Devanand Ramjuttun (syndicaliste) : «Encore loin du salaire décent»

Par Mario Boutia O commentaire
Devanand Ramjuttun

Devanand Ramjuttun, négociateur du Joint Negotiating Panel de l’industrie sucrière et de la General Trade Unions Federation, reconnaît que le gouvernement a fait un gros effort pour améliorer le pouvoir d’achat des salariés. Mais il estime qu’on est encore loin du salaire décent et prévoit une année difficile pour les travailleurs de l’industrie sucrière en 2018 avec les négociations sectorielles.

Dans certains milieux on affirme que les travailleurs ont été bien gâtés cette année avec l’octroi du salaire minimal, une compensation salariale de Rs 360 et l’impôt négatif. En tant que syndicaliste, que leur répondriez-vous ?
D’abord, je leur dirai que bien qu’ils savaient que bon nombre de travailleurs se vautrent dans la misère et que l’écart salarial ne cesse de grandir entre les riches et les pauvres, des politiciens, qui étaient au pouvoir nous ont toujours promis des lendemains meilleurs. Mais qu’ils n’ont jamais eu la volonté politique pour corriger une telle injustice. On doit reconnaître l’effort du gouvernement de Pravind Jugnauth visant à améliorer le sort des travailleurs se trouvant au plus bas de l’échelle. Outre l’introduction du salaire minimal qui prend effet en janvier 2018, il y a aussi la compensation salariale de Rs 360 et le paiement de l’impôt négatif. Cela va améliorer les conditions de vie des travailleurs mais qu’on est encore loin d’un salaire décent.

Se basant sur les événements de 2017, pensez-vous que 2018 s’annonce meilleure pour les travailleurs ?
Je vais être franc. Aussi longtemps qu’on n’aura pas amendé les lois du travail comme promis par le gouvernement, les travailleurs continueront à subir le diktat du patronat. Par exemple, à quelques jours de Noël, des travailleurs se plaignent de n’avoir pas encore reçu leur boni de fin d’année et leurs salaires. Aujourd’hui, le patronat joue beaucoup la carte de la situation économique pour dégraisser son personnel. Ce qui explique que les travailleurs vivent constamment avec l’épée de Damoclès au dessus de leur tête. Je souhaite que le ministre du Travail, des Relations industrielles et de l’Emploi, introduise dans les plus brefs délais un projet de loi pour mieux protéger les travailleurs. Certes, leur pouvoir d’achat sera amélioré en 2018, mais toujours est-il, que leur sécurité d’emploi n’est toujours pas garantie avec ce que je qualifierai de pseudo-licenciements économiques. Il serait souhaitable que les autorités mènent une enquête en profondeur sur les compagnies qui déclarent faillite du jour au lendemain.

Qu’en est-il des négociations dans l’industrie sucrière pour un nouvel accord collectif ?
Contrairement aux années précédentes, les négociations ne sont pas centralisées, mais se font séparément au niveau de chaque compagnie sucrière. Cela fait suite à la dissolution de la Mauritius Sugar Producers’ Association (MSPA) en 2015. Les négociations ont débuté, le jeudi 14 décembre, à Terra et se poursuivront dans les autres compagnies en 2018. Je crains fort que les négociations soient très difficiles, surtout en ce qui concerne les salaires. Il se pourrait que chaque compagnie accorde des salaires différents à leurs employés pour le même travail. Ce qui n’est pas conforme aux provisions de l’Employment Right Act et les conventions du Bureau International du Travail.

C’est pour cette raison que nous avions réclamé l’intervention du ministre du Travail, Soodesh Callichurn et du ministre de l’Agro-industrie, Mahen Seeruttun pour que les négociations soient centralisées. Mais nous avons attendu en vain Je n’écarte donc pas une année difficile pour les travailleurs de l’industrie sucrière en 2018.

Quels sont selon vous les autres grands événements qui marqueront le monde du travail en 2018.
Pour moi, l’événement phare de 2018 sera les amendements qui seront apportés à l’Employment Relations Act et à l’Employment Rights Act. Certes, comme les années précédentes, le monde du travail sera marqué par d’autres événements, mais pour moi, le clou reste ce projet d’amendement des deux lois du travail, pour une meilleure protection des salariés. Je souhaite que le gouvernement tienne parole.