Dénoncé devant la commission sur la drogue : Gulbul a avisé le PM de sa démission mardi

Par Vel Moonien O commentaire
Raouf Gulbul

Ancien candidat malheureux de l’Alliance Lepep, Raouf Gulbul a soumis sa démission de l’instance régulatrice des jeux de hasard à l’issue des graves allégations portées contre lui devant la commission d’enquête sur la drogue.

Il semblait jouir du soutien indéfectible du Premier ministre dont il a été l’avocat dans l’affaire MedPoint. Miné par des allégations proférées contre lui par deux de ses confrères au barreau devant la commission d’enquête sur la drogue, l’avocat Raouf Gulbul a fini par démissionner de la présidence de la Gambling Regulatory Authority (GRA) et de la Law Reform Commission (LRC) mercredi.

La veille, cet ancien candidat malheureux du Mouvement socialiste militant aux dernières élections législatives a rencontré Pravind Jugnauth. Il lui aurait alors fait part de sa décision d’abandonner la présidence de ces deux institutions. Dans ses lettres adressées respectivement au chef du gouvernement et à l’Attorney General, il prend le soin de souligner qu’il démissionne de « son propre chef » pour des « raisons personnelles ».

Raouf Gulbul justifie cette posture par le fait qu’il ne souhaite nullement embarrasser la GRA ou la LRC face aux allégations formulées contre lui depuis cinq derniers mois par un ex-condamné, une trafiquante de drogue, son ancienne junior, son neveu ainsi que les avocats Samad Golamaully et Ashley Hurhangee. Le premier, Joseph Jacharie Bottesoie, l’a accusé de lui avoir proposé une forte somme d’argent pour qu’il n’implique pas le trafiquant Rajen Velvindron dans une affaire de drogue.

La deuxième, Parwisa Bibi Amina Jeeva, a soutenu qu’elle avait été défendue par Me Raouf Gulbul grâce à l’argent du caïd Peroomal Veeren dont elle avait été amoureuse. L’avocat, dit-elle, lui a demandé de ne pas impliquer le trafiquant de drogue à qui elle rendait visite à la Prison centrale en se présentant comme sa « fiancée ». L’avocate Tisha Shamloll a, elle, fait état d’un voyage conjoint à La Réunion où Raouf Gulbul devait passer certains appels confidentiels vers Maurice afin qu’ils ne soient pas retracés.

La jeune femme a évoqué un voyage en Inde où elle aurait remis de l’argent à l’ex-trafiquant de drogue indien Fazal Husein à la demande de Raouf Gulbul. Elle a aussi soutenu que l’avocat lui a recommandé de bien prendre soin de Peroomal Veeren. Auditionné la semaine dernière, le neveu de Raouf Gulbul, Riaz Gulbul, a indiqué avoir déjà réceptionné Rs 1,5 million en espèces de la mère de Peroomal Veeren pour assurer la défense de Parwisa Bibi Amina Jeeva.

Dernières salves

Les dernières salves sont venues de Samad Golamaully et d’Ashley Hurhangee en début de semaine. Le duo a œuvré lors de la dernière campagne électorale dans la circonscription Port-Louis Maritime/Port-Louis Est (n° 3) aux côtés de Raouf Gulbul. Samad Golamaully allègue que c’est Raouf Gulbul qui a demandé à Peroomal Veeren d’impliquer le Premier ministre dans le financement du trafic de drogue à Maurice lors de son audition d’il y a trois mois devant la commission d’enquête sur la drogue.

Samad Golamaully a aussi affirmé que Peroomal Veeren a contribué Rs 9 millions à Rs 10 millions à la campagne de Raouf Gulbul en croyant qu’il pourrait réclamer la réouverture de son procès en devenant Premier ministre adjoint. Il a ajouté que son chauffeur, un dénommé Salim Mohamed, – qui sera entendu ce jeudi – a découvert une forte somme d’argent dans le sac noir déposé dans le coffre de sa voiture à l’issue d’une réunion avec le maulana Haroon à St-Pierre dans la nuit du 24 novembre 2014.

Autre allégation de Samad Golamaully et qui a été répétée par Ashley Hurhangee : les véhicules utilisés pendant la campagne de Raouf Gulbul ont été fournis par Khalil Ramoly. Ce proche du caïd Siddick Islam, dit Nerf, et qui travaille de concert avec le policier Shabeer Ahmad Goolamgouse – actuellement suspendu car il est sous le coup d’une enquête de la commission anticorruption pour blanchiment – serait de mèche avec Peroomal Veeren dans l’importation de drogue sur le territoire mauricien.

Les deux hommes de loi ont également fait état, devant l’ex-juge Paul Lam Shang Leen, des mêmes accusations mises en avant par le président de la commission lorsqu’il a interrogé Raouf Gulbul il y a 15 jours. Outre le fait que Raouf Gulbul aurait demandé à Peroomal Veeren d’impliquer le Premier ministre, Ashley Hurhangee a indiqué que l’équipe de campagne de l’avocat bénéficiait de repas gratuits de l’échoppe de Gloria Fast-Food de la rue Desforges à Port-Louis.

Cette échoppe est dirigée par Shahebzada Noormohamed Azaree, alias Dade, un ami de Navind Kistnah qui n’est autre que le bras droit de Peroomal Veeren dans l’importation des 157 kilos d’héroïne valant Rs 2,4 milliards et saisis à Port-Louis en mars. Il est actuellement détenu dans l’affaire des Rs 18,9 millions d’héroïne réceptionnée à l’aéroport de Plaisance par l’agent du Passport and Immigration Office Moonsamy Govindasamy Basana-Reddi le dimanche 11 juin.

« Je me sens attaqué… »

Face à cette montagne d’accusations, Raouf Gulbul soutient que Samad Golamaully et Ashley Hurhangee lui en veulent car ils n’ont obtenu aucune nomination du gouvernement de l’Alliance Lepep. Il se dit « déçu » des accusations portées par ses deux confrères qu’il a personnellement représentés dans plusieurs affaires. « Maintenant que je suis libre, je peux faire des déclarations qui ne porteront pas atteinte aux institutions de l’État que j’ai représentées », déclare l’ancien magistrat qui s’interroge sur les motivations de ses deux anciens collaborateurs.

« Il y a des contradictions dans leurs allégations, surtout sur le fameux sac. À un moment, ils font croire que le sac a été donné dans la maison où j’ai rencontré le maulana Haroon. Ensuite ils évoquent une autre maison. Ils disent que le sac a été déposé dans le coffre de la voiture d’Athon Murday, puis dans celle de Samad Golamaully, mais ils ne disent pas qui a finalement pris l’argent… La somme de Rs 10 millions aurait nécessité plusieurs sacs, pas un seul », déclare Raouf Gulbul.

« Ce qu’ils ont dit me bouleverse. Ils ont utilisé des mots vulgaires, dégradants et humiliants qui me troublent. Ces propos me blessent. Je me sens attaqué dans ma dignité », dit-il.