Démocratie : la crédibilité des institutions en chute libre

Par Ronnie Antoine O commentaire
Amédée Darga

Les Mauriciens perdent confiance dans les institutions qui doivent représenter ou protéger la démocratie, selon le dernier sondage de Straconsult. Si 72 % et 67 % des personnes interrogées faisaient confiance aux cours de justice et à la Commission électorale, respectivement, en 2014, ces chiffres ont dégringolé à 51 % et 45 %.

Le dernier sondage de Straconsult pour le compte d’Afrobarometer, un réseau de recherche panafricain, réserve des surprises qui ont de quoi inquiéter. En effet, la confiance des Mauriciens dans les institutions et leur satisfaction quant à la démocratie a connu une chute dramatique depuis le précédent sondage, en 2014. Réalisé en octobre 2017, le dernier sondage indique une chute de confiance dans les cours de justice de 72 % à 51 % et dans la Commission électorale de 67 % à 45 %. Les premiers résultats du sondage ont été présentés le mardi 6 février, à Ébène, par Amédée Darga, directeur de Straconsult.

Confiance dans les institutions

La question concernant la confiance dans les institutions frappe particulièrement la classe politique et les institutions liées, ainsi que quelques autres piliers de la démocratie mauricienne, notamment les cours de justice. Les chiffres les plus parlants sont donnés dans le tableau 1.

L’opposition et le gouvernement sont au plus mal en ce qu’il s’agit de la confiance accordée par le public, étant quasiment à égalité. La cote personnelle du Premier ministre, Pravind Jugnauth, est à peine meilleure. Il fait jeu égal avec l’Assemblée nationale, qui a connu une chute libre depuis 2014. La présentation en direct des travaux y est pour quelque chose, selon Amédée Darga. Il faut souligner que la Public Service Commission (PSC) et la Commission anticorruption (Icac) ne figuraient  pas dans le sondage en 2014 et il est impossible de dire si le crédit que leur accorde le public en général a aussi chuté.

Ce qui a, par contre, retenu le plus l’attention, c’est la perte de confiance dans les cours de justice et la Commission électorale. Un représentant de la Commission, présent lors de la présentation, n’a pas caché son étonnement concernant ce déclin. Amédée Darga s’est aussi dit inquiet quant à la perte de confiance dans les cours de justice, mais a tout de même rappelé qu’un bon nombre d’électeurs ont toujours été convaincus qu’il est possible de retracer les bulletins de vote.

Libertés politiques

Quand on associe cette érosion de la confiance des Mauriciens dans les institutions aux réponses concernant les libertés politiques, un tableau commence à prendre forme. Les enquêteurs d’Afrobarometer ont demandé aux sondés à quelle fréquence les personnes doivent faire attention à ce qu’elles disent sur la politique, faire attention à l’organisation politique qu’elles rejoignent ou encore, leur façon de voter.

Le fait que 73 % des sondés estiment qu’il faut faire attention à la manière de voter rejoint la chute dans la confiance accordée à la Commission électorale.

Performance des leaders

Il faut aussi relever une apparente contradiction dans le sondage. Si les Mauriciens n’ont pas confiance dans leur classe politique, ils affichent tout de même une satisfaction moyenne quant à leurs performances.

On est loin des chiffres catastrophiques sur la confiance et, selon Amédée Darga, on peut estimer qu’un officiel a bien géré tel ou tel dossier durant l’année sans pour autant lui accorder sa confiance, notamment concernant ce qu’il ou elle a pu faire dans le passé.

Soutien à la démocratie

D’autres questions d’ordre plus général indiquent aussi une baisse dans le soutien au système démocratique. Si 82 % des sondés déclaraient en 2014 que la démocratie était le système de gouvernement préférable, ce chiffre est tombé à 77 %.

Le niveau d’éducation semble être un facteur important pour cet indicateur, vu que le soutien pour la démocratie augmente avec le degré d’instruction. Si seuls 59 % des sondés n’ayant pas d’éducation formelle soutiennent que la démocratie est préférable, ce chiffre passe à 71 % pour ceux qui sont passé par l’école primaire, à 79 % pour ceux qui ont fréquenté le secondaire et 85 %, au-delà.

69 % des Mauriciens estiment aussi qu’il vaut mieux avoir un gouvernement transparent (accountable) plutôt qu’efficace, 24 % pensent le contraire. Dans le même ordre d’idée, 75  %  estiment qu’il est important d’avoir de nombreux partis politiques pour donner le choix aux électeurs, alors que 20 % estiment que les partis multiples ne font que semer la division et ne sont pas nécessaires.

Niveau d’Éducation déterminant

Malgré les réserves exprimées, il semble que la majorité des Mauriciens considèrent qu’ils vivent bel et bien en démocratie. Seuls 4 % des sondés ont déclaré que Maurice n’était pas une démocratie. 23 % trouvent que le pays est une démocratie à part entière, 45 % sont d’avis qu’il est une démocratie avec des problèmes mineurs et 24  % qu’il est une démocratie avec des problèmes majeurs.

Toutefois, le nombre de Mauriciens se disant satisfaits de la démocratie est passé de 66 % à 51 % alors que les non-satisfaits sont passé de 30 % à 45  %. De plus, 43 % des habitants des régions urbaines se disent satisfait du niveau de démocratie, alors que le taux de satisfaction dans les régions rurales est de 58 %. L’e niveau d’éducation joue aussi : 71 % des non-éduqués sont satisfaits, alors que seuls 57 % de ceux ayant reçu une éducation post-secondaire le sont.

Limitation du mandat de Premier ministre

Une autre question qui est dans les débats publics depuis quelques temps figure aussi dans le sondage : la limitation des mandats de Premier ministre. 70 % des Mauriciens sont pour, alors que 18  % s’y opposent. Toutefois, la différence entre les Mauriciens vivant en région urbaine et rurale est assez importante sur la question : 84 % des Mauriciens vivant en région urbaine sont pour la limitation, alors que seulement 64 % de ceux vivant en région rurale le sont. C’est le phénomène inverse qui s’opère chez ceux qui sont contre :  9 % sont contre  en milieu urbain, alors que ce chiffre passe à 24 % en milieu rural.