dit-elle, un enfant unique est souvent malheureux parce qu’il se sent très seul.


Radha Rengasamy

Radha Rengasamy

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