Un lien a été mis en évidence par des chercheurs californiens, notamment entre l’orgasme ou la satisfaction sexuelle et l’âge avancé chez les femmes. C’est ce que révèle une étude publiée dans le numéro de janvier de la revue scientifique The American Journal of Medicine. La satisfaction sexuelle, chez les femmes actives ou non, serait amplifiée avec l'âge, notamment chez les femmes les plus mûres, et ce, malgré un faible désir sexuel. Pour les besoins de cette recherche, les chercheurs de l'Université de Californie ont évalué l'activité sexuelle et la satisfaction sexuelle de 806 femmes dont l'âge médian a été fixé à 67 ans.
L’étude montre, dans un premier temps, que seules 40 % des participantes, dont un tiers des femmes sexuellement actives, ont déclaré ne jamais ou quasiment jamais ressentir de désir sexuel. Toutefois, la majorité des femmes sexuellement actives (67,1 %) affirment atteindre un orgasme régulièrement, voire à chaque rapport sexuel. Les femmes les plus âgées (plus de 80 ans) seraient même les plus satisfaites à ce niveau ! "Seule une femme sur cinq sexuellement active a déclaré ressentir un fort désir sexuel. Environ la moitié des femmes âgées de 80 ans ou plus a déclaré éprouver de l'excitation ou un orgasme la plupart du temps, sans avoir pour autant de désir sexuel.
En contraste avec le modèle linéaire traditionnel dans lequel le désir précède le sexe, ces résultats suggèrent que les femmes s'engagent dans une activité sexuelle pour des raisons multiples, qui peuvent inclure l'affirmation ou la subsistance d'une relation", expliquent les principaux auteurs de l'étude. Mais ces derniers précisent que l’activité sexuelle n’est pas toujours nécessaire à la satisfaction sexuelle. « Les femmes qui ne sont plus actives sexuellement peuvent trouver leur plaisir par la masturbation », précise Susan Trompeter, première auteur de cette étude. En d’autres mots, elle souligne que le manque d’activité sexuelle ne correspond pas toujours à la perte du plaisir.
La sexualité dépend de chaque femme
Le Dr Praveen Ramdaursing, gynécologue, lui, ne pense pas que les données de cette étude soient une généralité. Il estime que la satisfaction sexuelle chez les femmes après la quarantaine dépend de chaque femme. Pour lui, la libido est plus intense chez les jeunes femmes sauf qu’elles n’auront alors pas encore atteint la maturité sexuelle pour pouvoir en tirer profit. « En général, la jeune femme a des rapports sexuels par rapport à ses besoins. Elle apprend, au fil du temps, à mieux découvrir son partenaire. Les préliminaires durent plus longtemps puisqu’elle cherche à répondre aux désirs de son partenaire. Ce dernier aura lui aussi gagné en maturité pour en faire de même en retour », analyse-t-il.
Le gynécologue précise, d’autre part, qu’il faut tirer une ligne de démarcation entre sexualité et libido. Il souligne qu’avec l’âge, la libido chute chez la femme en raison de la baisse des hormones féminines. Quant à la sexualité, elle dépend de chaque femme. Si elle veut avoir une vie sexuelle active, elle y parviendra. Cependant, dit-il, après la ménopause, certains changements chez la femme peuvent contribuer à la baisse la satisfaction sexuelle : atrophie du vagin, sautes d’humeur, infection vaginale due à certaines maladies (par exemple, le diabète), obésité. «Les saignements menstruels irréguliers, le relâchement de la vessie ou de l’utérus peuvent également diminuer l’activité sexuelle chez la femme », précise-t-il.
Que pense le Dr Praveen Ramdaursing de la sexualité des Mauriciennes de cette tranche d’âge ? Notre interlocuteur avoue ne pouvoir faire une analyse en profondeur sur la question puisque la sexualité demeure toujours taboue à Maurice. N’empêche qu’il dit avoir constaté une baisse d’activité sexuelle chez les Mauriciennes de 40 ans à monter.
Il attribue cela à plusieurs facteurs : manque de loisirs, diabète, hypertension artérielle, obésité, infections urinaire et vaginale, responsabilités socio-économiques accrues, engagements auprès de leurs enfants et la peur des ragots. « Le rôle du partenaire de la femme est primordial pour lui permettre d’être satisfaite sexuellement. Il doit l’aider. Or tel n’est pas toujours le cas puisque l’homme tend à voir sa femme vieillir tout en oubliant qu’il vieillit lui aussi. Il ne coopère alors point avec elle, soucieux uniquement de son propre plaisir sexuel ‘’, avance notre interlocuteur.
Virginie Corsini, psychologue : « Une femme, même mère, reste une femme »
> Quels sont vos commentaires sur cette étude américaine sur la sexualité féminine ?
La satisfaction sexuelle dépend surtout de l’expérience des femmes et de leur maturité. Mieux elles connaissent leur corps mieux elles sauront atteindre leur plaisir. Par expérience, je ne veux pas dire qu’il faut forcément qu’elles aient de nombreux partenaires, mais des partenaires de qualité, c’est-à-dire un partenaire qui les écoute, qui leur permet d’exprimer leurs désirs sans les juger.
> Quels sont les différents profils psychologiques des femmes par rapport à leur sexualité après la quarantaine?
Les modifications de leur corps et de ses sensations, dues à l'approche de la ménopause, sont souvent le moteur d'une introspection chez les femmes de cet âge. Elles sont à l'aube d'une nouvelle vie. Leur vie affective est stable, leurs enfants ont grandi, une étape souvent difficile à traverser pour une mère. La femme réalise que son corps perd de sa jeunesse et marque de plus en plus les années. Ce qui peut l’amener à perdre un peu confiance en elle et en son pouvoir de séduction, voire à craindre le regard des autres. De même, les variations des taux d’hormones (qui préfigurent l’arrivée de la ménopause) peuvent avoir un effet sur la libido, c’est-à-dire qu’elles éprouveront moins de désir. Mais ce n’est pas une généralité, d’autres femmes envisagent leur âge comme un avantage. En effet, elles se sentent plus matures, elles savent mieux ce qu’elles veulent et ont confiance en elles et en leur pouvoir de séduction. Les cougars font partie de cette catégorie de femmes.
> Leur condition psychologique par rapport à leur sexualité dépend-elle d'une certaine mesure, de leur conjoint ?
Le conjoint joue un rôle essentiel dans la sexualité, à la fois partenaire d’une vie, ami et amant. C’est à travers le regard de celui-ci que la femme mesure sa capacité à susciter le désir. Si le conjoint a un regard positif sur elle, s’il la désire encore, alors il sera plus facile pour elle d’éprouver à son tour du désir. Ce regard positif la confortera dans sa confiance en elle.
> Quels sont les facteurs psychologiques qui peuvent empêcher une femme d'avoir une vie sexuelle épanouie après la quarantaine ?
En premier lieu, il y a la perte de confiance en elle que nous avons déjà abordée. Mais il y a aussi les stéréotypes que véhicule la société. Une femme de cet âge est avant tout une mère respectable, elle ne doit plus avoir de sexualité ! Or une femme, même mère, reste une femme. À tout âge elle a le droit, si elle le souhaite, d’avoir une vie sexuelle. Parfois aussi, l’ennui peut s’installer dans un couple quand la routine s’installe, on fait l’amour à un rythme régulier, à la même heure, au même endroit et dans les mêmes positions. Alors il ne faut pas hésiter à en parler dans le couple, il y a de nombreuses solutions qui peuvent ranimer la flamme tout en restant dans le respect de l’autre
> Les retombées de cette étude américaine justifient-elles justement le comportement des cougars ?
Et pourquoi pas ! À cet âge, les enfants sont indépendants ou en passe de l’être, professionnellement les femmes sont stables, financièrement aussi, mais elles se sont séparées de leur conjoint pour de multiples raisons. Alors pourquoi les jugerait-on ? Nous trouvons cela super et valorisant quand un homme le fait. Les autres hommes sont presque envieux, cela ne nous choque pas quand nous croisons un homme d’une quarantaine d’années, voire plus, avec une femme plus jeune, nous ne nous retournons pas à leur passage dans la rue. Pourquoi stigmatiser les femmes qui ont les mêmes comportements ?
> L'apparence physique de la femme après la quarantaine a-t-elle un impact sur sa sexualité ?
Étant donné qu’à cet âge, le corps commence à marquer les années, il perd de sa souplesse et de sa force. La femme vit un changement dans l’image qu’elle a d’elle-même. Cela peut l’amener à perdre confiance en elle. Mieux elle acceptera son corps tel qu’il est, plus facilement elle vivra ce changement. Cela n’empêche pas qu’elle en prend soin. Si son conjoint a un regard positif et valorisant sur elle, elle se sentira mieux dans sa peau et dans son corps et cela se ressentira sur sa vie sexuelle.
Said Ameerbeg, sociologue : «C’est la société qui décide de la sexualité de la femme moins jeune »
Le sociologue Said Ameerbeg précise d’emblée qu’il est normal qu’il y ait des changements au niveau du comportement sexuel avec l’âge. Cela, en raison d’une santé précaire ou d’autres préoccupations majeures de la vie quotidienne. « Les hommes sont plus susceptibles de subir ces changements que les femmes. Les femmes âgées peuvent être moins actives sexuellement avec la tendance des hommes à apprécier ou épouser des femmes plus jeunes », observe-t-il.
Il note aussi que les gens ont tendance à se désintéresser de leur sexualité avec l’âge. « Ce comportement, bien présent dans les cultures asiatiques est aussi soutenu par la culture occidentale. De plus, les émissions de télévision et certains films ridiculisent les personnes moins jeunes par rapport à leur sexualité. Même le langage utilisé encourage ce comportement. Si un homme plus âgé est sexuellement actif ou s’intéresse au sexe, est il souvent considéré comme étant un pervers. Pour les femmes, c’est pire !
On leur colle toutes sortes de termes dégradants », souligne-t-il. Il renchérit en soutenant que beaucoup de gens pensent qu'une fois que quelqu’un atteint un certain âge, le sexe n'est plus une partie importante de sa vie. Ce regard de la société condamne, dit-il, surtout les femmes. « C’est la société qui décide de la sexualité de la femme moins jeune. Ce qui est malheureux est que nombreuses sont les Mauriciennes d’un certain âge qui cèdent aux pressions de la société. Or, apprécier sa sexualité est un droit naturel de l’être humain dès sa naissance jusqu’à sa mort. C’est aux Mauriciennes de le faire comprendre à la société », dit-il sans ambages.
Sécheresse vaginale – se faire soigner
La sécheresse vaginale est un trouble fréquent chez les femmes après la quarantaine. Elle perturbe considérablement son activité sexuelle. Le Dr Ramdaursingh soutient qu’elle peut être due à une infection vaginale ou à une baisse de certaines hormones. La bonne nouvelle est que ce trouble se soigne à travers des médicaments appropriés.
Les conseils de l’expert
Voici les conseils du Dr Ramdaursingh, en tant que gynécologue, aux femmes pour avoir une vie sexuelle épanouie : n Soyez toujours jeunes dans votre tête n Pratiquez régulièrement une activité physique pour prévenir les maladies qui risquent de perturber votre sexualité, dont l’obésité, les troubles cardiaques et le diabète n Consultez régulièrement votre gynécologue pour un suivi médical n Prenez des vacances régulièrement avec votre partenaire. Veillez à ce que vous partagez ensemble des moments de détente.
Témoignages
Agnelle, 40 ans : « Mes désirs sexuels sont devenus plus prononcés »
Cette employée d’une firme privée avoue vouloir vivre une sexualité plus active depuis qu’elle a eu 38 ans. « Mes désirs sexuels sont devenus plus prononcés. Mais mon mari ne parvient pas me comprendre. Il est d’avis que je suis devenue trop exigeante sur le plan sexuel. Mais il ne comprend pas que c’est plus fort que moi. Cela a eu un impact sur notre couple puisque nous ne nous entendons plus sur ce plan », confie-t-elle. Elle avoue que s’ils sont toujours ensemble, c’est surtout à cause des enfants. Ils en ont trois. « Mon mari m’a même dit que je pouvais chercher ailleurs puisqu’il n’était pas en mesure de répondre à mes besoins sexuels pour cause de soucis de santé. Je dois avouer qu’à un certain moment, j’ai failli craquer. J’étais sur le point de le tromper mais je me suis ravisée en pensant à nos enfants.
De plus, j’aime toujours mon époux malgré tout », nous dit Agnelle. Elle a ainsi choisi de se ressaisir pour le bien-être de sa famille. Que fait-elle pour maîtriser ses désirs ? « J’ai dû trouver une échappatoire : le sport. J’ai canalisé cette énergie sexuelle vers le jogging. Ce qui m’aide énormément », confie-t-elle. Cependant, elle avoue qu’elle éprouve parfois une certaine frustration par rapport à sa sexualité. « J’ai souvent des sautes d’humeur. C’est surtout mon mari qui en fait les frais », témoigne-t-elle. Ce qui ne fait qu’envenimer leur relation…
Salima, 42 ans : « Mes désirs sont les mêmes »
Cette femme fait partie de celles qui n’ont pas constaté de changement radical concernant leur sexualité. « Mes désirs sont les mêmes, ni plus ni moins. Je vis toujours pleinement ma sexualité sans qu’il y ait eu pour autant des besoins sexuels plus prononcés. Je ne suis pas aussi plus satisfaite sexuellement que lorsque j’avais vingt ans. Je suis comme ces nombreuses femmes qui n’atteignent pas toujours le nirvana lors des rapports sexuels…», nous confie cette quadragénaire, célibataire.




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