23 August 2014
Petites Annonces Gratuite
FacebookTwitterGoogle PlusLinkedin
Facebook Like
Friday, 28 December 2012 10:38

Noël en prison : le jour le plus triste de l’année Featured

Rate this item
(1 Vote)
Le père Noël a gâté bon nombre de personnes le 25 décembre. Cependant, malgré tous ses efforts, il n’a pu réaliser le rêve de 2 715 personnes. Ces dernières ne sont autres que des détenus, dont le plus grand souhait était de retrouver la liberté. Incursion dans le milieu carcéral pour Noël.
L’émotion est au rendez-vous lorsqu’on évoque des prisonniers célébrant la Noël en prison. Du Commissaire des prisons aux travailleurs sociaux, en passant par les gardes-chiourme, tous parlent des détenus avec beaucoup de compassion. Ils ont tenté de faire entrer la magie de Noël derrière les barreaux, d’éclairer les murs gris des prisons pour les aider à surmonter leur peine.

En cellule, on ne fait point référence au traditionnel poulet rôti  ou à une bonne bouteille de vin : la seule chose qui manque à ces détenus, c’est la présence de leurs proches car Noël, c’est avant tout une fête familiale. Même si les prisonniers concèdent qu’une formidable équipe a travaillé dur pour rendre ce mois de décembre moins triste.

Le dernier mois de 2012 a été festif. Au programme : tournois de jeux de société, sports, concerts et autres animations. Le Commissaire des prisons, Jean Bruneau, nous a expliqué l’objectif de ce programme spécial. « Il y a une mauvaise perception du monde de la prison. En fait, ce n’est pas un lieu de punition, mais de réhabilitation. Nous avons donc organisé plusieurs activités pour les détenus qui sont privés de leur bien le plus précieux : la liberté.»

Le 25 décembre, les détenus ont eu droit à un menu spécial : Chop Suoy de Poulet ou Chop Suoy de légumes pour les végétariens. Ils ont également participé à diverses cérémonies religieuses avec le concours de la Prison Fellowship International, des organisations non-gouvernementales et des religieux. « Un concert a été organisé et les détenus ont eu l’occasion d’y participer. Le 24 décembre, à 15 heures, une messe a été célébrée et les enfants des détenus ont reçu des présents. Je remercie tous les volontaires et surtout les employés de prison ont joué au père Noël», nous a déclaré Jean Bruneau.

Les cadeaux autorisés en prison ?
Nous avons posé la question au Commissaire des prisons. « Certains cadeaux seulement sont autorisés. Les proches des détenus peuvent apporter des vêtements, des savates, par exemple. Bien sûr, un contrôle strict est exercé…» Le bonus, dit-il, c’est le nombre de visites supplémentaires ou d’appels téléphoniques que reçoivent les prisonniers. « Nous encourageons la consolidation des liens familiaux. Les détenus voient donc plus de membres de leur famille en décembre et ont droit à un appel spécial.»

« Un Noël sans papa »
Nul ne pourra envier ces quelques minutes de bonheur supplémentaires accordées aux détenus et à leurs proches. « Ces quelques minutes de plus ne sont que des illusions du vrai bonheur », nous confie Asha, une adolescente. Son père est en prison depuis quelques mois. C’est la première fois qu’elle a passé la Noël sans lui. « Nul ne pourra jamais remplacer mon papa. Je n’ai rien fait ce jour-là. Je me suis cachée dans la maison. Je ne voulais voir personne, encore moins mes voisins, car tout chez moi me rappelle les bons moments passés avec mon père. Je n’ai même pas eu la force d’aller le voir. Je me sens autant emprisonnée que lui… » Des mots qui rappellent combien les barrières de la prison érigent un tel obstacle, créent une telle souffrance que même la Magie de Noël ne peut atténuer.

Skype à la disposition des détenus étrangers
Grâce à ce nouveau programme, les détenus étrangers peuvent contacter leurs proches. « Nous savons à quel point il est difficile pour ces détenus d’être tenus loin des membres de leur famille. C’est d’autant plus difficile pour ces étrangers que leurs codétenus locaux reçoivent des visites, des cadeaux au moment des fêtes. Grâce au programme Skype, ces étrangers peuvent être en contact avec leurs proches et les voir. C’est un moment d’émotion très fort… », souligne le Commissaire Jean Bruneau.

Marie Claire à la prison de Beau-Bassin
Dans le cadre d’un projet de réinsertion des ex-détenus, l’ONG Ki Nou Eté a projeté un film : « Marie Claire ». Ce court métrage décrit la vie d’un enfant atteint du virus du sida (VIH). Ce film a été diffusé à la prison de Beau-Bassin, le 15 décembre, dans le cadre de la Noël, pour sensibiliser les détenus et leurs proches sur le danger de cette maladie. Cette initiative vise à démontrer la force de l’amour contre le sida. Bien sûr, le père Noël était présent.

« Cette année, l’ONG Ki Nou Eté a participé au projet intitulé Angel Tree. C’était l’occasion pour les détenus de rencontrer les membres de leur famille et d’offrir des cadeaux à leurs enfants. Ce projet est à sa deuxième édition», souligne Ismaël Mahamedally, Programme Coordinator de Ki nou été. Cette ONG offre aussi un soutien et un accompagnement de qualité aux personnes qui sortent de prison. Une fête similaire a été organisée dans toutes les prisons de l’île.

Ki Nou Eté ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Elle avait démarré ses activités avec une dizaine de femmes de la prison de Beau-Bassin en mars 2009. Le programme de réinsertion démarre six mois avant la libération de la détenue. A leur sortie, les prisonniers sont pris en charge par l’ONG : des membres les  accueillent et les accompagnent, notamment, dans leurs démarches administratives auprès de la Sécurité sociale, ou pour le dégel des comptes bancaires, l’obtention d’une carte d’identité, la recherche d’un emploi ou d’une aide pour le logement.

Le vicaire général Jean-Maurice Labour : « Noël est l’occasion rêvée pour les détenus de rencontrer Dieu »
> La messe a été célébrée dans des prisons. Quelles sont les raisons de cette initiative?
Noël et la nouvelle année sont un temps spécial réservé aux retrouvailles familiales. Les détenus, hommes ou femmes, ressentent plus durement leur incarcération. Nous redoublons d’efforts pour être plus proches d’eux. Le 24 décembre, Mgr Piat a dit la messe à la prison des hommes et moi, j’ai été dans l’aile des femmes. L’Église est présente dans le monde carcéral durant toute l’année. Une messe est dite chaque samedi dans les prisons.

> Pensez-vous que la prison éloigne les détenus de Dieu ?
La prison est le lieu de tous les démons et de toutes les grâces. Tel prisonnier peut se révolter et maudire ce Dieu absent qui le punit. Tel autre, vit un moment de vérité et se sert de cette période pour se convertir. Voyez cette prière dite par une détenue lors de la messe du 24 décembre (voir encadré). Elle montre combien cette dame jette un regard réaliste sur sa situation et ne s’enferme pas sur elle-même : elle prie pour les autres. Elle est consciente que la prison peut lui faire perdre sa dignité.

> Pourquoi est-il important de sensibiliser les détenus sur la présence de Dieu durant la fête de Noël ?
Noël est la fête d’un Dieu qui s’est fait proche de l’humanité dans ses souffrances et ses combats, sa pauvreté. Jésus est né dans un contexte de violence à cause de la jalousie d’Hérode qui a fait tuer les enfants pour être sûr d’éliminer le roi des Juifs qui naissait. Il naît dans une mangeoire. Noël est l’occasion rêvée pour annoncer dans la terre fertile du cœur des prisonniers que leur souffrance est une occasion de rencontre avec Dieu.

> Sans la prière, comment percevez-vous ces lieux carcéraux?

Sans l’espérance que donnent la foi et la prière, la prison peut devenir un lieu de désespoir. J’ai demandé aux détenues de regarder leurs codétenues comme des personnes humaines créées à l’image de Dieu. Ce n’est pas parce qu’elles ont commis des actes illégaux qu’elles sont définitivement vouées à la dégradation. Il y a effort des autorités pour assurer leur réhabilitation, pour que la prison devienne  un passage vers une vie meilleure.

> L’épreuve de l’incarcération pousse les détenus au désespoir. Comment l’Eglise aide ces prisonniers ?

L’Eglise collabore avec les efforts des autorités de la prison. « Baro pa aretlavi ! » tel est notre message principal. L’exemple de Nelson Mandela est proposé à nos prisonniers. Ce grand homme d’État de l’Afrique du Sud, durant ses 26 ans d’emprisonnement, aurait pu cultiver la haine qui aurait noyé de sang son pays. Au contraire, il a cultivé l’esprit de réconciliation, de pardon et de renouveau. Quand une personne est capable de changer son cœur, il peut changer le cœur de beaucoup et provoquer une chaîne de solidarité.

Message aux prisonniers de l’Afrique du Sud
Pour Patricia Gerber, Noël ne se fête plus de la même manière depuis l’arrestation de son fils Johann. Cette maman courage, fondatrice de l’organisation non gouvernementale ‘Locked up Abroad’, se bat pour que les Sud-Africains emprisonnés à Maurice puissent être incarcérés dans leur pays. Elle a tenu à envoyer un message spécial à l’occasion des fêtes :  « Our family will spend a quiet day together. It is always a very sad day for us as our family is incomplete without Johann, we can't even hear his voice on Christmas day. I want to wish my son Johann and all the South African citizens held in the Mauritian prisons a Blessed Christmas and New Year filled with hope, love and joy. We pray that in 2013 the South African Government will find compassion in their hearts and consider entering into a Prisoner Transfer Agreement with Mauritius so that our loved ones can be reunited with their families.

Kind regards,
Patricia Gerber »

Le retour de ma maman : mon plus beau cadeau de Noël
James (prénom fictif) a eu le plus beau cadeau qui soit pour la Noël : sa maman a été libérée après plus de dix ans de prison.

« Je n’y croyais pas. J’avais l’habitude de lui rendre visite en prison. Quand je l’ai vue le 24 à la maison, je croyais rêver. Nous avons fait une grande fête. Je l’emmènerai faire le tour de l’île. Je veux lui montrer comment Maurice a changé. Je vais acheter des cadeaux avec elle, préparer les repas avec elle, l’embrasser tous les matins en lui disant je t’aime… » La maman, elle, est toute émue. Les mots lui manquent. «J’ai beaucoup prié Dieu qu’Il me pardonne mes erreurs. J’ai attendu ce moment avec beaucoup d’émotion. J’ai gâché de nombreuses années loin de ma famille, de mon fils. Pour lui, je ne rechuterai pas, je serai forte. Je ne peux rattraper le temps perdu, mais je ne serai plus jamais loin de lui… »

Un garde-chiourme : « Noël a rimé avec tristesse à Petit-Verger »
Selon les témoignages d’un garde-chiourme, la fête de Noël s’est passée dans la tristesse à la prison de Petit-Verger. « Cette fête a été réservée uniquement aux détenus qui se sont bien comportés durant l’année écoulée. Les autres ont été cloîtrés dans leur cellule pour mauvaise conduite. Cela a causé beaucoup de chagrin chez tous les détenus.
Ceux autorisés à célébrer Noël ont eu l’occasion d’offrir des cadeaux qu’ils avaient placés sous l’Angel Tree à leurs enfants et aux membres de leur famille…»

Prière d’une détenue
Seigneur, en ce jour de Noël, je te prie pour toutes les personnes qui vivent des situations dramatiques et qui passeront Noël dans la tristesse, dans le désarroi et les larmes. Mon Dieu, que c’est pénible de souffrir, alors que nous aurions dû nous réjouir. Pour les sans-abri, les sans ressources, les orphelins, les malades hospitalisés, ceux qui n’ont aucun support familial, pour les prisonniers comme nous et toutes les personnes atteintes dans leur cœur, leur âme, leur corps et pour lesquelles ces fêtes n’ont plus aucune signification.

Je t’en implore Seigneur, aide-nous à traverser ces moments douloureux, aide-nous à ne pas sombrer dans la douleur et à accepter notre condition. Aide-nous à garder notre dignité dans la douleur et aide-nous à persévérer dans notre combat. Avec toi on n’a pas le droit de s’écrouler. Mon Dieu, fais-nous vivre Noël dans la simplicité et l’humilité…!
 
Prison de Beau-Bassin 24 décembre 2012








Last modified on Friday, 28 December 2012 12:12
Le Défi Quotidien

Email This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.
Zero Tolerance

ZERO Tolérance

Les internautes qui voudraient commenter les articles qui sont publiés sur le site defimedia.info sont avisés qu'ils doivent éviter à tout prix d'utiliser des termes obscènes, racistes, communaux ou diffamatoires. La moindre utilisation d'un terme offensant entraînera le rejet automatique du commentaire soumis.

comments powered by Disqus

Societé Popular Articles

Google+