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Thursday, 24 January 2013 12:05

Strip-Tease – Braver les tabous Featured

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L’art de l’effeuillage, plus connu comme le strip-tease, a toujours été censuré par les Mauriciens en général. Cependant, depuis quelques années, cette danse plutôt exotique connaît une nouvelle jeunesse à Maurice. Évolution des mœurs, occidentalisation ou encore ouverture d’esprit, sont des facteurs qui font changer les mentalités.
Se déshabiller dans sa salle de bains est en soi un geste simple. Le faire devant un public est une autre paire de manches. Au-delà du savoir-faire, avoir de l’audace reste le principal atout des strip-teaseuses. Danser en petite tenue ou encore en tenue d’Ève devant un parterre de clients n’est pas tout le temps évident. Les strip-teaseuses essuient très souvent, peut-être un peu trop, les critiques, les railleries et le regard dénigrant des gens.

Il est un peu plus de 22 heures, le samedi 17 novembre 2012. Nous sommes à Le Rocher, Grand-Baie. Un décor glamour classe, sophistiqué et orgiaque s’offre à nous. Cela ressemble à n’importe quelle boîte de nuit, avec deux bars, des sofas, des tables et des chaises, mais avec quelques touches particulières en plus. Des petites cabines spéciales pour la lap dance, des barres de fer pour la pôle dance et bien entendu, de très séduisantes strip-teaseuses.

Le bar principal qui domine la salle fait office de piste de danse pour une des danseuses du club. La soirée s’annonce tranquille, il est encore un peu tôt pour voir des clients. La demoiselle, vêtue de lingeries fines, n’hésite pas à se trémousser en faisant des poses sensuelles. Après quelques pas de danse langoureux, elle enlève son soutien-gorge annonçant ainsi que la soirée sera chaude.   
 
Une heure s’écoule, et les choses sérieuses commencent. Le volume de la musique monte d’un cran et, de l’autre côté de la salle, une cage est installée. Les clients ne manquent pas. Installés devant la cage, hommes et femmes récolteront dans quelques minutes les fruits de leur patience et de leur argent.

Perchée sur des talons de 15 cm, une strip-teaseuse fait son entrée dans la cage. Avec une aisance incroyable, elle se déchaîne sur la musique avant d’enlever son haut. Le spectacle ne s’arrête toutefois pas là. Quelques minutes plus tard, c’est le bas de ses sous-vêtements qu’elle enlève laissant ceux, qui découvrent ce monde pour la première fois, sans voix.  À tour de rôle, les filles se succèdent dans la cage, faisant de leur mieux pour affrioler et amuser le public.  

Julia est une jeune danseuse de 24 ans que nous avons rencontrée ce soir-là. Elle est catégorique en ce qui concerne le monde du strip-tease. « C’est de l’art ! », dit-elle. « J’ai commencé la pôle dancing il y a huit ans. J’ai tout appris par moi, sur internet. C’est une danse très technique ausi bien qu’artistique, et qui demande de la maîtrise. Mais si on sait danser, cela peut s’avérer plus facile. J’ai fait dans le passé de la danse indienne et de la danse du ventre. La pôle est comme un autre style de danse. Les Mauriciens doivent comprendre cela. La pôle signifie le mal pour beaucoup de gens, ce qui n’est pas vrai du tout. Ce n’est qu’un spectacle qui n’est pas vulgaire du tout, c’est comme au fameux Moulin-Rouge », ajoute-t-elle.

Selon Julia, l’île Maurice est encore rétrograde dans sa manière de penser. « Mes reproches vont aux femmes avant tout. Ce sont elles d’abord qui doivent changer leur mentalité. Nous sommes des femmes normales. Quand j’étais en voyage en Thaïlande, j’ai visité plusieurs clubs de strip-tease et les gens là-bas respectent les strip-teaseuses. Elles sont traitées comme des stars », raconte-t-elle.

Au menu des clubs privés
La lap dance : c’est une forme de danse érotique où la danseuse se retrouve en privé avec un client. Ce dernier reste assis pendant que la strip-teaseuse effectue sa danse. Elle peut être en contact avec lui ou à proximité. La lap dance reste une option et pour y avoir accès, il faut débourser un peu plus d’argent pour 15 minutes de privilège.
La pole dance : c’est une danse qui demande une maîtrise technique, car elle se compose d’acrobaties autour d’une barre. Elle demande également de la dextérité, de la souplesse et de la sensualité. Les danseuses qui font la pôle dance ne sont pas forcément strip-teaseuses.

Le strip-tease : c’est un spectacle érotique qui amène la danseuse à enlever ses vêtements au fur et à mesure. Le déshabillage se fait lentement et avec beaucoup de sensualité.

Strip-TeaseClarel Coret, directeur de Le Rocher  : « Ces filles sont là pour gagner leur vie »
En 16 années d’existence, Le Rocher a eu le privilège de suivre l’évolution de la société mauricienne en matière de mœurs. Clarel Coret, le directeur, se souvient très bien du moment précis, quand il s’est décidé à faire partie de la communauté des non-conformistes. Planté en plein cœur de Quatre-Bornes, le bâtiment qui abritait Le Rocher jusqu’à 2006, attirait bon nombre de curieux, mais suscitait aussi la désapprobation des Quatre-Bornais.
« Les gens se disaient qu’il y avait quelque chose d’impur à Quatre-Bornes. Au départ, c’était très dur de faire comprendre aux gens et même aux autorités que le strip-tease n’est pas dégoûtant. J’ai aussi remarqué qu’il y a une certaine hypocrisie de la part des Mauriciens. Il y a beaucoup de gens qui viennent voir nos spectacles, mais une fois dehors se mettent à critiquer les danseuses. Or, ces filles sont là pour gagner leur vie. Elles ne font rien de mal », souligne Clarel Coret.

La clientèle à Le Rocher est variée. « Nous recevons toutes les communautés. Auparavant, il n’y avait que des hommes qui fréquentaient le club, mais maintenant nous voyons de plus en plus de femmes qui viennent. Il y a aussi les couples qui viennent chez nous », explique-t-il.

Si Le Rocher s’est fait un nom dans le domaine et essaye tant bien que mal de garder un certain standard, il lui est quand même difficile de trouver des danseuses. « Les filles vont et viennent. Leurs familles ont du mal à accepter le fait qu’elles font du strip-tease. On n’est pas sélectif du tout en choisissant nos danseuses, on ne peut pas se le permettre, car elles sont rares celles qui veulent braver les interdits de notre société. Une fois ici, elles reçoivent une formation d’une semaine environ, car les danses sont assez techniques. Il faut aussi qu’elles fassent ressortir leur charme, leur sensualité et leur érotisme, ce qui n’est pas aussi facile que l’on pourrait penser », précise-t-il

Brizlall Codaychun, directeur du Ritz Club : « L’île Maurice manque honteusement de night-life »
Selon le directeur du Ritz Club, changer la mentalité des Mauriciens vis-à-vis du strip-tease est très difficile, mais pas impossible. « Le strip-tease est encore tabou à Maurice, mais en même temps, il y a une certaine volonté de la part des Mauriciens de faire tomber ce tabou. Avoir des clubs de strip-tease est un signe de développement pour un pays. L’île Maurice, qui se dit un pays pour les touristes manque honteusement de night-life. La capitale, la nuit tombée, est morte et ce n’est qu’à Maurice que l’on voit une pareille chose », indique-t-il.

Le Ritz Club existe depuis 2004. L’idée lui a traversé l’esprit lors d’un voyage aux États-Unis. « J’ai visité plusieurs clubs de strip-tease très sophistiqués et je me suis dit qu’il nous manque un club de ce genre à Maurice. Depuis, nous avons organisé plusieurs enterrements de vie pour les jeunes hommes et les jeunes femmes. Nous recevons des clients de toutes les communautés et de tout âge. L’idée est de s’amuser, sans plus. Les Mauriciens doivent comprendre que nous ne faisons rien de mal et rien d’illégal », fait-il remarquer.

Pour Brizlall Codaychun, les clubs de strip-tease jouent un rôle social bien défini. « Le strip-tease est avant tout un divertissement. Les clients, après une semaine de travail éreintante, peuvent se détendre devant un bon spectacle. Ce genre de show peut aider à combattre le stress et la déprime. En plus, les clubs de strip-tease créent de l’emploi. Nous avons chez nous des mères célibataires qui gagnent un bon salaire qui leur permet de prendre soin de leurs enfants », fait-il.

Karen, 28 ans : « Cela a été une décision réfléchie »
Karen (prénom fictif) est une jeune mère de famille de 28 ans que nous avons rencontrée au Ritz Club, à Mont-Choisy. Élégante, éloquente, on aurait bien pu caser Karen derrière un bureau. Mais son métier c’est le strip-tease. « Cela fait maintenant trois ans que je fais ce métier. J’ai choisi d’être strip-teaseuse. Cela a été une décision réfléchie que j’ai prise avec l’approbation de mon mari. Avant je travaillais dans les centres d’appels, je n’avais pas d’emploi stable. Une amie, connaissant ma situation, m’a parlé du Ritz Club. J’ai pris rendez-vous et depuis je suis strip-teaseuse », raconte Karen.

Si Karen se dit satisfaite de ce qu’elle fait, elle se souvient malgré tout de ses débuts difficiles. « Il a fallu, avant tout, convaincre mon mari, ce qui n’a pas été facile. Au départ, il ne voulait pas, mais quand je lui ai expliqué que ce travail me permettrait de m’occuper de mes deux enfants durant la journée et de travailler le soir, il s’est laissé convaincre. Ensuite, il y a eu mon premier soir sur scène et évidemment c’est ce qui a été le plus difficile. Je tremblais comme une feuille. J’ai eu une petite formation et petit à petit, j’ai appris à faire la pôle dancing et, la lap dance, entre autres », poursuit-elle.

Si ce métier est révulsant pour certains, il a quand même permis à Karen de progresser dans la vie. « Grâce à ce travail, j’ai pu économiser de l’argent pour m’acheter un terrain et construire ma maison. Les gens peuvent penser ce qu’ils veulent, mais cela me permet de nourrir mes enfants et de progresser financièrement », dit-elle.

Samantha, 20 ans : « Chaque personne fait le métier qui lui plaît »
Samantha, (prénom fictif), 20 ans est l’une des rares femmes qui a eu l’approbation de sa mère, avant de faire partie du monde du strip-tease. Si beaucoup de femmes font du strip-tease par contrainte, elle le fait par choix. « Ma maman m’avait dit que si je me soucie de ce que disent les gens, je n’avancerai jamais dans la vie. Elle m’a aussi dit que si je sais ce que je fais et que je suis satisfaite, pour elle, il n’y a aucun problème à ce que je sois strip-teaseuse. Je reconnais que j’ai eu beaucoup de chance contrairement aux autres jeunes femmes, vu que ma sœur aînée fait ce métier depuis dix ans environ. Elle m’a beaucoup appris », explique la jeune femme.

Si sa sœur l’a beaucoup influencée, son inspiration reste Demi Moore, qui incarne le rôle d’une strip-teaseuse dans le film Strip-tease. « J’ai beaucoup aimé ce film, car il montre que le strip-tease est une danse, érotique, certes, mais une danse avant tout et qu’elle n’a rien à voir avec la prostitution comme le pensent beaucoup de Mauriciens. Ils doivent se dire que la prostitution et le strip-tease sont deux choses bien distinctes. Chaque personne fait le métier qui lui plaît et si moi je peux respecter leur travail, qu’ils respectent le mien », poursuit-elle.





Last modified on Thursday, 24 January 2013 13:01
Melanie Duval

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