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Monday, 28 January 2013 12:00

Jean-Cyril Monty (Consultant en agro-business) : « Les produits alimentaires coûteront de plus en plus cher » Featured

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Les prix du poulet et d'autres produits de consommation courante vont définitivement augmenter, cette année, prévient Jean-Cyril Monty. Tout en commentant le nouveau plan sur la sécurité alimentaire, le consultant en agro-business estime que l’un des défis majeurs du pays, dans les années à venir, sera le problème d'eau pour l'irrigation.
> Sur le marché mondial, on note que la production de blé et du maïs est en baisse. La situation est-elle inquiétante ?
Oui, très inquiétante. Les services météos des États-Unis, dans un rapport rendu public il y a quelques jours, font ressortir que la sévère sècheresse que connaît 60 % du pays depuis 2012 persiste et a même tendance à s'aggraver. Ce qui pourrait avoir des répercussions désastreuses sur la production 2013, si la situation ne s'améliore pas.  Par ailleurs, les réserves mondiales de céréales sont dangereusement basses. Au cours de ces dernières années, la consommation a été supérieure à la production. Le Financial Times dans son récent rapport "Grain Futures" prédit des prix céréaliers dangereu­sement élevés en 2013. Et nous n'en sommes qu'au tout début de cette nouvelle année.

> Doit-on craindre une nouvelle crise alimentaire ?
Les experts américains sont d'avis que si cet hiver sec persiste, cela pourrait déboucher sur une crise alimentaire mondiale bien plus sévère qu'en 2008. Cependant, la crise alimentaire que le monde a connue en 2008 ne s'est jamais estompée. Nous sommes dans une période d'incertitude qui ira en se détériorant. Aujourd'hui nous devons vivre avec une épée de Damoclès sur notre tête en raison des changements climatiques, avec des effets dévastateurs sur la production mondiale.

À cela vient se greffer la spéculation sur les prix mondiaux. Selon le journal The Independent, qui se réfère au rapport publié par le World Development Movement, Goldman Sachs a empoché plus de 400 millions de dollars en 2012 en jonglant avec les prix céréaliers mondiaux. C'est cela la réalité. L’International Maize and Wheat Improvement Centre prédit une baisse de 10 % dans la production mondiale de maïs et de 30 % dans celle du blé, alors que l’International Rice Research prévoit de son côté une réduction de 15 % dans la production mondiale de riz au cours de ces prochaines années. Résultat : les produits alimentaires coûteront de plus en plus cher et vont rendre les pauvres davantage vulnérables, alors que d'autres vont se rabattre sur des produits bas de gamme.

> Peut-on s’attendre à des hausses des prix des produits de consommation courante à Maurice en ce début d’année ?
L'époque où nous pouvions acheter des produits alimentaires à des prix abordables est derrière nous. Cette instabilité au niveau de la production mondiale, une consommation en hausse et les effets pervers de la spéculation vont, au fil des ans, s'accentuer avec comme résultat des hausses de prix constantes qui auront des répercussions directes sur le pouvoir d'achat des consommateurs locaux.

Avec la mauvaise récolte de céréales aux États-Unis et en Europe, les prix ont déjà pris l'ascenseur. Nous avons de la chance que les prix de la farine et du riz soient subventionnés. Ce qui fait que l'impact sera moins important. Cependant, le prix du poulet et d'autres produits de consommation courante vont définitivement augmenter cette année. Et là, je mets de côté la hausse du prix du pétrole qui, s'il continue d'augmenter, aura une répercussion directe sur le coût du fret qui est déjà exorbitant.

> Le Food Security Strategic Plan 2013-2015 vient d’être publié. Quelle lecture faites-vous de ce plan ?
J'ai beaucoup de respect pour l'AREU qui fait un bon travail malgré les conditions difficiles dans lesquelles ses techniciens opèrent. Toutefois, le plan 2013-2015 que cette organisation propose n'est pas un plan national, car il vise avant toute une catégorie de producteurs, notamment les petits. Par ailleurs, l'AREU veut faire croire que le plan 2008-2011 a été un succès en avançant des chiffres de production en hausse grâce au Food Security Fund (FSF). Là, je ne suis pas d'accord. Je prends un exemple: la production nationale de pomme de terre qui a augmenté de 45 % entre 2008 et 2011.

Cette augmentation n'est pas le fruit du FSF. Si on analyse les statistiques de Statistics Mauritius, on s'aperçoit que la superficie cultivée a augmenté de 362 hectares, avec le Sud représentant 60 % de cette hausse. Quand on sait que le Sud est le grenier de la pomme de terre et que pratiquement toutes les terres sous cette culture proviennent des établissements sucriers, on comprend mieux qui sont les responsables de cette hausse. Par contre, le Potato Scheme financé par le FSF a joué un rôle prépondérant en permettant aux petits planteurs qui font face à des difficultés financières pour l'achat des semences, à rester dans le circuit.

> Importe-t-on trop ?
Pour en revenir au plan, l'accent est mis, entre autres, sur la création de nouvelles opportunités pour les petits planteurs, améliorer le niveau de vie des consommateurs, mécaniser les pratiques culturales des petits planteurs. Les intentions sont bonnes. Toutefois, quand on va au fond du sujet, on s'aperçoit qu'on propose une augmentation de 15 000 tonnes en légumes frais, alors que la production de cette catégorie de produits a déjà atteint un seuil de saturation. Par contre, rien n'est dit sur la consommation de produits transformés, en hausse constante. Maurice importe pour Rs 700 millions de ce type de produits, en hausse de 75 % par rapport à 2007.

On importe 12 000 tonnes de grains secs pour une valeur de Rs 340 millions, alors qu'on met l'accent sur la production de haricot pâle. On parle d'augmentation de la production alors qu'un des défis majeurs dans les années à venir sera le problème d'eau pour l'irrigation, car le Midlands Dam arrive difficilement à subvenir aux besoins des planteurs du Nord. L'accent est mis sur le "rain harvest", qui est difficilement réalisable. On parle de mécanisation mais on ne prévoit aucune étude sur les endroits les plus appropriés pour le regroupement des planteurs.

Christina Vilbrin

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