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Démission de Somas Appavou - Air Mauritius : les dessous d’un départ annoncé

Malgré certains projets, le CEO sortant laisse un paille-en-queue dans le rouge.

Après un peu plus de deux ans et demi à la tête d’Air Mauritius, Somas Appavou jette l’éponge pour prendre de l’emploi ailleurs. Voici pourquoi…

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Le lundi 2 mars 2020, au matin, Somas Appavou a soumis sa démission au conseil d’administration d’Air Mauritius qui s’est réuni d’urgence, et cela cinq mois avant la fin de son contrat de trois ans, qui devait prendre fin en juin. Il prend de l’emploi dans une autre compagnie. S’il y a un point sur lequel tout le monde est d’accord, c’est que Somas Appavou connaît le secteur de l’aviation sur le bout des doigts. Lui-même pilote, il est détenteur d’une maîtrise en transport aérien et économie aérospatiale de l’École nationale de l’aviation civile et d’une maîtrise en mathématiques appliquées de l’université de Bordeaux II.

Or, au sein d’Air Mauritius, il y aurait eu des voix discordantes. Surtout auprès de ceux qui ont l’oreille du pouvoir. Depuis quelques semaines, les signes se multipliaient. Après 16 ans chez Airbus, où il a passé six ans comme Senior Sales Director, Somas Appavou dépose ses valises chez Air Mauritius, en juillet 2017, pour prendre en main les destinées d’une compagnie qui vacille et qui a besoin d’un bon coup de toilettage au niveau structurel. La tâche est ardue.

Entre des pilotes mécontents, des employés dont la grille salariale n’a pas été revue depuis un certain nombre d’années, des connexions aériennes qui sont opérées à perte, une concurrence de plus en plus présente dans le ciel mauricien et un baril de pétrole qui flambe, le travail semble titanesque. 

D’autant plus qu’il faut composer avec les sensibilités des uns et des autres. Des sensibilités qui ont transformé le poste de CEO en siège éjectable par excellence. Si Somas Appavou parvient à résoudre bien des équations et vient avec de nouveaux projets tels qu’une école de formation de pilotes, par contre, le chiffre d’affaires d’Air Mauritius reste dans le rouge. 

D’ailleurs, pour les neuf derniers mois de 2019, la compagnie enregistre une perte de 14,9 millions d’euros (Rs 600 millions). Même si c’est une amélioration par rapport au résultat précédent, au plus haut du gouvernement, le soutien vacille.

En décembre, Dev Manraj, secrétaire financier, devient président du conseil d’administration. Dans le même élan, Sherry Singh, CEO de Mauritius Telecom et proche du Premier ministre, Pravind Jugnauth, devient membre du Board de la compagnie. Moins d’un mois plus tard, le 16 janvier, le Bureau du Premier ministre décide, à travers le Board, de mettre en place un « Transformation Steering Committee » avec Sherry Singh pour le présider.

Cette instance a la tâche de poursuivre la grande réforme de la compagnie nationale d’aviation. Cela passe, entre autres, par l’évaluation des propositions du rapport de la firme spécialisée Centre for Asia Pacific Aviation India (CAPA), en collaboration avec PricewaterhouseCoopers, prônant une transformation d’Air Mauritius pour la rendre viable et profitable. Et comme le précise Sherry Singh dans un communiqué émis à sa nomination, il avait l’intention de mettre en place les mesures « en étroite collaboration avec Somas Appavou et le management ». La cohabitation Somas Appavou/Sherry Singh n’aura finalement duré qu’un mois et demi.

Somas Appavou : «Un départ après ‘mûre réflexion’»

somasDans un message interne au personnel d’Air Mauritius, Somas Appavou, qui qualifie son passage au sein de la compagnie de « belle et enrichissante expérience », explique les raisons de son départ. « Après presque trois années au sein d’Air Mauritius, de nouveaux défis dans le secteur de l’aviation et de la finance m’interpellent », explique-t-il. Cette décision, souligne Somas Appavou, « intervient après mûre réflexion et après des discussions avec le conseil d’administration ». Celui qui était encore Chief Executive Officer de la compagnie d’aviation lundi matin, reconnaît que celle-ci « connaît actuellement une situation difficile mais commence déjà à remonter la pente grâce au plan de transformation, dont les bases ont été jetées ». Les recommandations de la firme CAPA, soumises à la fin de l’année dernière, sont en effet en train d’être évaluées au niveau du conseil d’administration « et seront appliquées comme il se doit ». Dans son message, Somas Appavou remercie le personnel ainsi que ses proches collaborateurs. « Nous avons réussi à faire face à de nombreux challenges, dont le plus important demeure la révision du Business Model d’Air Mauritius ».


Raja Buton redevient officer-in-charge

Le retour de Raja Buton au poste d’Officer-in-charge ne surprend guère chez Air Mauritius. Nommé avec effet immédiat par le Board de la compagnie, celui qui est déjà Chief Operating Officer de la compagnie reprend des responsabilités dont il a déjà l’habitude. Après la démission d’André Viljoen comme CEO en août 2015, il avait déjà été mis en charge d’Air Mauritius et cela jusqu'à l’arrivée de Megh Pillay en février 2016. Et quand ce dernier est poussé à la porte de sortie en novembre 2016, c’est encore une fois Raja Buton qui prend les commandes, et cela jusqu'à l’arrivée de Somas Appavou en juin 2017.


Douze CEO depuis sa création

Depuis sa fondation, il y a 43 ans, Air Mauritius a connu 12 Chief Executive Officers. Ce poste était plutôt stable avec trois CEO en 33 ans (Amédée Maingard, sir Harry Tirvengadum, Nash Mallam Hassam) jusqu’à l’an 2000. Depuis, Air Mauritius a connu 9 CEO. En moyenne, la durée de vie d’un CEO à la compagnie nationale d’aviation est d’un peu plus de deux ans. Ci-dessous la liste de tous ceux qui ont dirigé Air Mauritius depuis sa création :

Amédée Maingard    fondateur et PDG d’Air Mauritius en 1967

Sir Harry Tirvengadum    1978-1996

Nash Mallam Hassam     1996-2000

Vijay Poonoosamy     2000-2001

Vinod Chidambaram     2001-2003

Megh Pillay     septembre 2003 - octobre 2005

Nirvan Veerasamy     20 octobre 2005-30 septembre 2006

Manoj Ujoodha     20 novembre 2006 – 30 septembre 2010

Soobhiraj Bungsraz     1er octobre 2010-8 décembre 2010

André Viljoen     8 décembre 2010-21 août 2015

Megh Pillay     24 fevrier 2016- 10 novembre 2016

Somas Appavou    20 juin 2017- 3 mars 2020


Réactions 

Megh Pillay : « Une compagnie aérienne doit être sous le contrôle d’un directeur général »

meghSuite au départ de Somas Appavou, nous avons sondé ceux qui suivent de près l’évolution d’Air Mauritius.  Nous avons ainsi donné la parole à Megh Pillay, Jack Bizlall, Awadh Balluck et Bissoun Mungroo. 

Megh Pillay, ancien Chief Executive Officer de la compagnie nationale d’aviation, affirme qu’une compagnie aérienne doit impérativement être sous le contrôle direct d’un directeur-général qui détient tous les pouvoirs exécutifs. Selon lui, le CEO d’Air Mauritius est désigné et enregistré, dès sa nomination, comme l’Accountable Manager de MK auprès de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI). « Il devient ainsi mandataire auprès des autorités régulatrices mondiales des espaces aériens survolés et des aéroports desservis par ses avions. Ces instances ne tiennent que de lui, et de personne d’autre à Air Mauritius, comme garant du bon déroulement des vols opérés par ses avions, 24h sur 24 et 7 jours sur 7 » précise-t-il. C’est lui qui devra répondre aux exigences et prendre des décisions.  Megh Pillay souligne qu’un CEO ne peut se cacher derrière des comités.

« S’il n’est plus responsable de la sûreté et de la sécurité des vols, alors il doit partir. Il serait dangereux de rester en poste et continuer à faire semblant quand en réalité il est chaperonné par d’autres et qu’il ne jouit plus de pouvoirs exécutifs », affirme-t-il. Selon lui, Somas Appavou a pris la bonne décision. Il se dit triste pour la compagnie et ses employés qui bossent dur contre vents et marées. « Malheureusement pour eux et pour le pays, il n’y aura pas de lumière au bout du tunnel aussi longtemps que les règles de la bonne gouvernance d’entreprise seront ignorées et que le véritable pouvoir exécutif de MK soit basé hors du Paille-en-Queue Court », dit-il.


Évolution de l'action Air Mauritius sur cinq ans

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Jack Bizlall : «J’espère qu’un professionnel sera appelé à diriger Air Mauritius»

jackLe conseiller technique de l'intersyndicale d'Air Mauritius, Jack Bizlall, souligne que la compagnie a tellement des ressources que même s’il y a des gabegies, cela ne va pas l’affecter. « On est en train de détruire un instrument important de notre économie », affirme-t-il. Il indique qu’on ne manque pas de gens sur le marché pour diriger cette entreprise et il espère que le gouvernement va choisir un professionnel de calibre pour la diriger.


Bissoon Mungroo : «Rien de nouveau qu’un CEO quitte la compagnie»

bissoonL’ancien membre du conseil d’administration, Bissoon Mungroo, souligne qu’il y a des hauts et des bas au sein d’une compagnie. « Il y a certaines personnes qui peuvent s’adapter, alors que d’autres non. C’est une question d’appréciation », explique-t-il. Ce dernier affirme que ce n’est pas quelque chose de nouveau qu’un CEO quitte la compagnie. « On doit s’adapter au modèle qu’il y faut. On doit pouvoir négocier. »


Awadh Balluck : «La compagnie est pourrie en termes de gestion»

awadhLe président de la Listed Companies Minority Shareholders Association, Awadh Balluck, estime que la compagnie est « pourrie en termes de gestion ». « Dès que la compagnie a des problèmes, le recours c’est d’aller chercher des consultants. Si on fait cela, alors il faut contracter », précise-t-il. Il affirme que plusieurs CEO ont été éjectés et cela coûté énormément à la compagnie. Il déplore le fait que les Executive Vice- Presidents d’Air Mauritius restent en poste malgré le fait qu’un CEO parte. 

 

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