20 June 2013
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Sunday, 20 January 2013 11:59

Artistes mauriciens – Où exercer son art ? Featured

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Maurice est connu pour sa richesse pluriculturelle. Le but des dizaines de milliers de touristes visitant le pays est de découvrir, outre les plages de sable fin, les talents de nos artistes.
Chanteurs, auteurs-compositeurs, danseurs, chorégraphes et peintres portent sur leurs épaules la culture mauricienne. Cependant, malgré leur profond désir de faire connaître notre île, les artistes ont du mal à promouvoir leur art. Car, disent-ils, il y a un manque de plates-formes culturelles. Lors de notre enquête, on a interrogé quelques-uns des artistes les plus connus.

Bruno Raya, chanteur, auteur-compositeur et responsable de communication de l’Association des auteurs et compositeurs Mauriciens (AACM) déplore le manque de plates-formes culturelles à Maurice. « Il n’y a quasiment pas de salles à Maurice où les artistes peuvent promouvoir leur art. Organiser des concerts est un vrai casse-tête car les salles dont nous disposons sont des salles de conférence hors de prix.

Malgré leur talent, de nombreux artistes n’arrivent pas à se faire connaître pour la simple raison que les plates-formes culturelles ne sont pas à leur portée. Les autorités font des projets qui ne sont malheureusement pas concrétisés. Elles tardent à passer à l’action. Ce qui est malheureux, c’est que les artistes veulent promouvoir la culture mauricienne mais ils ne reçoivent aucune aide de la part des autorités. On est prêt à collaborer financièrement pour que les choses changent. Les jeunes artistes sont les plus pénalisés. Ils ont du mal à sortir de l’ombre et le manque de plates-formes culturelles fait que leurs talents restent cachés », explique Bruno Raya.

Nombreuses difficultés
Pour Nirveda Alleck, artiste contemporaine, la valeur et le statut de l’artiste ne sont pas reconnus à Maurice. « Un artiste n’a pas de carrière à Maurice et doit faire face aux nombreuses difficultés sans l’aide des autorités. Les artistes manquent d’encadrement et on ne leur donne pas les moyens de démontrer leurs talents.  Par ailleurs, les œuvres d’art sont sujets à des taxes et les galeries pour les expositions de ces œuvres sont insuffisantes par rapport au nombre d’artistes. Il est maintenant temps de s’interroger sur le genre de vie culturelle qu’on souhaite avoir à Maurice. Le ministère des Arts et de la Culture doit avoir une vision. Rien n’a changé depuis des décennies. On se demande tous si les choses vont changer à l’avenir », déplore Nirveda Alleck.

Interrogé sur le manque de plates-formes culturelles à Maurice et sur les projets du gouvernement pour remédier à la situation, Ravi Hurry, attaché de presse au ministère des Arts et de la Culture affirme que plusieurs projets sont en cours de développement. « Le ministère des Arts et de la Culture dispose des Rs 35 millions dans le budget 2013 pour mener à bien les différents projets. On prévoit d’installer une bâche sur le stade Anjalay à Belle-Vue et ce projet peut à l’avenir s’étendre dans les grands stades de l’île. Par ailleurs, la Galerie internationale d’Apravasi Ghat permettra aux artistes d’exposer leurs œuvres », affirme-t-il.

Giovanni Bouton, danseur-chorégraphe : « Les jeunes artistes sont les plus pénalisés »
Danseur polyvalent, chorégraphe, metteur en scène, Giovanni Bouton connaît très bien, pour avoir commencé dans la rue, les difficultés auxquelles les jeunes artistes sont confrontés au début de leur carrière. Son esprit de partage le pousse à donner un coup de pouce à ces artistes qui n’arrivent pas à promouvoir leur art. « Maurice dispose d’un nombre incroyable de talents. Cependant, les jeunes artistes ont du mal à se faire connaître. Ils mènent un véritable combat pour promouvoir leur art et permettre à chaque Mauricien d’en profiter.

Je suis d’avis qu’il est du devoir des artistes connus de les aider, d’aller vers les jeunes artistes et de les orienter. De ce fait, j’organise des rassemblements au cours de l’année, afin de donner aux passionnés de la danse des occasions de se faire connaître du public mauricien. Je pense que les artistes doivent montrer aux autorités tous les développements sociaux rendus possibles grâce à l’art. On doit éviter de faire des choses futiles qui pourraient emmener le monde artistique à la dérive.

On doit montrer aux autorités la valeur inestimable de l’art. Il est un moyen de détourner les jeunes des fléaux tels que la drogue. En sus, les artistes sont les ambassadeurs de Maurice. On porte les couleurs de notre île lors des représentations à l’étranger et de nombreux touristes viennent chaque année uniquement pour profiter de la richesse culturelle de Maurice. Notre culture artistique n’est pas que le séga. On a tout une panoplie d’artistes, de la danse à la peinture. Il faut enlever les barrières qui nous empêchent d’avancer. Les projets ne sont rien s’ils ne sont pas concrétisés », tels queles mots d’un artiste qui veut que les choses changent.

Lewis Dick, maître sculpteur : « On est artiste 24 sur 24 et 7 sur 7 »
Reconnu internationalement pour son immense talent de sculpteur, Lewis Dick, un habitant de Bambous, ouvre ses portes aux jeunes. Conscient du manque de plates-formes culturelles à Maurice, ce maître sculpteur a pris le devant en offrant aux jeunes passionnés de sculpture, un refuge artistique pour exprimer et promouvoir leur talent.

« À Maurice, de nombreux jeunes s’intéressent à l’art. Je suis d’avis qu’il est important de les encadrer et de développer leur intérêt. L’art peut être un moyen efficace pour empêcher les jeunes de tomber dans les fléaux sociaux tels que la drogue et la prostitution. Du fait, que les jeunes ne savent pas à quelles portes frapper pour avoir de l’aide, j’ai mis en place une école de sculpture. Comme on est artiste 24 sur 24 et 7 sur 7, l’école est un lieu où les élèves peuvent vivre l’art dans toute sa splendeur. De nombreux jeunes ont pu, grâce à l’école, partir à l’étranger et découvrir de nombreuses richesses artistiques. Les jeunes Mauriciens ont un énorme potentiel. Il suffit seulement de leur donner une occasion de démontrer leur talent.  Je suis d’avis que les cadres du ministère des Arts et de la Culture doivent intensifier leurs efforts pour la promotion des talents cachés de nos jeunes », souligne Lewis Dick.

Krishna Luchoomun, artiste peintre : « L’art passe avant tout par le partage »
pARTage est une association qui agit comme plate-forme d’échange entre les artistes contemporains locaux et internationaux. L’objectif de cette association est de promouvoir l’art contemporain à Maurice  et de permettre aux artistes locaux d’accroître leur confiance en soi. Krishna Luchoomun, artiste peintre et responsable de l’association pARTage est d’avis que les autorités doivent agir en tant que facilitateur, afin de permettre aux artistes de valoriser leurs œuvres.

« De retour à Maurice après mes études j’ai très vite constaté qu’on avait un manque d’encadrement des artistes. Beaucoup pensaient que les galeries d’art étaient destinées qu’à une certaine catégorie de personnes. Heureusement, la situation a bien changé aujourd’hui. Cependant, il y a beaucoup à faire en ce qui concerne l’encadrement des artistes. L’association pARTage permet aux jeunes artistes de participer dans des ateliers en collaboration avec des artistes étrangers. On les aide à organiser des vernissages dans des hôtels tels que Hennessy Park Hotel à Ébène.  Je pense que les autorités doivent agir en tant que facilitateur. Elles doivent prendre des décisions et investir dans la promotion de l’art », souligne Krishna Luchoomun.

Zanzak Arjoon, président de l’Association des auteurs compositeurs mauriciens (AACM) : « Les décideurs se focalisent principalement sur les enjeux communautaristes et politiques »
> Le ministère des Arts et de la Culture prévoit d'aménager le stade Anjalay, afin de permettre aux artistes d’y tenir des concerts. Pensez-vous qu'un stade conçu pour des activités sportives est approprié pour un concert ?
C’est une question d’aménagement. Pour le bon déroulement des concerts, il faut qu’il y ait une cabine équipée pour gérer la sonorisation et un régisseur de lumière. Par ailleurs, le prix de location doit être abordable, afin de permettre à de nombreux artistes d’en profiter. Il est aussi important d’avoir la possibilité de faire une répétition générale.

> Les autorités mauriciennes accordent-elles suffisamment d'importance à la promotion de l'art mauricien ?
L’état d’esprit des décideurs se focalise principalement sur les enjeux communautaristes et politiques. Or, la place de l’Art et une compréhension artistique et économique de la culture ne sont pas potentiellement au chapitre.

> Que fait votre association en faveur des artistes mauriciens ?
Nous sommes un groupe à la fois de pression et interactif. L’idée d’avoir la possibilité d’organiser des concerts au Stade Anjalay émane d’une de nos réunions avec le ministre des Arts et de la Culture. L’évocation de la Salle de conférences de Grand-Baie comme devenant lieu de concert dans le budget vient d’une réunion que nous avons eue avec le ministre des Finances, Xavier-Luc Duval. Demander l’augmentation du grant de Rs 15 000 à Rs 30 000 est une requête de notre association. Demander à ce que soient revues l’Entertainment Tax et la TVA est aussi une de nos requêtes. Cette année verra la montée d’un front beaucoup plus conséquent, avec des personnes très concernées par l’industrie culturelle. Nous n’allons pas lâcher prise sur la distribution de la musique diffusée en ligne et l’augmentation des tarifs sur l’utilisation de la musique.

> Quelles sont les difficultés auxquelles les artistes mauriciens ont à faire face ? À votre avis, quelles seraient les solutions ?
Les artistes mauriciens doivent faire face à de nombreuses difficultés. Parmi, la lenteur administrative en ce qui concerne la mise en application des articles de lois. Ces dernières permettront aux artistes de gagner leur vie et de générer une économie culturelle. Les autorités doivent créer des plates-formes culturelles, afin de permettre aux artistes de promouvoir leur art. Il faut aussi créer une institution d’art et de culture qui ne relève pas du ministère des Arts et de la Culture. Son rôle se limiterait à s’assurer que des projets artistiques soient mis en place et à constituer l’économie artistique et culturelle.







Le Dimanche/L' Hebdo

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