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Tuesday, 19 February 2013 11:22

Subutex – Un trafic à ciel ouvert Featured

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Contrairement à la méthadone, dont la distribution est très encadrée, le Subutex, qui présente des risques d'overdose limités, est prescrit et délivré par les généralistes et les pharmacies. Le Subutex, traitement de substitution à l'héroïne, est à l'origine de nombreux trafics en France et à l'étranger, notamment à Maurice où les arrestations se multiplient.
Le Subutex gagne du terrain à Maurice. Un ressortissant français, Phillipe Fernandez-Gimenez, 39 ans, a été arrêté le mardi 12 février. Il revenait de la Grande île, à bord du vol MK 289, vers 21 heures. Ce coiffeur, établi à Madagascar, transportait dans ses valises une capsule de Subutex soigneusement dissimulée dans les tubes télescopiques du manche de sa valise. Il avait également 284,84 grammes d’héroïne et 5,11 grammes de cocaïne. Le tout est estimé à Rs 4 millions.

Le célèbre magazine Paris Match de France a publié plusieurs enquêtes et pétitions que Le Collectif des familles Victimes du trafic de Subutex à l'île Maurice a initiées. La dernière en date remonte au 18 janvier où l’article intitulé « Subutex : Les vrais trafiquants sont dehors » fait mention de Farah Nachi et Déborah Dangla, deux jeunes Françaises écrouées à l’île Maurice depuis environ un an sur des soupçons de trafic de Subutex. Toutefois aucune charge n’ait été retenue contre elles. L’axe France/Maurice est fructueux pour les trafiquants, malgré le fait que les autorités mauriciennes tentent tant bien que mal de mettre fin à ce trafic.

Le tout dernier cas d’arrestation et de condamnation est celui du ressortissant français, Mathieu Blondeau, 21 ans, poursuivi aux Assises pour trafic de drogue. Il avait été arrêté en 2011 pour importation de 9 884 comprimés de Subutex. Il avait plaidé coupable et avait imploré la justice de lui accorder une « chance ». Il a quand même été condamné à 20 ans de réclusion criminelle. La sentence a été prononcée le jeudi 31 janvier, par le juge Benjamin Marie Joseph, président de la cour d’assises.

Mathieu Blondeau, cuisinier de son état, est arrivé à Maurice le 28 mars 2011 en compagnie de sa copine Katia Terminet, 20 ans. Il était à sa seconde visite chez nous. La première remonte à juillet 2010. Durant son procès, une équipe de TF1 est venue pour réaliser un documentaire inédit sur l'Axe France/Maurice sur ce trafic. Le journaliste Emmanuel Reitz et un cameraman de Elephant & Cie tournent actuellement un documentaire qui sera diffusé dans l'émission hebdomadaire « Sept à Huit », sur TF1, présentée par Harry Roselmack. Le tournage de ce documentaire, qui a commencé à Paris, s’est déroulé à Maurice où le journaliste a recueilli plusieurs interventions des Mauriciens sur ce sujet. Lorsqu’on a essayé de le contacter, Emmanuel Reitz avait déjà pris l’avion pour l’Afrique du Sud.

Le 27 novembre dernier, Katia Terminet a été libérée après que le Directeur des poursuites publiques (DPP) a abandonné les charges retenues contre elle. La jeune Française a regagné son pays le lendemain, après 20 mois passés en détention provisoire dans les geôles mauriciennes. Si Terminet a pu retrouver la liberté et regagner son pays natal, par contre, Aurore Gros-Coissy (24 ans), Farah Nachi (19 ans) et Déborah Dangla (18 ans) sont toujours détenues sur le sol mauricien pour trafic de Subutex.

Quand les autorités mauriciennes veillent au grain…
Malgré le fait que cette drogue pénètre toujours à Maurice, les officiers de l’Anti-drogue et de la MRA travaillent d’arrache-pied sur le terrain à l’aéroport SSR et dans le port également pour contrer les passeurs. Deux officiers, qui ont tenu à garder l’anonymat, témoignent. L’un d’eux explique qu’à l’aéroport de Plaisance, l’Adsu bénéficie de l’aide de six chiens renifleurs. « À l’aéroport, la surveillance est stricte. Il y a le Risk Management et aussi le Passenger Profiling. Cela nous aide à contrer les passeurs de drogue. De plus, on a plusieurs« profilers » postés à l’aéroport, certains en uniforme et d’autres en tenue civile.

On procède à une fouille lorsque l’on a des renseignements de l’extérieur ou encore parce que le comportement d’un passager est suspect. Il y a deux zones de douanes et on peut intervenir quand on veut. En 2012, on a saisi près de Rs 27 millions de drogue. Outre les officiers de la MRA et l’Adsu, on bénéficie de l’aide de six chiens renifleurs. Ils inspectent les bagages avant que les passagers ne les réclament. Le « Body Language » d’un passager nous met souvent la puce à l’oreille », confie un membre de l’Adsu.

Au port, dans la capitale, c’est le même son de cloche. Toutefois, avec seulement deux chiens renifleurs, Max et Milo, les douaniers ont pu saisir 6 940 grammes de Subutex, soit d’une valeur de Rs 10 413 000. « Tous les containers sont contrôlés. Nous examinons 14 containers par heure, soit une centaine par jour. Nous analysons les marchandises pour ensuite passer à l’étape technique de ciblage et de scanning », explique un officier de la MRA.

Gérard Lesage, président de la Natresa : « La prévention et la sensibilisation sont primordiales »
Pour Gérard Lesage, une personne accro à la drogue quel que soit le produit, peut s’en sortir. « Le Subutex est un des produits que prennent les toxicomanes à Maurice. Ils détournent l’usage médical du produit pour en faire une drogue. En ce sens, la prévention et la sensibilisation sont primordiales » dit-il.

Pour Gérard Lesage, les toxicomanes ne sont pas des victimes, seulement des gens qui ont fait un mauvais choix et qui ont un besoin. « La responsabilité de la Natresa est de mener des campagnes de sensibilisation et de prévention sur les dangers et les risques des substances comme la drogue, l’alcool et la cigarette. Nous faisons ces campagnes dans des écoles, auprès des jeunes, des communes, sur les lieux de travail et auprès des familles. Nous formons des gens pour qu’ils puissent assurer les séances » explique t-il.

Ally Lazer, président de l’Association des Travailleurs Sociaux à Maurice : « L’injection du Subutex dans le corps peut être mortelle »
> Quelle est l’ampleur de la consommation du Subutex à Maurice ?
Depuis 2006, nous, travailleurs sociaux, tirons la sonnette d’alarme quant à l’ampleur de la consommation du Subutex à Maurice. Ces comprimés, pourtant illégaux ici, se vendent dans le milieu des toxicomanes. Nous avons fait des propositions aux autorités, dans le but d’arrêter le trafic illégal du Subutex à Maurice. Nous leur demandons de donner le Subutex comme traitement, sous supervision médicale, au même titre que la méthadone.

Cela mettra un frein au trafic. En 2004, une étude menée par le gouvernement mauricien en accord avec le Bureau des Nations unies contre les crimes organisés et le contrôle de la drogue (UNODC), pour connaître l’ampleur de la drogue à Maurice avait conclu que 18 000 toxicomanes prenaient au moins trois doses d’héroïne par jour. Aujourd’hui, en tant que responsable d’un centre de désintoxication, je peux affirmer que le nombre de 18 000 a longtemps été dépassé et 99,9 % des toxicomanes s’injectent du Subutex. Je ne dis pas que l’héroïne a complètement disparu du marché local, mais au moins 70 % des consommateurs d’héroïne ont shifté vers le Subutex.

> Pourquoi les toxicomanes préfèrent-ils le Subutex à l’héroïne ?

Ce n’est pas une question de préférence. Tout dépend de l’humeur des trafiquants. Ce sont eux qui décident quelle drogue sera vendue sur le marché. Vu que le Subutex rentre plus facilement que l’héroïne sur le sol mauricien, ces comprimés font les choux gras des trafiquants, contrairement à l’héroïne. Il est important de faire ressortir que l’injection du Subutex dans le corps peut être mortelle. Le comprimé contient des ingrédients comme l’amidon de maïs ou encore du lactose. Même si ces ingrédients sont mixés, il reste des particules assez grosses qui peuvent boucher les artères quand elles sont injectées.

> Vous avez mené tout récemment une enquête en ce qui concerne le trafic de Subutex sur l’axe Paris-Maurice. Quelles en sont les retombées ?

C’est entre novembre 2010 et février 2011 que j’ai mené mon enquête. Je me suis rendu en France où j’ai pu bénéficier de l’aide de la Brigade de stupéfiants de Paris. J’ai pu, grâce à cette enquête, découvrir les noms de ceux qui sont à la tête de ce trafic. Ce rapport, je l’ai déposé à l’Ambassade de France à Maurice. Je peux dire que le travail se fait pour arrêter les responsables de ce trafic, car en décembre dernier, l’un des principaux acteurs de ce réseau a été arrêté par la police française.

Quand tout a commencé…
C’est en août 2006 que la majorité des Mauriciens entendent pour la première fois parler du Subutex. Sada Curpen, un Mauricien établi en France, est arrêté à Trou-aux-Biches avec 3 500 comprimés de Subutex d'une valeur de Rs 3,5 millions. Il est traduit devant la justice mauricienne et écope de 18 mois de prison.

En juillet 2008, le Subutex est encore une fois sous les feux des projecteurs lorsque Cindy Legallant, diététicienne, est arrêtée à sa descente d’avion à l’aéroport de Plaisance par l’Anti-Drug and Smuggling Unit. Elle avait en sa possession des plaquettes de Subutex d’une valeur de Rs 22 millions. La passeuse devait percevoir la somme de Rs 1,5 million comme paiement pour cette livraison. Elle a été trouvée coupable de possession de Subutex l’année suivant son arrestation et a écopé de 40 mois de prison.Lors de son interrogatoire, elle balance le nom de Sada Curpen comme étant le « caïd du Subutex ». Une accusation que celui-ci a farouchement niée.Dans sa déposition, elle raconte que ce serait sur la demande de ce dernier qu’elle a fait le voyage de Paris à Maurice.

Un déplacement totalement financé par Sada Curpen. Elle devait transporter deux colis sous emballage de produits pour bébé. La livraison devait se faire sur un parking à Riche-Terre. Elle disait aussi avoir accepté pour se sortir d’un état financier précaire. La diététicienne reviendra par la suite sur ses révélations. Ce qui lui vaudra d’être poursuivie pour parjure. En 2010, Sada Curpen fut arrêté dans le sillage du meurtre de Denis Fine, connu dans les milieux du trafic du Subutex. Il est accusé d’avoir comploté avec ses complices « to cause harm to » Denis Fine.

Le steward français file à l’anglaise
L’ancien chef de cabine d’Air France Christophe Caterino avait été arrêté le 14 mai 2007 à l’aéroport Sir Seewoosagur Ramgoolam, avec 51 877 comprimés de Subutex dans ses valises, soit d’une valeur marchande de Rs 51,3 millions. Cela constituait un record dans l’histoire de Maurice. Dans sa déposition, l’ex-steward avait expliqué avoir transporté à dix reprises des valises pour un dénommé Mikaël. En échange, les proches de ce dernier mettaient à sa disposition une voiture pour qu’il puisse se rendre dans les meilleurs lieux de Maurice pour pratiquer du kite-surf. Malgré les tentatives de livraisons contrôlées, le dénommé Mikaël ne s’est jamais pointé. Condamné à quatre ans et demi de prison, il avait fait appel de ce jugement. En liberté provisoire dans un hôtel cinq-étoiles de Bel-Ombre, il a fini par filer à l’anglaise en prenant la mer avec le Français Vincent Lejeune.

Joël Toussaint, Président d’A.I.D.E : « Une loi incomplète a classé le Subutex comme une drogue dure »
Lors de son arrestation à l’aéroport de Plaisance, Katia Terminet avait clamé son innocence. Elle disait avoir été piégée par son ex-compagnon, établi en France. Il lui aurait remis deux paquets de biscuits qui contenaient 1 680 comprimés de Subutex, destinés à sa mère. Deux autres ressortissantes françaises, Farah Nachi et Déborah Dangla, avaient atterri en 2011 et 2012, respectivement, à l’aéroport de Plaisance avec des comprimés de Subutex. Dans Paris Match, les proches des deux jeunes femmes racontent comment ces dernières se seraient fait « piéger par la perspective d’un beau voyage et d’un peu d’argent ». « En échange d’un billet pour une destination paradisiaque, elles devaient transporter des médicaments », soutiennent-ils.

Serait-ce le mode opératoire des trafiquants pour faire rentrer le Subutex sur le sol Mauricien ? Selon Joël Toussaint, président d’A.I.D.E, chaque cas est unique. Mais, en règle générale, les mafieux profiteraient de la vulnérabilité du passeur. « Nous voyons, en règle générale, que pour tout ce qui touche à la drogue, il y a un profil type qui se dessine. Il s’agit de personnes vulnérables. Ceci concerne en particulier des femmes qui ont des besoins réels ou qui se laissent appâter par le gain. Un constat confirmé par le fait que 50 % de détenues à la prison de Beau-Bassin sont des étrangères – Malgaches, Sud-Africaines, Réunionnaises, Kenyanes et Françaises. Le Subutex est venu renforcer cette population. On ne peut nier ce côté vulnérable que recherchent les réseaux mafieux », explique ce dernier.

Joël Toussaint est très critique à l’encontre de nos décideurs. « Un instrument législatif incomplet a classifié le Subutex en tant que drogue dure, car il a omis le côté thérapeutique de ces comprimés. Le Subutex est avant tout un médicament. Les passeurs se retrouvent avec un statut de trafiquant de drogue alors que c’est la démagogie politique qui veut faire croire que le Subutex est une drogue. Il faut reconnaître une bonne fois pour toutes que le Subutex a la même vocation que la méthadone. Au lieu de renforcer la méthadone avec le Subutex, on a donné l’occasion aux mafieux de se positionner sur un autre marché », soutient le président de l’A.I.D.E.

Joël Toussaint revient sur le cas de Katia Terminet et estime qu’il est inacceptable qu’après 21 mois de détention, la jeune femme soit libérée par manque de preuves. « Tout ce qu’a révélé l’affaire Terminet est la méthode inefficace de la police mauricienne. Il est urgent que nos législateurs considèrent la mise en pratique du système du juge d’instruction », dit-il.­­








Last modified on Wednesday, 20 March 2013 10:34
Le Défi Quotidien

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