L’évènement phare de 2012 sera l’entrée en opération de la Mauritius Cane Industry Authority (MCIA). Prévu pour mars, ce nouvel organisme va regrouper les six organisations qui dépendent de l’argent du Cess pour leur survie. Elles sont le Farmers’ Service Centre, la Mauritius Sugar Bulk Terminal Corporation, le Sugar Insurance Fund Board, le Cane Planters & Millers Arbitration Control Board, le Mauritius Sugar Industry Research Institute et la Sugar Planters Mechanical Pool. Cela fait partie d’un vaste plan de réforme.
« L’entrée en fonction de la MCIA ne sera pas sans larmes », reconnaît Bruneau Dorasamy, président de l’Union of Ministry of Agriculture. Mais, il rassure que le Front commun des syndicats des institutions financées par le Cess, fera tout pour défendre les intérêts des travailleurs.
Il est satisfait que plusieurs propositions des syndicats aient été considérées par les autorités. Parmi, il cite la présence d’un représentant des travailleurs au sein du conseil d’administration : « C’est vrai que nous en avons réclamé deux. Mais au moins, nous avons eu un représentant ». Ce dernier avoue que les dirigeants syndicaux ont encore du pain sur la planche.
Bruneau Dorasamy avance que les dirigeants du Front syndical ont rejeté certaines propositions gouvernementales et sont venus avec des contrepropositions : « Nous n’allons pas céder d’un iota sur nos revendications ! »
Les discussions, en attendant l’arrivée de la MCIA, entre le Front syndical et les autorités continuent. Trois comités, présidés par des personnes indépendantes, ont été institués. Ils portent sur la compensation et les pensions, la structure et les conditions de service et le redéploiement. Jusqu’ici, il y a eu trois réunions de travail et la prochaine est prévue au début de janvier.
Sécurité d’emploi
Parmi les exigences des syndicats, Bruneau Dorasamy réclame une pension portative et uniforme pour tous les employés de la MCIA, de meilleures conditions de service et la sécurité d’emploi. Il souhaite que la destinée de ce nouvel organisme ne soit pas liée exclusivement à l’argent du Cess : « Que se passera-t-il si l’île Maurice est frappée par une calamité naturelle et se retrouve dans l’incapacité d’honorer sa production sucrière ? »
L’année prochaine sera également celle du rapport du Pay Research Bureau (PRB). Il est attendu que ce rapport soit publié en octobre pour être effectif à partir de janvier 2013. Déjà, les syndicats annoncent la couleur. « Nous allons rejeter ce rapport, si nous ne sommes pas satisfaits », prévient Mahendrasing Barosa, un des dirigeants de la Federation of Civil Services & Other Unions (FCSOU). Un Front commun des syndicats, représentant les petits fonctionnaires, sera constitué pour défendre leurs intérêts.
Mahendrasing Barosa souhaite une revalorisation des salaires et les conditions de service des petits fonctionnaires : « Nous espérons qu’ils ne reçoivent pas que des miettes, comme cela a toujours été le cas dans le passé. » Il est rejoint par Bruneau Dorasamy : « Nous allons veiller à ce que le PRB ne rédige pas un rapport rien que pour plaire aux hauts fonctionnaires ».
Vidianand Naugloo, secrétaire de la FCSOU, souhaite que le PRB puisse travailler en toute liberté : « Le jeu sera faussé si l’on demande aux syndicats de soumettre leurs propositions, en vue de la préparation de ce rapport, pour qu’ensuite le PRB se laisse influencer par des éléments externes ». Il estime que le PRB aura une occasion en or pour préparer un rapport qui transformera la Fonction publique en un service de niveau international.
Parlant de la reconnaissance des compétences, Vidianand Naugloo se plaint qu’au fil des années, plusieurs fonctionnaires ont amélioré leurs qualifications – certains ont décroché des diplômes universitaires –, mais que leurs salaires laissent à désirer, si on les compare avec leurs confrères du secteur privé. Il s’attend à ce que le PRB prenne des mesures pour prévenir une hémorragie des compétences vers le secteur privé.
Pour le syndicaliste Reeaz Chuttoo, l’un des plus grands défis à relever pour la classe syndicale est l’amendement de l’Employment Relations Act et de l’Employment Rights Act : « Nous devons tout faire pour que les clauses, qui ne cessent d’affecter les travailleurs, soient enlevées ». Il avance qu’il faut rétablir les protections fondamentales, dont le concept de huit heures de travail, huit heures de repos et huit heures de loisirs. Il souhaite l’inclusion d’un Profit Sharing Scheme et la protection contre les « licenciements sauvages ».
Bras de fer
Poursuivant sur sa lancée, Reeaz Chuttoo avance que Maurice est le seul pays au monde où les employeurs peuvent licencier sans justification. Il réclame donc plus de protection pour les délégués syndicaux sur leurs sites de travail et plaide en faveur des travailleurs contractuels, qui n’ont droit à aucune compensation à l’âge de la retraite, car ils n’ont jamais été employés.
La CTSP organisera une première manifestation syndicale, le 17 janvier, devant le siège du ministère du Travail, des Relations industrielles et de l’Emploi. Reeaz Chuttoo invite les autres centrales syndicales à se joindre à cette manifestation pour dénoncer le retard apporté aux amendements de l’Employment Relations Act et de l’Employment Rights Act : « Ne vous fiez pas aux belles promesses du ministre Shakeel Mohamed ! »
Cette fédération syndicale envisage également une manifestation, à Genève, au moment où le ministre du Travail prendra la parole à la conférence du Bureau international du travail (BIT), si d’ici cette date, ces deux législations du travail n’ont pas été amendées à la satisfaction des travailleurs.
Licenciements
Pour l’avocat Dev Ramano, spécialiste des législations du travail, l’Employment Relations Act et l’Employment Rights Act peuvent être qualifiées comme des lois bâillons : « Elles sont pires que l’Industrial Relations Act (IRA) et la Labour Act ! » Il dénonce le fait que les travailleurs n’ont qu’un préavis de licenciement d’un mois, alors que sous la Labour Act, ils bénéficiaient de trois mois de préavis.
Le démantèlement du Termination of Contract Service Board, pour Dev Ramano, a été un désastre pour les travailleurs : « Le fait que le patronat n’est tenu qu’à informer le ministre du Travail de son intention d’effectuer des licenciements économiques, donne lieu à des abus. » Sous le Termination of Contract, les licenciés avaient droit à une compensation représentant 15 jours de salaire par année de service, si leurs licenciements étaient justifiés. Au cas contraire, leurs employeurs devraient leur accorder une compensation de trois mois par année de service ou la réintégration.
Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Car, sous la nouvelle législation du travail, tout employé qui conteste son licenciement doit obligatoirement saisir la justice. Faute d’argent, plusieurs licenciés se retrouvent dans l’impossibilité de contester leurs licenciements.
Dev Ramano avance que cela permet aux employeurs de licencier les employés qu’ils trouvent gênants (les délégués syndicaux), d’autant que la notion de réintégration ne figure pas dans notre législation du travail.
20 June 2013

Saturday, 31 December 2011 12:00
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