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Friday, 08 February 2013 11:49

Christina Chan Meetoo, chargée de cours en communication « On veut museler la presse par la peur » Featured

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Chargée de cours en communication et média à l’Université de Maurice, Christine Chan Meetoo estime que le jugement dans l’affaire Nandanee Soornack contre deux groupes de presse est « raisonnable et raisonné ». Plaidant pour l’autorégulation de la presse, elle commente la menace permanente d’instauration d’une Media Law.
> Le juge Eddy Balancy a annulé, mercredi, l’ordre intérimaire interdisant à la presse d’évoquer la vie privée de Nandanee Soornack. Selon le juge, permettre à la presse de parler de cela est « nécessaire à la compréhension d’un fait d’actualité ». Votre avis ?
Ce jugement est raisonnable et raisonné. Il souligne les enjeux de la vie privée et le droit à l’information sur des sujets d’intérêt national. C’est raisonnable dans le sens où il protège la vie privée de la fille mineure de Nandanee Soornack qui n’a pas     à être exposée aux médias. L’enfant est innocent dans cette affaire qui concerne ses parents. Son apparence, son nom, son école, tout cela n’est pas d’intérêt public. Ce jugement vient responsabiliser la presse.

> La presse locale respecte-t-elle la vie privée des hommes publics.
Oui, même s’il y a des entorses ci et là. J’ajoute que la presse est parfois trop respectueuse de la vie privée des hommes publics. C’est plus inquiétant pour le citoyen ordinaire qui n’a pas les moyens de se défendre en Cour.

> Que voulez-vous dire ?
La vie des gens ordinaires est parfois jetée en pâture au public. C’est là qu’il faut s’interroger. C’est très difficile pour un homme de la rue de saisir la justice. S’il se sent lésé, il n’est pas sur un pied d’égalité que celui qui a les moyens financiers et intellectuels de se défendre. Dans le cas Nandanee Soornack, cette dernière a fait appel à des avocats de renom.

> Quelle serait la solution ?

Il serait bon que la presse se concerte pour mettre sur pied une instance d’autorégulation. Une régulation de l’Etat n’est jamais souhaitable dans une vraie démocratie. Le risque d’une politisation de cette régulation est grand. Quand je parle d’autorégulation, outre les gens de la presse, des représentants de la société devraient siéger à cette instance. On pourrait alors débattre de sujets liés à la presse. Il ne s’agit pas de la punir mais de lui permettre d’évoluer dans le bon sens. Le modèle sud-africain est intéressant. Le gouvernement a donné à la presse le choix d’adhérer à une instance d’autorégulation ou d’accepter un régulateur d’Etat. Elle a opté pour l’autorégulation. L’Ombudsperson pour la presse a été élue lors d’élections transparentes.

> Admettons qu’un homme public de premier plan ait une maîtresse, est-ce du devoir de la presse de le révéler ?

Cela dépend de votre point de vue. Pour moi, la vie privée d’une personne doit rester privée. Avec qui il couche, c’est son affaire, mais si cela empiète sur l’espace public, s’il lui accorde des faveurs avec les deniers publics, alors le public a intérêt à le savoir.

> Dans beaucoup de pays développés, les politiciens n’ont presqu’aucune vie privée…
Le débat reste d’actualité. Ce ne sera jamais une question résolue. À Maurice, le jugement Balancy vient jeter des bases. Lorsque la vie privée d’une personne empiète sur le domaine public, la presse peut et doit enquêter dessus.

> Peut-on considérer ce jugement comme une victoire de la liberté d’expression et de la presse ?
Pas vraiment. Cela ne concerne que deux groupes de presse. Cela veut-il dire que les autres peuvent en parler ? Pour ces deux groupes, c’est certainement une victoire. Ils peuvent jubiler. Je dirais que ce jugement vient rétablir les faits.

> Dans une première déclaration, mercredi, le Premier ministre a annoncé la présentation de la Media Law pour « très bientôt ». Qu’en pensez-vous ?

Le PM menace depuis des années, mais toujours pas une seule ligne de ce texte. Geoffrey Robertson, l’avocat chargé de préparer cette loi, est un ardent défenseur de la liberté de la presse. Un des messages qu’il a délivré durant une conférence à Maurice, l’an passé, c’est qu’il faut revoir les lois sur les médias, mais pas pour les durcir. Il s’agit d’un toilettage de vieilles lois datant de l’époque coloniale, pour aller dans le sens de la législation européenne. On a surtout évoqué l’autorégulation et le droit à l’accès à l’information. On veut plus de transparence dans les dossiers de l’Etat, un meilleur accès à l’information pour le public et les journalistes. Il faut aller vers la transparence totale et débattre de ce texte au lieu de vouloir l’imposer.

> La Media Law est-elle brandie comme une menace, chaque fois que le Premier ministre est agacé ?

Attendons voir ! Cela fait des années que le PM et ses ministres se plaignent de la couverture que la presse leur accorde. Il ne faut pas imposer des dispositions ridicules, et la presse doit se défendre. Mais je ne pense pas que Geoffrey Robertson proposera une loi pour plaire au seul Premier ministre. S’il y a des pays où les droits de la presse sont bafoués, chez nous, il y a des tentatives de museler par la peur.

> Deux journalistes du Défi Media Group ont été condamnés pour avoir pénétré un ‘restricted area’ à l’arrière de la demeure du Premier ministre. Qu’en pensez-vous ?

L’affaire n’est pas finie, les journalistes vont faire appel. La Cour a statué qu’ils étaient sur un terrain privé, mais les a-t-on interrogés sur le motif de leur présence ? Etait-ce dans l’intérêt public? Certes, ils ont été condamnés, mais la sentence n’est pas très sévère.




Last modified on Friday, 08 February 2013 13:02
Patrick Hilbert

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