« C'est sur le flanc d'un mur qu'est apparue l'effigie de la Vierge Marie et son bébé. C'était surréel. Nous avons eu de la chance d’avoir vu ce phénomène. C'est au-delà de la compréhension », lance cet habitant de Sainte-Croix.C'est un collègue qui travaille en hauteur qui a vu l'effigie en premier. Il a fait part de sa découverte à Rajen Mardaymootoo. Très vite, il s'aperçoit qu'elle ressemble à la Vierge Marie. Selon lui, il y avait même un bébé dans ses bras. Très vite, cette nouvelle s'est répandue sur le chantier où travaille le quadragénaire. Depuis, les curieux s'arrêtent pour voir ce phénomène.
Cependant, selon Rajen Mardaymootoo, ce phénomène surnaturel n'a lieu que durant la nuit. Dès que les premiers rayons de soleil apparaissent, on ne voit plus rien. « C'est incroyable, mais vrai. Ceux qui ne l'ont pas vu vont dire que c'est faux. Il faut voir pour croire. Si j'avais un quelconque doute sur ce genre de manifestation divine, désormais, j'y crois », affirme-t-il.Voilà une énième manifestation divine qui suscite l'intérêt de plus d'un. À Maurice, ce genre de phénomènes est courant. Souvenez-vous, en 2007, un homme pieux, habitant Saint-Pierre, qui chaque Vendredi Saint portait sa croix, a été témoin de l'apparition de l'image de Jésus-Christ dans la pièce qui lui sert de lieu de culte.
Il n'y a pas que les manifestations divines qui interpellent. Même les manifestations maléfiques font jaser. Comme c'était le cas des gardiens de sécurité de la MRA, qui affirmaient que le bâtiment était hanté par des esprits. Ils se disaient même être témoins de phénomènes surnaturels. Selon eux, ils entendaient des bruits bizarres et affirmaient que des choses inexplicables se produisaient dans le bâtiment.
Si pour certains, ces phénomènes sont irrationnels, d'autres sont d'avis que ces manifestations surnaturelles existent. À entendre certaines de ces histoires, c'est la chair de poule assurée.
Mansoorah Issany : « J’ai réalisé que c’était le nom d’Allah »Alors qu'elle s'apprêtait à préparer des gâteaux, Mansoorah Issany aurait découvert le nom d'Allah dans une aubergine.
« C'était durant le mois du Ramadan. Je préparais des gâteaux. Lorsque j'ai coupé l'aubergine, j'ai vu un caractère alphabétique. Lorsque je l'ai mieux observé, j'ai réalisé que c'était le nom d'Allah », relate-t-elle. Pour elle, c'est un miracle.Idem à Trèfles, où un homme a fait une découverte. Son bananier avait produit des bananes qui avaient la forme du dieu Ganesh. Autre cas similaire, lors d'une promenade sur une plage du Nord l'année dernière, Dharmawtee, une sexagénaire, aurait ramassé une pierre ayant la forme du dieu Hanuman. Pour cette dernière, cette trouvaille a été une bénédiction du Créateur. Ou encore l'apparition du visage d'une divinité sur une feuille à Gros-Caillou.
Mais comment interpréter ces cas ? Si pour certains, ces événements sont des miracles, d'autres estiment que c'est tout simplement une coïncidence. Il faut dire que ces « miracles » attirent. Le yogi Tamby, qui n'est pas convaincu, explique que « la nature a un effet sur les légumes, fruits et autres objets ». Alors que le maulana Chooramun soutient que ce genre de phénomènes existe. « Le nom de Dieu se manifeste partout. Ce n'est point une coïncidence », déclare le religieux.
Selon le père Labour, ces phénomènes sont sporadiques et éphémères, mais suscitent un engouement. D'ailleurs, des foules accourent pour voir le phénomène. Au fur et à mesure, on se fatigue et la vision disparaît. « Pour nous, chrétiens, Dieu nous a parlé par un homme simple et serviable qui a eu le courage de pardonner aux pécheurs. Les évangiles sont bien plus intéressants que les noms de Dieu dans les fruits et légumes ! » s'exclame le vicaire général.
Pierre Manoury : « Une sorte de rêve éveillé »
Un frisson dans l'air, une table qui se met à trembler ou juste une lueur étrange, des senteurs dans l'air, des cris bizarres… Tant de phénomènes non rationnels qui laissent des fois perplexes. Cependant, il s'agirait là que de phénomènes hallucinoses. Pierre Manoury nous en parle.
« Des apparitions et autres phénomènes surnaturels, je n'y crois pas. En tant que médecin de formation, tout cela m'interpelle, certes. Mais d'un point de vue psychiatrique », explique Pierre Manoury.
Selon lui, il s'agirait là de troubles psychosomatiques pouvant être considérés comme une grosse part d'angoisse. En particulier, pour les personnes qui vivent dans un environnement chargé d'émotions. « C'est une sorte de rêve éveillé. Il se peut qu'une personne soit dans une période d’hypersensibilité cérébrale, boostée par le stress ou l'angoisse. Cela suffit pour que l'inconscient, c'est-à-dire l'imaginaire, fasse le reste », affirme notre interlocuteur.
Les hallucinations peuvent se manifester sous de nombreuses formes. Elles peuvent affecter chaque sens, la vision, l'ouïe et les sens olfactifs. Ou, parfois, simultanément créant des hallucinations multi-sensorielles.
Kurt Barnes, psychologue : « L’inconscient collectif montre déjà des signes de perturbation »
> De plus en plus de personnes disent être témoins de phénomènes surnaturels. Comment expliquer cela ?
De plusieurs façons. D'abord, l'espèce humaine évolue et, en conséquent, devient plus sensible. Il y a aussi l'inconscient collectif qui est perturbé. D'ailleurs, le psychiatre Carl Gustav Jung l'avait fait remarquer : avant toute manifestation inquiétante ou catastrophique, l'inconscient collectif montre déjà des signes de perturbation.
> Est-ce que la personne doit être dans un état d'esprit spécial pour témoigner de ce genre de phénomènes ?
Il se trouve que, quand le cerveau produit une prédominance, dont l'alpha, nous sommes plus à même de percevoir certains phénomènes.
> Qu'est-ce qui explique cette hystérie collective autour de ces phénomènes ?
Quand cette hystérie collective survient, les gens veulent croire en quelque chose d'exceptionnel. Ils ont besoin de se donner des preuves d'un autre monde. Et il se trouve à un certain moment où l'inconscient collectif est perturbé, nous commençons par avoir des hystéries collectives, voire des délires. Prenons l'exemple de Touni Minuit. Les gens en étaient convaincus.
> Psychologiquement, qu'advient-il de ces personnes ? Arrivent-elles à mener une vie normale après ?
Certaines, oui. Elles arrivent à retrouver leur équilibre. Alors que d'autres doivent suivre une psychothérapie spécifique. Toutefois, il y en a qui ont besoin de traitements psychiatriques temporairement et il y a des cas où ces personnes doivent faire un suivi à vie. Tout cela dépend de la gravité du cas.
Ce qu’en pensent nos hommes religieux
Être témoin de phénomènes surnaturels devient de plus en plus courant. Néanmoins, les avis divergent. Si certains hommes religieux sont sceptiques, d'autres, en revanche, estiment que les phénomènes surnaturels, voire non rationnels existent.
Selon le père Jean-Maurice Labour, les gens sont à la recherche d'un sens à la vie. Ils sont insatisfaits du monde matériel qui finalement ne comble pas leur soif. Ils sont blasés, déçus du monde politique, qui ne donne aucune espérance dans l'avenir, troublés par l'incapacité du monde moderne de lutter efficacement contre la pauvreté, la prolifération de l'usage de la drogue, les crimes sexuels... « Dans ce contexte, les esprits plus fragiles sont vulnérables aux phénomènes étranges et surnaturels. C'est vrai que notre monde moderne en est friand », soutient-il.
Dans le sillage, il poursuit qu’il y a un foisonnement de spiritualité et de gourous. « La religion est devenue un marché lucratif pour beaucoup. On exploite cette soif de l'étrange ou de solutions surnaturelles, en dehors de la nature. C'est très drôle, n'est-ce pas ? » affirme notre interlocuteur. En particulier, dans un monde scientifique qui prétend avoir tout compris, tout expliqué, les gens vont chercher en dehors de la nature des explications, du réconfort... Ils voient des esprits partout !
Toutefois, le père Jean-Maurice Labour est de ceux qui croient qu'il ne vaut la peine de s'attarder et de perdre son temps avec ces choses-là. Le surnaturel existe, mais par ses propres forces. L'humain ne peut y accéder et encore moins le contrôler comme certains le prétendent. « Le naturel est suffisamment beau, complexe, passionnant à vivre pour aller chercher ailleurs ! » lance le vicaire général.
Le maulana Jamil Chooramun déclare que ce genre de phénomènes existe. « Il y a le bien et le mal. C'est d'ailleurs ce que disent toutes les religions. Il faut savoir qu'il y a des phénomènes surnaturels qui se manifestent. Et, très souvent, c'est le mal qui est à la source », affirme le maulana. Même son de cloche d'un révérend malgache qui soutient qu'il y a deux sources qui prédominent. Soit la source divine, soit la source maléfique. Cependant, il avance que ce n'est pas donné à tous d'être témoins d'un phénomène surnaturel. « Je ne dirais pas que c'est restreint. Il faut savoir que c'est Dieu qui prend l'initiative de se révéler à qui il veut. Pour ce qui est du mal, beaucoup de personnes souffrent à cause de cela », est d'avis le révérend malgache.
Le yogi Tamby Chuckravanen est, quant à lui, sceptique. Pour lui, les phénomènes surnaturels n'existent pas. « Tout est dans la tête. Toutefois, c'est tabou de parler de maladies, comme la dépression ou autres, qui sont à l'origine de phénomènes surnaturels. Des personnes souffrant d'une maladie psychique entendent des choses, sentent des parfums et voient des trucs. Mais tout cela n'est pas réel », avance le yogi.Manifestations surnaturelles ou divines, selon le yogi Tamby Chackravanen, ce sont les personnes psychologiquement faibles qui sont les victimes de ces « hallucinations ». Il avance aussi que, très souvent, de tierces personnes prennent un malin plaisir à jouer des tours à ceux qui croient que tout cela existe. « Il faut avoir les pieds sur terre. Nous vivons dans un monde qui a évolué. Tout cela n'a pas de sens. Il y a une explication plausible à tout ce qui arrive », dit-il avec conviction.









