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Sunday, 17 February 2013 10:00

Aliments importés – Maurice n’est pas à cheval sur le contrôle Featured

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Savons-nous toujours ce qu’il y a dans nos assiettes ? Pas si sûr ! Ce qui se passe en Europe, ces temps-ci, avec le scandale de la viande de cheval laisse planer le doute. Une enquête de Le Dimanche/L’Hebdo révèle certains manquements au niveau du contrôle des aliments importés et vendus dans les grandes surfaces.
La psychose s’installe petit à petit chez nous, suite au scandale des plats préparés en France contenant de la viande de cheval à la place de bœuf. Plusieurs enseignes ont dû retirer du marché des lots de lasagnes surgelées au bœuf, fabriquées par la firme Comigel. Cela fait suite au constat qu’elles contenaient plutôt de la viande de cheval. La Suisse et l’Allemagne sont aussi concernées.

Pis encore ! Cette viande de cheval pourrait contenir de la phénylbutazone, un anti-inflammatoire pour chevaux, qui rendrait la viande impropre à la consommation. D’où la demande d’analyses approfondies venant de l’Union européenne. C’est en Angleterre que la supercherie a été mise au grand jour, suite aux analyses sur des lasagnes de la marque Findus. Les Britanniques ont été choqués par le fait que certains consommateurs ont mangé du cheval, « la plus noble conquête de l’homme ».

Les produits de la marque Findus, Picard, Auchan, Casino, Carrefour, Système U, Cora et Monoprix sont concernés par le scandale. Parmi, figurent les hachis Parmentier Casino et Monoprix, ainsi que des cannellonis et de la moussaka du distributeur Système U. Plusieurs produits de la marque Casino, Système U et Monoprix sont en vente chez nous dans certaines grandes surfaces.

Maurice n’est pas à l’abri d’un tel scandale. C’est l’avis du président de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs (Apec). « Si la France, un pays qui a des moyens de contrôle bien définis, a pu faire face à un tel problème, pourquoi pas nous ? La majorité des aliments dans les grandes surfaces sont importées. Nous ne pourrons pas savoir ce qu’ils contiennent. C’est facile pour les fabricants de tromper la vigilance des autorités et des consommateurs », commente Suttyhudeo Tengur.

Et de s’interroger sur le silence de la Consumer Protection Unit (CPU) sur la question : « Elle est censée protéger les consommateurs, mais elle n’a pas réagi jusqu’ici. Ce qui laisse planer le doute sur ce qui se vend dans les grandes surfaces. Or, c’est son devoir de rassurer les consommateurs. » Suttyhudeo Tengur estime qu’il est grand temps de donner force de loi à l’Observatoire des prix ; ce qui permettra à celui-ci, dit-il, d’avoir les pouvoirs nécessaires pour veiller à la qualité des produits alimentaires sur le marché local.

« Le rôle de l’Observatoire des prix n’est pas seulement de surveiller les prix, mais aussi de veiller à ce que les produits soient de qualité », insiste Suttyhudeo Tengur. Et d’ajouter que le fonctionnement de la CPU doit être revu de fond en comble afin de protéger davantage les consommateurs : « La CPU est dépassée. Elle ne peut plus répondre aux exigences du monde de la consommation ! »

Jayen Chellum, secrétaire général de l’Association des consommateurs de l’île Maurice (Acim), critique lui aussi les autorités mauriciennes de n’avoir pris aucune mesure suite à ce scandale de viande de cheval en Europe.

Il avance qu’elles auraient dû prendre les devants en faisant des descentes dans les grandes surfaces : « Ce qui leur aurait permis de confirmer si aucune des marques de produits incriminés n’est en vente chez nous. Et ce sont les autorités qui auraient dû faire le nécessaire pour analyser des échantillons de produits similaires disponibles en grande surface, ce dans le but de rassurer les consommateurs. Les officiers de divers ministères ne sont pas proactifs. »

L’Acim a-t-elle les moyens de financer ce genre d’analyses sur les plats surgelés ? Jayen Chellum répond que cette responsabilité incombe au gouvernement et non aux associations de consommateurs : « Nous n’avons pas les moyens financiers. Notre budget n’est nullement comparable à celui d’une association de consommateurs aux États-Unis, par exemple, où ils brassent plusieurs millions de dollars, ce qui leur permet de financer de telles analyses ».

Hemchand Beeharry : « Ces produits ne sont pas vendus chez nous »
La Food Import Unit (FIU), du ministère de la Santé, s’occupe de l’entrée des produits alimentaires animaliers sur le sol mauricien. Toutefois, le permis d’importation de ces produits est alloué par le ministère de l’Agro-industrie. C’est ce que précise Hemchand Beeharry, responsable de la FIU. Il assure que, si besoin est, des inspections seront faites dans les grandes surfaces afin de passer à la loupe les plats surgelés. « Nous pouvons assurer la population qu’aucun des produits incriminés n’est vendu chez nous. Mais notre laboratoire, le Government Analyst, n’est pas équipé pour effectuer ce genre d’analyses », précise Hemchand Beeharry. Et d’ajouter que le ministère travaillera de concert avec les autres autorités, notamment la CPU et le département vétérinaire du ministère de l’Agro-industrie.

Qui s’en soucie ?
C’est la « guéguerre » entre officiers des départements concernés par le contrôle des aliments chez nous. Ils se renvoient souvent la balle lorsque des produits alimentaires sont au centre d’une polémique. « Il faut qu’on cesse avec cette pratique. Chacun doit assumer ses responsabilités. Si nous voulons œuvrer pour les consommateurs, il nous faut travailler de concert », soutient-on. Notre enquête nous a permis de constater un manque de collaboration entre les diverses autorités.

La CPU nous a référés au ministère de la Santé qui, à son tour, nous a dit d’aller voir l’Agro-industrie. Celui-ci nous a renvoyés au ministère de la Santé. Une situation qui agace plusieurs officiers. « Certes, nous sommes concernés, mais comme cela concerne les animaux, il y a aussi le service vétérinaire du ministère de l’Agro-industrie. Les autres départements ont tendance à tout référer à la Santé et à fuir leurs responsabilités », soutient un officier. Finalement, qui s’en soucie ?

Impossible d’effectuer des tests
Nous n’avons aucun moyen d’effectuer des tests ADN sur de la viande cuite afin de l’identifier. Ce test est faisable uniquement sur de la viande crue. C’est ce que révèle une source non-officielle du ministère de la Santé : « C’est difficile, voire impossible, de prélever de l’ADN sur une viande cuite. Dans le cas de ce scandale de viande de cheval en France, ils ont d’abord remonté la filière pour chercher l’origine de la viande utilisée par le fabricant de ces plats surgelés. Des prélèvements d’ADN ont été effectués sur la viande crue fournie au fabricant. C’est ce qui a permis de confirmer qu’il s’agissait de la viande de cheval et non de celle de bœuf. »

Un autre fonctionnaire, concerné par le dossier de la consommation, avance que le contrôle sur ce que contiennent les produits alimentaires échappe de plus en plus aux autorités : « Tous les pays font face à ce scénario, puisque c’est la jungle en ce qu’il s’agit du commerce des aliments. Prenez un jus de pomme importé. Si jamais nous constatons qu’il contient un taux élevé de sucre, alors qu’il n’est pas censé contenir de sucre ajouté, nous ne pourrons incriminer ce jus, donc le fabricant. En principe, nous aurions eu à mettre la main sur la pomme utilisée pour l’analyser afin de déterminer sa teneur en sucre. Ce qui est impossible dans la pratique ».

Dans les grandes surfaces
Les marques des produits impliqués dans le scandale de la viande équine en France sont aussi en vente dans certaines grandes surfaces de l’île. Il s’agit des produits de la marque U, Casino et Monoprix. Cependant, à l’avis de Pascal Tsin, directeur du Super U de Grand-Baie, les produits concernés, soit Canelloni U 850 g et Moussaka U 1 Kg, fabriqués par la société Comigel (et aussi les lasagnes Findus), ne sont pas importés : « Les fournisseurs des produits U sont contrôlés par le service qualité de la centrale, ainsi que par des laboratoires indépendants. Les autorités vétérinaires françaises procèdent aussi à des contrôlés périodiques. »

En ce qui concerne la marque Casino, Salonee Boodram, assistante de direction chez Jumbo Score Phoenix, principal revendeur de cette marque, affirme que jusqu’ici, une excellente traçabilité a été mise en place sur le bœuf : « Tous les fournisseurs des produits de marque Casino sont en premier lieu audités par le International Featured Standard. Ce référentiel vérifie non seulement les critères sécuritaires, qui s’appliquent aux produits, mais aussi le respect des matières premières entrant dans la recette des produits. » Notre équipe s’est rendue à Monoprix. Sur place, un employé des rayons nous a informés que le hachis Parmentier à la viande de bœuf de la marque Monoprix « n’est plus disponible ». Nous avons essayé d’avoir l’avis du directeur et du responsable commercial, mais ils étaient « en congé ».

Jain Seegoolam : « C’est une nouvelle »
La Consumer Protection Unit (CPU), qui œuvre sous l’égide du ministère de l’Industrie, du Commerce et de la Protection des consommateurs, a pour principal objectif la protection des consommateurs. En rapport avec le scandale, en Europe, des plats surgelés à la viande de cheval, mais estampillés « bœuf », et qui concerne certaines marques de produits en vente à Maurice, Jain Seegoolam, Acting Head, affirme qu’au niveau de la CPU, personne n’est au courant : « Il s’agit d’une nouvelle, car nous n’avons pas été informés de cette pratique. C’est tout de même un sujet auquel nous devons accorder une attention particulière.

Dans de tels cas, c’est le ministère de la Santé qui s’en occupe. » Jain Seegoolam affirme qu’il s’agit d’un cas de faux étiquetage qui induit le consommateur en erreur. Il ajoute que, dans le passé, un cas de faux étiquetage a été recensé. Il s’agit de la gélatine d’origine animale estampillée « origine végétale », ainsi que des produits dits sans sucre qui contenaient du sucre : « En général, dans ce genre de situation, nous procédons à une saisie des aliments incriminés et les commerçants sont sujets à des poursuites judiciaires. Notre but est de faire respecter les droits des consommateurs ».

Emrith Aktar : « Aucune demande enregistrée »
Même son de cloche du côté de la Société générale de surveillance (SGS), entreprise spécialisée dans les analyses en laboratoire. Emrith Aktar, Regional Operations Manager, affirme qu’aucune demande n’a été enregistrée jusqu’ici : « Il se pourrait que ces demandes aient été adressées aux autorités locales. Mais en ce moment, nos filiales SGS à l’étranger reçoivent souvent de telles demandes d’analyses. » Le manque d’équipements pour analyser la viande se trouvant dans les produits surgelés est aussi un problème à la SGS.

Selon Emrith Aktar, les filiales offshore seront appelées à collaborer : « Quelques-unes en Europe le font déjà à l’heure actuelle, soit en interne, soit en collaboration avec des laboratoires partenaires ». Le coût d’une analyse ADN peut tourner autour de 160 euros, soit Rs 6 400, excluant la TVA et le fret. Le délai pour obtenir les résultats est de quatre à cinq jours, dépendant de la réception de l’échantillon au laboratoire.

Rashida  Nanhuck :  « Nous ne sommes pas équipés »
Selon Rashida Nanhuck, directrice par intérim du Mauritius Standards Bureau (MBS), qui a pour objectif d’assurer la qualité des produits et des services dans l’île, aucune demande d’analyse n’a été enregistrée jusqu’ici : « Nous sommes souvent appelés à faire des analyses pour déterminer le contenu de certains types de viande tels que le poulet, le bœuf, le mouton. Le prix de telles analyses est de Rs 1 600 par échantillon. En addition, le coût d’un test de protéine est à Rs 750 par échantillon, les autres tests varient entre Rs 500 et Rs 1 000. Mais nous ne disposons pas d’équipements pour effectuer des tests semblables à ceux utilisés pour révéler le scandale de viande de cheval en France.

 » Rashida Nanhuck soutient que, pour ce genre d’analyse, l’on utilise la technique d’électrophorèse pour déterminer l’ADN du produit animalier. Il s’agit d’une technique avancée : « Du fait que nous ne sommes pas équipés pour la pratique de l’électrophorèse, nous recherchons l’aide des laboratoires spécialisés. Le coût est alors estimé entre Rs 5 000 et Rs 7 000 par échantillon ».

MIcro-trottoir
Qu’en pensent les Mauriciens ?
Mahen Pokhun, Quatre-Bornes : « C’est tout un business »
« Je ne suis pas au courant de ce scandale, mais j’espère que cela ne concerne pas Maurice. La viande chevaline est à très bon marché. De ce fait, les fabricants choisissent cette pratique pour augmenter leurs profits. C’est une pratique frauduleuse et c’est injuste de duper les gens ainsi. »

Dominique Augustin, Curepipe : « Les consommateurs dupés »
« Je suis choquée d’apprendre qu’une telle pratique existe. Ce n’est pas normal de duper ainsi les gens. Je pense que les autorités doivent redoubler de vigilance et faire respecter les droits des consommateurs. J’espère que des mesures ont été prises à ce sujet. »

Rita, Mahébourg : « C’est malhonnête »
« C’est malhonnête de la part de ces entreprises. Je pense que le consommateur a le droit de connaître l’origine des aliments. Cependant, il est très difficile de prendre des précautions car, à notre niveau, nous dépendons des étiquettes. »

Luis Antonio, Curepipe : « Nous sommes impuissants »
« J’ai appris la nouvelle dans la presse. Mais nous ne pouvons rien faire en temps que consommateurs. C’est un abus de confiance de la part de ces fabricants. Les autorités mauriciennes doivent prendre des mesures afin d’éviter un tel scandale à Maurice. On devrait respecter les convictions des consommateurs. Je mange toutes les viandes sur le marché local. Mais les Mauriciens sont très sélectifs. »

Last modified on Sunday, 17 February 2013 09:10
Le Dimanche/L' Hebdo

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