22 October 2014
Petites Annonces Gratuite
FacebookTwitterGoogle PlusLinkedin
Facebook Like
Sunday, 11 December 2011 12:06

Des bébés référés à l’hôpital par la CDU – Quand les infirmières deviennent des mères de substitution Featured

Rate this item
(2 votes)
Le nombre de bébés sous la charge de la Child Development Unit (CDU) ne cesse d’augmenter. Ces bébés, abandonnés ou retirés de force de la garde parentale, doivent parfois passer un séjour à l’hôpital. Ce sont alors les infirmières qui sont appelées à les materner et à devenir des mères de substitution.
Les infirmières postées dans les salles pédiatriques des hôpitaux sont souvent appelées à prendre soin des bébés malades qui leur sont référés par la CDU. Elles se transforment alors en mères protectrices. Pas question d’approcher ces bébés admis en salle ! Nous en avons fait l’expérience récemment lors d’une visite à l’hôpital Dr Jeetoo, à Port Louis. Nous nous sommes rendus à la salle pédiatrique pour aller voir deux bébés référés par la CDU à l’hôpital : Elizabeth (2 mois) et Salim (12 jours). Les prénoms sont fictifs.

« Oui, ki sanla ou inn vinn visiter ? » nous demandent deux infirmières de cette salle, dès que nous nous sommes approchées d’Elizabeth, qui dormait paisiblement dans son berceau. Elle se trouvait juste devant les infirmières. Ce qui leur permet de garder un œil sur elle en permanence. Dès que nous avons tenté de les interroger sur ces bébés en tant que visiteurs, elles nous ont fait comprendre fermement que nous n’avions pas le droit de leur poser des questions.

Tristes histoires
Les parents dont les enfants étaient admis dans cette salle n’avaient eux aussi pas le droit de prendre dans leurs bras ces bébés sans leur permission.

Nous avons appris par la suite les tristes histoires de ces bébés. Elizabeth est née dans le même hôpital. Enceinte, sa mère disait toujours aux infirmières qu’elle ne pourrait s’occupait du bébé parce qu’elle n’avait pas de maison. Elle maintiendra, à la naissance de sa fille, qu’elle ne pourrait s’occuper d’elle. Elle leur dira que le père est un étranger qui n’était plus au pays. Elle a quitté l’hôpital en laissant sa fille aux soins des infirmières. La CDU l’a placé dans le shelter La Colombe pour les enfants à Pointe-aux-Sables.

Quant à Salim, il y a été admis à l’hôpital par la CDU peu de temps après sa naissance, suite aux doléances des proches de sa mère. Ces derniers auraient déclaré qu’elle aurait laissé ses deux autres enfants à la maison sans surveillance, lorsqu’elle était à l’hôpital. Une enquête de la CDU a permis aux officiers de conclure que la mère laissait souvent ses enfants en bas âge seuls à la maison.

La CDU les a pris sous sa garde, reprochant à leur mère d’être négligente. Elle serait une toxicomane. Cette dernière conteste la décision de cette autorité et réclame la garde de ses enfants. C’est la justice qui tranchera dans quelques jours. Elizabeth a passé quelques jours à l’hôpital pour cause de gastro-entérite. Quant à Salim, il y est resté plusieurs jours pour cause de forte fièvre. Il est aussi porteur du virus de l’hépatite C.

Le Dimanche/L’Hebdo a rencontré deux infirmières pour recueillir leurs témoignages par rapport à la prise en charge de ces bébés sous la garde de la CDU. Pamela Gaspard compte 15 années de service comme infirmière. Elle est postée à l’unité pédiatrique d’un établissement hospitalier. Elle précise d’emblée que ses collègues et elle-même sont tenues à ne pas faire la distinction entre les enfants référés par la CDU et les autres en termes de soins.

« Nous essayons tant bien que mal de leur donner la même affection. Ce qui n’est pas toujours évident puisqu’au fond, nous sommes conscientes que ces bébés n’ont pas de parents. Il faut leur donner beaucoup d’amour. Ce qui contribue largement à leur guérison puisqu’ils ont besoin d’être aimés », dit-elle.

« Nous devenons ainsi presque leurs mères tout en restant avant tout des infirmières. Nous leur donnons leur biberon et nous les changeons comme leurs mères. Mais nous leur donnons en même temps des soins en tant qu’infirmières », ajoute-t-elle. Comment ne pas s’émouvoir à la vue d’un bébé, de surcroît qui n’a pas de famille ? C’est alors l’instinct maternel qui prend le dessus chez ces infirmières.

Chaleur humaine
Ainsi, malgré la fatigue, elles trouvent le courage de  prendre soin de ces bébés, peu importe le nombre. « Nous veillons sur eux en permanence. Ils doivent toujours être dans notre champ de vision pour nous assurer de leur sécurité. Nous allons les voir dès qu’ils pleurent pour prendre soin d’eux. Mais de l’autre côté, ce n’est pas uniquement la fibre maternelle qui nous pousse à le faire. C’est aussi tout simplement le devoir », raconte-t-elle.

Il arrive aussi aux autres mamans accompagnant leurs enfants malades d’aider les infirmières, particulièrement le soir, lorsqu’il y a plusieurs bébés envoyés par la CDU à l’hôpital. Elles donnent un peu de chaleur humaine à ces bébés lorsqu’ils pleurent. Pamela Gaspard précise toutefois qu’il est essentiel aussi de voir ces cas avec du recul. « Sinon, nous risquons nous-mêmes d’en être affectées car il s’agit de cas tragiques », fait-elle ressortir.

Devi Shibduth : « Je devenais instinctivement leur maman »
Devi Shibduth compte 18 années de service et a travaillé pendant plus d’un an à l’unité pédiatrique. Elle est actuellement postée à l’unité des soins intensifs. Si elle est appelée à retourner à la pédiatrie, elle avoue que cela l’enchantera beaucoup. Rien que pour être en mesure de donner un peu d’amour aux enfants vivant dans des abris de la CDU lorsqu’ils sont hospitalisés.
Elle qualifie d’inoubliables ces moments qu’elle a partagés avec ces enfants.

« Ce sont des moments qui resteront gravés dans ma mémoire. Je me réjouis d’avoir pu surtout donner de l’affection aux bébés issus de ces abris. Cela, en dépit du fait que j’étais parfois surmenée. Je demandais toujours du courage à Dieu pour pouvoir m’occuper de ces bébés parce qu’ils avaient besoin de nous. Je devenais instinctivement leur maman »,  confie-t-elle.

C’est l’instinct maternel qui la poussait justement à apporter des vêtements et des friandises pour les enfants. « Tous les enfants méritent indistinctement le bonheur, peu importe leur race ou leur couleur. Cela me fend donc le cœur de voir tant de bébés abandonnés ou maltraités de nos jours. Tout ce que je souhaite, c’est qu’ils finissent par être heureux un jour », dit l’infirmière.

Virginie Bissessur-Corsini, psychologue : « Un nouveau-né ressent l’absence de ses parents »
Un bébé qui n’a pas ses parents à ses côtés est psychologiquement affecté. C’est ce que fait ressortir Virginie Bissessur-Corsini, psychologue. Elle explique que le bébé reconnaît surtout la voix de ses parents, à force de l’avoir entendue lorsqu’il était dans le ventre de sa maman.

À sa naissance, le bébé a besoin d’entendre cette voix pour se sentir en sécurité. « Le fait de ne plus l’entendre lui fait subir un certain traumatisme. D’ailleurs, n’importe quel bébé qui vient au monde souffre d’un traumatisme. Car, il doit s’habituer à son nouvel environnement  qu’est le monde extérieur. Il doit apprendre à respirer et s’adapter à la température ambiante. Il a alors besoin de ses parents pour être rassuré. Il est donc davantage traumatisé lorsqu’il n’entend plus la voix de ses parents, surtout celle de sa mère », explique-t-elle.

Elle ajoute cependant que le bébé a plus de chance de s’en remettre que s’il avait continué à subir la maltraitance, la négligence ou encore la violence de la part de ses parents. En d’autres mots, vivre sous la charge d’un centre est mieux que de vivre avec ses parents en de telles circonstances.

« Un nouveau-né ressent l’absence de ses parents. Ce qui le rend moins jovial et plutôt renfermé. Mais à force de grandir, il surmontera l’absence de ses parents. Il prendra alors pour mère biologique celle qui s’occupe de lui, que ce soit le ‘carer’ ou la mère adoptive. Toutefois, le mieux pour lui est qu’il finisse par être adopté au lieu de grandir dans un centre. À condition d’être aimé par ses parents adoptifs. Au cas contraire, il sera perturbé de voir ses amis avec leurs parents alors que lui n’en a pas. Ce qui risque d’avoir un impact sur sa vie d’adulte », dit la psychologue.

Selon la CDU – Hausse du nombre de bébés abandonnés
Combien de bébés se trouvent actuellement dans le shelter La Colombe ?
Nous en avons 23.

Qui s'occupe d'eux ?
Ce sont les Child Caregivers, employés par le National Children’s Council, qui prennent soin d’eux

Comment se passe la communication entre la CDU et le personnel hospitalier lorsque ces bébés sont hospitalisés ?
Il y a une bonne collaboration entre nous. Quand les enfants sont malades, ils sont référés aux différents hôpitaux, accompagnés par des Child Caregivers. Il y a une bonne prise en charge par le personnel hospitalier. Au niveau du ministère de la Santé et celui du Développement de l’Enfant, il y a des réunions qui se tiennent régulièrement pour veiller à la bonne collaboration entre les deux parties.

Ces bébés ont-ils droit aux visites ?
Cela dépend généralement des cas. Les visites sont autorisées, mais avec certaines restrictions. Les officiers de la CDU, les Child Caregivers et dans certains cas où les parents ne sont pas accusés d’abus, eux aussi ont droit aux visites.

Les parents, s'ils sont disponibles, sont-ils informés de leur hospitalisation ?
Cela dépend du cas. Si ce sont les parents eux-mêmes qui sont les agresseurs de l’enfant, ils ne sont pas informés. Il en va de même s’il y a un risque que les parents kidnappent les bébés. Cependant, s’il y a urgence ou que le bébé doit subir une intervention chirurgicale, les parents sont alors recherchés et en sont aussitôt informés.

Le problème de bébés abandonnés s’accentue-t-il chez nous ?
Malheureusement, c’est le cas. Les principaux facteurs qui y contribuent sont : plus de filles-mères et de mères célibataires ; l’abus de l’alcool et de la drogue ; la pauvreté ; les parents très instables qui démissionnent de leurs responsabilités.

Parmi ces cas, y a-t-il des bébés qui ont été retirés de la garde de leurs parents pour cause de négligence de leur part ?

Les bébés enlevés de la garde de leurs parents par la CDU sont principalement ceux qui sont victimes d’abus, de négligence, de maltraitance ou d’abandon.

Une meilleure collaboration souhaitée
Certaines infirmières, postées dans les salles pédiatriques, souhaitent une meilleure collaboration avec les officiers de la CDU. Elles déplorent par exemple le manque de communication entre elles et certains de ces officiers.

« Nous aurions aimé que ces officiers puissent nous informer au préalable avant de nous référer des bébés. Cela nous aurait permis de prendre des dispositions pour les accueillir. Nous faisons aussi un appel pour qu’ils les procurent des vêtements », souhaite l’infirmière.
Elle se plaint aussi de la distribution insuffisante de couches pour ces bébés. Par conséquent, les infirmières doivent toujours faire plusieurs requêtes auprès du personnel hospitalier.   





Last modified on Sunday, 11 December 2011 12:07
Radha Rengasamy-Jean Louis

Email This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.
Zero Tolerance

ZERO Tolérance

Les internautes qui voudraient commenter les articles qui sont publiés sur le site defimedia.info sont avisés qu'ils doivent éviter à tout prix d'utiliser des termes obscènes, racistes, communaux ou diffamatoires. La moindre utilisation d'un terme offensant entraînera le rejet automatique du commentaire soumis.

comments powered by Disqus

Cover Story Popular Articles

Google+