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Wednesday, 16 January 2013 12:00

Élèves dissipés – Le difficile apprentissage des profs Featured

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Ils sont jeunes et ont embrassé le métier noble qu'est le professorat. Un choix qui n’est pas toujours évident face aux enfants terribles. Dans de tels cas, la créativité et la discipline sont alors de mise.
«Ma première semaine dans une école primaire de la capitale est inoubliable. On m’avait confié une classe de STD III. Les élèves étaient dissipés. Ils s'amusaient à lancer des objets et à dire des jurons. Et, lorsque j'essayais de les calmer, ils n'hésitaient pas à s'en prendre à moi. », raconte Melanie, une jeune enseignante. Elle a été tellement traumatisée que la direction de l’école a dû la changer de classe. Elle est, maintenant, responsable d’une classe de STD I.

Le constat est alarmant. C'est ce qu'avance Mary Jolicoeur, coordinatrice de la Maison Cœur Ecoute de Barkly. Elle estime que les enfants sont difficiles et, certains enseignants ne font pas assez d'efforts. Ils appréhendent de se retrouver devant une classe avec  des enfants turbulents. « Cela ne marchera jamais s'ils viennent travailler avec des appréhensions. Il est important de développer son autorité et de l’amitié en travaillant avec des enfants », dit-elle.

Mary Jolicoeur distribue un petit-déjeuner chaque jour aux enfants nécessiteux de ce quartier. Selon elle, il faut corriger les enfants sans toutefois exercer une discipline militaire. « N’importe qui peut travailler avec ce type d’enfants, mais il faut comprendre qu’ils ont besoin d’une attention affective. Si l’enfant vient à l’école dans des vêtements sales, il faut rechercher le pourquoi au lieu de le mettre dans un coin », soutient notre interlocutrice.

La formation des jeunes profs est pointée du doigt par Salim Choolun. Le porte-parole de la Government Teachers’ Union (GTU) fait ressortir qu’elle ne porte  que sur la pédagogie et la méthodologie. « Il faut savoir comment gérer les enfants à problèmes. Il ne faut pas se voiler la face, car il existe vraiment un problème dans certaines salles de classe. Les enseignants doivent être créatifs pour trouver des solutions sur le tas », dit-il.

Salim Choolun indique que de telle situation ne permet pas aux jeunes enseignants d’aimer leur métier. Au contraire, certains n’hésitent pas à utiliser le rotin ou encore demandent aux élèves de se rendre au bureau du maître d’école pour y recevoir une punition.

« Les enfants n’ont plus de respect pour personne, encore moins pour leurs enseignants », affirme Salim Choolun. Le syndicaliste es d’avis que les parents sont dans certains cas responsables de cette dégradation des valeurs.

Faire preuve d’imagination et de créativité
Les responsables des écoles de la Roman Catholic Education Authority (RCEA) sont conscients du problème. Ils misent ainsi sur la formation. Le secrétaire, Alain Doolub soutient que lorsque les jeunes enseignants embrassent la profession, ils ne viennent qu’avec une formation initiale pour enseigner. Le responsable souligne qu’au Mauritius Institute of Education (MIE), la formation davantage axée sur la technique.

« Lorsqu’ils viennent chez nous, nous construisons sur ce qu’ils ont appris et nous leur donnons une formation de complémentaire portée sur la philosophie éducative, le socioculturel, la formation personnelle qui leur permet de se découvrir en tant que personne afin de donner le meilleur aux enfants. Ils doivent à tout moment faire preuve d’imagination et de créativité », explique Alain Doolub.

Au départ, les enseignants ont une formation d’une durée de six à sept sessions. Par la suite, cela se traduit en des formations continues, lorsqu’ils sont déjà dans le métier. « Il ne faut pas penser que les enfants terribles n’existent pas ou qu’ils sont présents que dans certaines écoles. Ils sont partout. La société évolue à une vitesse telle que nous constatons qu’il y a certaines réactions qui nous dépassent. Les situations sont telles que nous recherchons des outils pour y faire face. Il y a certes une prise de conscience, mais il faut encore y travailler »,  insiste Alain Doolub.

Om Varma : « Le problème réside dans le système »
Om Varma, qui assure l’intérim au poste de directeur au Mauritius Institute of Education (MIE), depuis le mois de novembre, affirme que le métier d’enseignant est loin d’être de tout repos. Il doit, au contraire, faire preuve d’imagination et de créativité.

> Quelles sont vos priorités en tant que directeur adjoint du MIE ?
J'ai plusieurs objectifs pour le MIE, notamment l’innovation. Je suis davantage pour l'introduction de technologies et de l'autonomisation des enseignants pour qu’ils apprennent à travers un mode plus souple. Je crois en l'avenir. Nous ne pouvons pas devenir une nation innovante si nous continuons à reproduire les connaissances d’ailleurs. Nous sommes en mesure d'innover dans le domaine de la formation des enseignants. Nous avons récemment constaté que nous pouvons même être un exemple pour l'Afrique dans ce domaine.  Avec les 40 années d'expérience du MIE, nous n'avons rien à envier à personne, en termes de qualité et de clairvoyance.

> La formation des enseignants fait souvent l’objet de critiques. Comment y remédier ?
Je sais qu'il y a des critiques. L'enseignement est de plus en plus difficile, et nous avons besoin de gens qui se consacrent à la profession et qui soient prêts à faire des efforts. Nous devons toutefois reconnaître que les changements sont en cours dans un certain nombre de domaines. Une école ne pourra réussir que si tous les acteurs, travaillent, main dans la main.

Ainsi, le rôle des parents et celui du directeur de l'école sont d'une importance capitale. Nous ne pouvons pas nous fier seulement à ce que fait l'enseignant. Nous encourageons nos stagiaires à innover, à sortir de la routine, et nous sommes conscients que certaines écoles ne fournissent pas les conditions optimales pour permettre à ces enseignants de le faire. Il ne faut pas juger un enfant que par les quatre matières au CPE, mais comme un enfant qui ont un développement holistique. Nous devons quitter une école qui continue à répondre aux quelques élites, nous voulons une école qui s'adresse à tous.

Et nous nous entraînons pour répondre à la diversité, à l'enseignement par des moyens novateurs. Malheureusement, même certains parents sont incapables de comprendre, que l’enseignant qui prépare l’enfant grâce à l'apprentissage par cœur, tel un régime militaire, n'est pas nécessairement le meilleur professeur. Cela dit, je reconnais que nous devons constamment chercher à faire mieux. Si nous incitons l’enseignant à reproduire les routines de l'école, nous n’offrons pas l'enseignement de l'innovation et de la créativité. Il est grand temps que nous comprenions tout cela. Nous sommes conscients que nous devons faire mieux, à certains égards, et veiller à ce que nos stagiaires soient mieux équipés pour faire face aux changements dans le milieu scolaire.

> Les jeunes profs ont parfois du mal à suivre le rythme. Comment faire pour les épauler lorsqu’ils sont devant une classe d’enfants indisciplinés ?
Nous devons comprendre que le problème réside dans le système. L'école a changé, les élèves ont changé, les parents ont changé, mais l'école persiste avec les mêmes routines. Il y a diverses façons de résoudre le problème de l'indiscipline. Chaque agent doit s'impliquer. Les chefs d'établissement, dont le rôle consiste à fixer les règles de l'école, l'élaboration d'une philosophie et de soutenir les enseignants débutants qui sont tout aussi importants.

Les premières années de l'enseignement sont importantes et un nouvel enseignant a besoin de tout l'appui disponible au niveau de l'école. Nous devrions envisager une solution globale et pas seulement blâmer les enseignants. Ils ont besoin de soutien de la part de leurs collègues chevronnés qui croient qu'ils ont le savoir-faire et l'expérience. Tout cela peut aussi se produire au niveau de l'école si nous avons un bon leader au sommet. Nous pouvons développer des projets pilotes et fixer les tendances, mais il est aussi un fait que nous ne pouvons pas être partout. Notre rôle est de donner et montrer comment nous pouvons réussir.

> Existe-t-il une formation continue pour les enseignants ?
Bien sûr! Il y a diverses façons d'assurer un développement professionnel continu. Par exemple, pour le projet Sankoré, où notre personnel se déplace à l'école, et reste toujours disponible. Un soutien continu au niveau de l'école est également assuré par des projets tels que le programme ZEP. Nous assurons un soutien en ligne et les enseignants devraient être prêts à en tirer profit. Aujourd'hui, l'enseignement ne commence pas par la cloche du matin pour se terminer avec une autre cloche dans l'après-midi. Le travail de l'enseignant est beaucoup plus exigeant.
L'enseignant doit être en mesure de se mettre à jour, de préparer sur une base quotidienne...

> Le 2e forum sur le CPE propose l’utilisation de l’oral en classe. Comment cela se traduira-t-il dans la  pratique ?
L’utilisation de la langue et le développement des compétences orales sont des plus importants pour un enfant et plus tard, en tant qu'adulte. Cependant, nous avons mis l'accent sur le fait que l'apprentissage par cœur, pour la reproduction aux examens, tue progressivement l'inclination naturelle à communiquer. Les enseignants doivent constamment communiquer et attirer l'attention des enfants à écouter d'abord, développer de bonnes capacités d’assimilation et puis les compétences orales. Il existe de nombreuses techniques pour enseigner les compétences orales.

J'ai vu des enseignants australiens qui n'ont aucune connaissance du français, enseigner aux enfants du STD III et IV. Je suis convaincu qu'une grande partie de notre problème réside dans les attitudes des adultes eux-mêmes, plutôt que dans la capacité de l'enfant à apprendre. C’est une question d'organisation et de compétences orales, parties intégrantes de l'enseignement et de l'apprentissage, et non pas une période spéciale qui lui est consacrée.

Nous devons d'abord savoir ce que nous voulons et ensuite avoir la volonté de changer. Je sais qu'il y aura beaucoup de débats sur ce que nous ne pouvons pas faire. Il est grand temps que nous décidions de ce qui est nécessaire et que nous trouvions des façons de le faire par nous-mêmes. Il faut, en tant qu’adultes, changer et arrêter de mésestimer les enfants. Ces enfants peuvent faire beaucoup plus. Ce sont souvent les adultes qui empêchent le changement.



Annick Daniella Rivet

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