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Tuesday, 22 January 2013 12:02

Le ‘bullying’ – un phénomène alarmant Featured

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Le  ‘bullying’, qui devient fréquent dans les établissements scolaires, est un phénomène à ne pas prendre à la légère. Aller à l’école est une obligation.
Toutefois, les autorités ont la responsabilité d'assurer la sécurité des enfants. L’école est propice à la violence et de nombreux enfants y ont connu leur première dure confrontation avec la cruauté. Comment faire pour limiter les dégâts ?

Le phénomène semble avoir pris des proportions démesurées. Dans certains pays, notamment les États-Unis, les fusillades à l’école sont de plus en plus courantes. Il y a deux semaines, en Italie, une adolescente de 14 ans s'est donné la mort.

Le 'bullying' dans les établissements scolaires n'est pas sans conséquences. Qu'en est-il à Maurice ? Si le phénomène n'en est pas arrivé aux mêmes extrémités, notre pays n'est pas épargné. Surendra Bissoondoyal, pédagogue et ancien directeur du Mauritius Examinations Syndicate (MES) explique qu'à Maurice, le 'bullying' est beaucoup plus présent dans les milieux primaires que dans les institutions secondaires.

Il affirme que ce phénomène, aussi connu comme bizutage ou brimades, n'est pas nouveau. Ce comportement négatif adopté par certains jeunes envers leurs camarades de classe ou d'école est perpétué dans l’intention de blesser et de tourmenter.

« Le bullying est bien trop souvent pris à la légère. Les parents ainsi que le personnel enseignant ont le devoir de protéger l'enfant. Ces derniers disent parfois que ce sont des choses normales à l'école. Non !

Ce n'est pas vrai. Le 'bullying' est une sorte de violence qui peut s'avérer très dangereuse dans certains cas. Il ne faut pas qu'on se dise que la victime s'en est sortie ou qu'elle n'a qu'à apprendre à se défendre, frapper plus fort... Ce n'est pas la solution et c'est faux de dire que cela forgera le caractère. Le 'bullying' n'a jamais eu et n'aura jamais des effets positifs », explique le pédagogue.

Notre interlocuteur soutient que le bizutage se manifeste sous plusieurs formes, surtout physique et verbale. La victime se fait bousculer, frapper, menacer.

On lui prend son argent, sa nourriture et d'autres biens. On se moque de lui devant les autres, on l'insulte, on le provoque à travers des propos sarcastiques qui peuvent être de nature raciste, sexiste et parfois même homophobe. « La victime n'est pas choisie au hasard. Le tortionnaire s'assure que sa victime est quelqu'un qui ne se défendra pas, une personne qui soit  plus réservée, isolée, nerveuse, stressée, qui ait un quelconque handicap ou qui soit aussi de race et de culture différente, entre autres. »

Des indices révélateurs
Surendra Bissondoyal souligne que les parents doivent se faire un devoir de savoir, en dehors de la performance académique de leurs enfants, comment se passe leur vie à l'école. C'est là, dit-il, qu'ils pourront savoir si leur enfant est victime de bullying ou non. Il existe des signes révélateurs. Il explique que l'enfant harcelé présentera des changements de comporte­ment. Il trouvera souvent des excuses pour ne pas se rendre à l'école.

Un avis que partage Vinod Seegum, président de la Government Teachers' Union. Il explique que le 'bullying' est un problème sérieux qui s'installe dans les écoles. Selon lui, c'est un problème qui dure depuis des années. « Cela a commencé dans les collèges et s'est propagé dans nos écoles primaires. Il s'agit d'un phénomène dont nous sommes au courant depuis long­temps.

C'est dom­mage que les autorités concernées ne fassent rien pour remédier à la situation. Les enseignants ne sont pas formés pour affronter de telles situations. Et je peux vous dire que dans certains établissements scolaires, ce sont les enseignants qui sont victimes de harcèlement de la part des élèves », affirme notre interlocuteur.

Certaines écoles, soutient-il, sont plus à risque que d'autres. Il dit avoir remarqué que les 'repeaters' du CPE taquinent souvent les plus petits. Selon Vinod Seegum, ils le font par frustration. Dans les écoles avec des enfants des régions défavorisées c'est pire. C'est pour cette raison qu'il est d'avis que les autorités concernées ont le devoir d'organiser des formations pour le corps enseignant, afin que ces derniers puissent faire face à ce problème. Plus que des transmetteurs de connaissances, les enseignants sont avant tout des éducateurs. L’établissement d’un programme de prévention du Bullying est donc nécessaire en milieu scolaire.

« Mon fils a perdu l’appétit et le sommeil »
– Sarah M., mère de deux enfants, confie comment son fils, qui est aujourd'hui au collège, a vécu un cauchemar alors qu'il était à l'école primaire. Elle raconte comment à la sortie d'école jusqu'à la maison, des élèves harcelaient son fils. Ils se moquaient de lui et lui  lançaient des cailloux. Ils le poursuivaient sans relâche.

« Je voyais que mon fils avait l'air malheureux, mais quand je l'interrogeais, il ne me disait rien. Mais un jour par hasard, j'ai été témoin de la scène et quand j'ai essayé de prendre sa défense, il m'a même repoussé. Il s'est encore plus renfermé sur lui-même. Il ne voulait pas que j'aille rapporter le cas à la directrice. J'ai pris patience mais la situation empirait. Il ne voulait plus aller à l'école. Je n'ai pas eu le choix. Mais j'ai été vraiment déçue par la manière dont ils ont réagi. Ils n'ont fait que parler à ceux qui ont harcelé mon fils qui n'avait que huit ans et c'est tout. Ils ont arrêté un moment, mais ont recommencé par la suite », lance-t-elle.

Elle poursuit que son fils lui a dit par la suite, qu'à l'école il a été réprimandé par son enseignante. L’enseignante a dit que ce qui se passe à l'école doit rester à l'école et Sarah trouve cela inadmissible, alors que son fils était la victime d'une situation qu'il n'avait pas provoquée. « Cela n'a jamais cessé et pour lui garantir la paix, je lui ai trouvé une nouvelle école. Il avait perdu l'appétit et le sommeil. Je ne supportais pas de le voir ainsi. Heureusement, dans sa nouvelle école, cela allait bien et il est redevenu comme avant. Je suis mère célibataire et je pense que les enfants le taquinaient en lui disant des méchancetés par rapport à cela. Mais quand j'y pense, ce doit être des adultes qui leur en ont parlé. Donc, quelque part, ils sont aussi complices », dit-elle avec amertume.

– Smita R, a vécu le même calvaire. Cette élève en Std V dans une école à Curepipe souffre d'asthme et c'est ce qui lui vaut des taquineries de la part de ses camarades de classe. Son père, Robin, explique comment, un jour, sa fille est rentrée de l'école en larmes. « Quand ma fille a ses crises d'asthme, il lui arrive parfois de faire pipi dans sa culotte.

Ce jour-là, c'est ce qui s'est passé. Elle est partie aux toilettes pour se changer et de retour en classe, elle a mis sa culotte dans son sac. À un moment, un des élèves a vu qu'elle glissait discrètement quelque chose dans son sac. il ouvert son sac et a dit à tout le monde que Smita ne portait pas de culotte, car sa culotte était dans son sac. On la taquine souvent à cause de sa maladie, elle encaisse, mais là c'était trop et les choses ont empiré. Mais heureusement que, quand je me suis plaint au directeur, il a tout fait pour que les enfants arrêtent de l'agacer. Smita est beaucoup plus tranquille.

Virginie Bissessur Corsini : « Le bullying peut avoir de graves conséquences »
Le 'bullying' est une pratique qui nuit au développement personnel de l’élève victime au point de le mener au suicide. Le 'bullying' prend des formes plus diversifiées. La psychologue Virginie Bissessur Corsini explique comment le 'bullying' peut affecter les victimes et entraîner, dans certains cas, des conséquences très graves.

> Le bullying est-il plus une affaire d'enfants ou d'adolescents ?
Ce phénomène intervient à tous les âges pendant la scolarité et même parfois dès la maternelle. Il peut aussi se poursuivre dans l’étape suivante, c’est-à-dire dans le monde du travail. Tout dépend si la personne qui fait du bullying effectue une remise en question de son comporte­ment ou pas. Dans le milieu scolaire, on parle de harcèlement scolaire.

> Qu'est-ce qui pousse certaines personnes à faire du bullying ? Et pourquoi le font-elles ?
La personne qui harcèle ses camarades d’école éprouve un fort besoin de domination parce qu’elle est bien souvent dans le déni de sa propre faiblesse. Elle veut passer pour un « dur » aux yeux des autres enfants. Cette personne est souvent plus grande et plus forte que les autres, mais obtient des résultats scolaires assez faibles. En général, elle très impulsive, voire hyperactive. Elle n’a pas de problème d’estime de soi, mais présente cependant des troubles d’anxiété. 

La personne a tendance à se sentir « provoquée » par ses camarades. Il fait preuve de peu d’empathie et a une faible tendance à la culpabilisation. Certaines études mettent en évidence chez ces enfants, un manque d’affection et un modèle parental valorisant l’agressivité et le harcèlement comme mode de fonctionnement.

Mais le harceleur n’est pas seul, de façon générale, il est le chef d’une petite bande. Dans chaque clan, il y a un chef entouré de « soldats ». Et, pour  prouver leur fidélité au chef, ceux-ci exécutent parfois aveuglément ce qu’on leur demande.

> Comment cette situation affecte-t-elle la victime psy­chologi­quement ?
Bégaiement, difficultés d’ap­prentissage, obésité, cou­leur de peau…, la victime est souvent choisie en fonction d’une différence avec les autres. La victime n’a pas beaucoup d’amis pour la défendre et devient donc une cible de choix. Les consé­quences peuvent être graves: désocialisation, anxiété, dépression, phobie scolaire, tendance à la soma­tisation, maux de tête, de ventre, entre autres. Parfois, une situation de bullying peut entraîner un décrochage scolaire, voire une déscolarisation.

Il y a des effets à long terme sur le développement psychologique et social de l’enfant. Les victimes développent des conduites d’évitement, une difficulté à aller vers les autres. Elles développent un sentiment de honte, une perte d’estime de soi. Le tout peut conduire à une érosion lente de la personnalité, les rendant incapables de se défendre. Le stress et l’anxiété peuvent alors engendrer des dépressions graves.

> Cette situation peut-elle pousser au suicide ?
Selon une enquête de l'association britannique, Young Voice, réalisée auprès de 2 772 élèves, 61 % des victimes de bullying auraient des idées suicidaires. Cela vous laisse imaginer la gravité de la situation… À Maurice les chiffres ne sont pas connus. Peut-être ne sont-ils pas aussi élevés qu’en Grande-Bretagne. Mais nous devons rester vigilants. La preuve en est : les tristes exemples de suicides en milieu scolaire qui ont jalonné l’année 2012 et qui ont soulevé de nombreuses interrogations au sein de la population.

> Comment la victime peut-elle gérer ?
Les victimes ont souvent des difficultés à extério­riser leurs souffrances, par honte, par culpabilité ou par peur de représailles de la part de l’agresseur. Dans une étude américaine de 2004 de James Unnever et Dewey Cornell, 25 % des victimes déclaraient n’avoir parlé à personne de leur situation, 40 % à aucun adulte. La victime doit parler, être reconnue comme victime. Afin que cet épisode de bullying ne laisse pas trop de conséquences à long terme, une thérapie est vivement encouragée.

L’environnement scolaire joue un rôle non-négligeable dans la facilité des enfants agressés, à se livrer: ceux d’entre eux qui perçoivent l’école comme « tolérante » vis-à-vis du harcèlement se confient moins que les autres. Pour lutter contre le bullying, il faut  d’abord parler du phénomène et sensibiliser les élèves et le personnel. Il faut également encourager la confiance et le respect entre enfants, célébrer la « diversité » pour créer un climat scolaire serein.

> Comment les parents vivent-ils ce phénomène et que peuvent-ils faire face au bullying de son enfant ?

Déjà faut-il que les parents soient au courant. Car, comme nous montrent les études citées, les enfants en parlent peu. Une fois qu’ils sont mis au courant, il faut d’abord qu’ils en parlent avec le personnel de l’école : professeurs, surveillants, directeurs… La solution doit être trouvée collectivement et l’attitude de l’école doit être claire. Si la discussion avec l’école n’aboutit pas à une solution ou si le bullying continue, alors il faut vite envisager un changement d’école.

De toute façon, en parallèle, il est très important que les parents emmènent leur enfant chez un psychologue, afin qu’ils puissent en parler. En général, les parents se sentent coupables de ne pas s'être rendus compte.




Jenilaine Moonean

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