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Sunday, 04 November 2012 11:42

Dev Virahsawmy : « Vasant Bunwaree cumule les maladresses » Featured

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Suite au rapport de Statistics Mauritius, qui fait état qu’un Mauricien sur 10 ne sait ni lire ni écrire, le linguiste Dev Virahsawmy tire la sonnette d’alarme et appelle à des réformes. Il ne manque pas d’égratigner au passage les lobbies tenaces.
> Le taux d’analphabétisme à Maurice est-il alarmant ?
Ces chiffres ne sont pas fiables. Le problème est beaucoup plus sérieux. Quelque 50 % de la population n’ont pas une « literacy » basique. Les chiffres officiels reposent sur une définition restreinte de la « literacy ». La définition de l’Unesco y relative est qu’une personne doit pouvoir écrire 150 mots sur elle-même. Pour que l’objectif soit atteint, il faut que ce texte soit lisible pour les autres. Selon mes recherches menées sur plusieurs années, je me suis rendu compte que bon nombre de Mauriciens ne peuvent le faire.

À Maurice, la définition de « literacy » se limite à savoir signer son nom. De plus, il y a une confusion entre scolarité et « literacy ». Or, tous les enfants scolarisés ne sont pas automatiquement « literate » à un âge où ils devraient l’être. Là encore, il y a des failles auxquelles on tarde à remédier.

> Quelques jours avant les examens du CPE, une fillette de 10 ans a confié à un journaliste qu’elle ne savait pas lire et qu’elle échouerait...
Il n’y a pas qu’elle, ils sont des milliers. D’autant que pour le Certificate of Primary Education (CPE), les questionnaires sont à choix multiples (multiple choice), un non-sens qui n’évalue pas la capacité de l’enfant à bien lire et écrire. Si cette tendance perdure, nous ne pourrons pas avoir l’ambition de devenir une high income economy, comme le souhaite le Premier ministre. Cette ambition repose sur la universal literacy, ce qui est loin d’être le cas à Maurice.

> Ce n’est pas une fatalité…
Certainement pas ! Il y a des réformes qui pourraient changer la situation. Mon projet de « literacy » fait ses preuves dans les écoles prévocationnelles du Bureau de l’éducation catholique (BEC). Nous avons travaillé avec des écoliers qui ont échoué le CPE à deux reprises. Nous les avons encadrés, avec leur langue maternelle comme médium d’enseignement. Trois ans après, ils peuvent lire, écrire et compter. Ils ont aussi fait des progrès en anglais.

Cette méthode privilégie le « bilinguisme réel » entre le kreol et l’anglais, ce qui peut aboutir à des résultats probants. J’entreprends le même travail avec les adultes en prison et nous constatons une réelle progression. Cette méthode est le résultat de 40 ans de recherches. Mais faut-il encore qu’il y ait la volonté politique d’apporter les réformes en profondeur dans le système éducatif.

Les politiques cèdent aux lobbies et peinent à amener des changements. Les parents sont aussi réfractaires ; ce qui arrange les enseignants. Au cas contraire : le business des leçons particulières pâtirait et ne serait plus rentable. Les intérêts des uns et des autres prévalent sur l’intérêt pédagogique des écoliers.

> L’obligation d’être scolarisé jusqu’à l’âge de 16 ans ne semble pas porter ses fruits. Plus de 5 000 enfants ne vont pas à l’école...
Il faut savoir comment susciter l’intérêt des jeunes d’aujourd’hui pour les amener à aimer l’école. Il ne faut pas uniquement s’assurer d’une présence, il faut leur proposer – surtout ceux qui peinent à suivre le système – un projet éducatif valable.

> Les examens du CPE laisseront encore des milliers d’enfants sur le bas-côté de la route. Les promesses de réforme sont-elles restées vaines?
Avec l’examen de la Form III, le CPE devra disparaître. Il faut se rappeler du contexte dans lequel le CPE a été introduit. Il était prévu pour 10 ans, mais les lobbies l’ont fait perdurer. À l’époque, il pouvait être pertinent car il y avait un manque de places dans les collèges. Cet examen de sélection pour accéder au secondaire était important. Ce n’est plus le cas. Le CPE n’a plus sa raison d’être !

> Que pensez-vous de la décision de renvoyer des contrôles à l’université à cause d’une fête religieuse ?
Il n’y a pas de vrai programme visant à construire l’identité nationale dans les écoles. L’enseignement du mauricianisme est encore un rêve. Un mouvement qui a pour vocation de promouvoir la construction de l’identité nationale n’a pas la même considération que celle dont jouissent les lobbies sectaires auprès des autorités.
Tout comme la nécessité d’apprendre aux jeunes les valeurs du mauricianisme est le cadet des soucis des enseignants et des parents. C’est malheureux !

> Le ministre Bunwaree a annon-cé que les collégiens pourraient bientôt étudier la météorologie. Ne pensez-vous pas qu’il y a d’autres aspects plus importants à inclure dans le programme d’études ?
J’ai connu, il y a quelques années, un ministre de l’Éducation dont la compétence était souvent remise en cause. Je me rappelle qu’il avait entrepris un combat contre les leçons particulières. Mais au final, il avait donné l’autorisation aux instituteurs d’en dispenser dans les salles de classe. Pour lui, la bêtise n’avait pas de limite.
Vasant Bunwaree ne fait pas mieux, il cumule les maladresses. Il faut ne rien comprendre aux enjeux nationaux pour soutenir de telles choses. Qu’en est-il du réchauffement climatique ? Ce qui peut avoir un impact important sur l’économie et le tourisme si le niveau de la mer monte… Ne serait-il pas plus intéressant de sensibiliser les collégiens à cette problématique ? Ou encore au concept Maurice Ile Durable ou au déclin du capitalisme ? Et bien des dossiers fondamentaux plus importants que la météorologie ?



Jane Lutchmaya

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