> Dans son discours de fin d’année, le Premier ministre a exprimé sa confiance dans la résilience de notre économie en 2013. Partagez-vous son optimisme ?
Jusqu’ici, on s’en est plus ou moins bien tiré. La question qu’il faut se poser : comment notre économie est-elle résiliente ? J’aimerais donner quelques éléments de réponse. L’endettement public étant à un niveau relativement acceptable, c’est-à-dire moins de 55 % du produit intérieur brut (PIB), le gouvernement a donc pu palier le manque d’investissements privés, en finançant lui-même des travaux d’infrastructure dont le pays a besoin.
Tout le monde aura constaté que l’appauvrissement en eau potable reste le parent pauvre du développement. Soulignons que le PM a fait de la fourniture d’eau une de ses trois priorités de l’année 2013. On ne peut que souhaiter que les actes vont suivre les paroles.
> Les autres éléments de réponse…
Il faut reconnaître l’apport des entreprises privées à l’économie mauricienne. Car si nous en sommes là depuis l’Indépendance, c’est parce qu’il y a eu des entrepreneurs qui ont osé lancer des projets… et des financiers qui ont osé prendre des risques. Puis, les Mauriciens ont su se débrouiller pour trouver des solutions lorsqu’il le fallait.
> Sera-t-elle toujours aussi résiliente ?
La situation économique reste grave. Nous devons donc redoubler d’efforts sous la houlette d’un leadership compétent et dévoué à la cause nationale. Il faut surtout que l’endettement demeure sous contrôle. Au niveau des entreprises privées, l’investissement s’est raréfié. On entend, dans certaines conversations, un sentiment de ras-le-bol devant la situation actuelle. Il est inquiétant de voir que certains Mauriciens envisagent d’émigrer ou que des jeunes ne reviennent pas après leurs études. Ou arrivent difficilement à s’implanter lorsqu’ils retournent au pays. La résilience n’est pas éternelle.
> Toujours est-il que Christine Lagarde du FMI vient de nous donner un certificat de satisfecit…
Dans le contexte actuel, le FMI a sur les bras des pays en déperdition et fortement endettés, ou des pays mal gérés en Afrique. Il n’est donc pas étonnant que Maurice soit bien vu. Mais nous ne devons pas nous contenter de ce satisfecit.
> Les observateurs économiques disent entrevoir une lueur d’espoir pour 2013. Vous en faites partie ?
La crise perdure depuis cinq ans. Il est donc normal qu’on veuille chercher des signes de reprise. Il semblerait qu’en Europe, ils ont compris qu’il fallait mettre de l’eau dans leur vin pour sauver la zone. En Chine et en Inde, cela ira mieux. Mais les États-Unis viennent d’éviter le mur budgétaire. L’économie mondiale a failli vivre une catastrophe.
> C’est quoi ce mur budgétaire ?
Il s’agit de chercher un accord entre Démocrates (Obama) et Républicains (Jim Boehner). L’ancien président George W. Bush avait voulu réduire les taxes, mais il n’a pu le faire. D’où sa décision d’avoir recours à un décret. Cette mesure prenait fin le 31 décembre 2012. L’autre aspect concerne les dépenses de l’État (entitlement) concernant les mesures sociales prônées par l’administration Obama. Il semble que les deux camps sont arrivés à un accord pour éviter plus de taxes et la réduction des charges sociales. Pour combien de temps ? Le déficit budgétaire des États-Unis est fort et ce pays est le maillon faible de l’économie mondiale.
> Pour la rentrée, on a noté un taux d’absentéisme de 33,5 % au sein de la Fonction publique. Est-ce normal ?
Ce n’est pas normal. Il y a un gros problème d’absentéisme, tant dans le secteur public que le privé. Le « lundi cordonnier » est toujours d’actualité, me semble-t-il. Le pays pêche au niveau de la productivité. Il est grand temps que ce concept s’enracine dans notre culture. Il faut faire ce qu’il y a à faire le mieux possible et rejeter le travail mal fait. Si j’étais un homme politique, je me serais assuré de bien faire mon travail. Il y a une indolence dans le pays.
> Les shopping malls poussent comme des champignons, mais plusieurs éprouvent des difficultés. Pourquoi ?
Le marché mauricien est petit. Notre économie est basée sur l’exportation, alors que les shopping malls reposent sur l’importation. Les promoteurs pensaient que les touristes allaient venir en masse, acheter et repartir. Faut encore qu’ils achètent, avec la crise mondiale ! Les malls devront leur survie à leur capacité de vendre à des touristes. À mon avis, il y a trop de malls à Maurice.
> Xavier-Luc Duval a promis de se pencher davantage sur le secteur du tourisme cette année...
Cette industrie a besoin d’une attention particulière de la part des opérateurs et du gouvernement, au niveau de la politique. Cela fait quatre ans que je plaide pour la diversification des marchés. Je constate que nous tentons une percée en Asie. Je propose de mettre dans notre champ de vision des pays comme le Brésil, l’Argentine, le Chili, le Mexique…
Pour aller en Amérique latine, il faut aller récupérer le visa en Afrique du Sud. Il y a une absence de relations diplomatiques entre ces pays et nous. Je vous cite l’interview de Martini Redrado, gouverneur de la Banque centrale d’un de ces pays (Argentine) : « One of the key things that I want to tell policymakers here is how few people in Latin America know about Mauritius ». Je suis d’avis qu’il faut une politique de langues au niveau du programme scolaire pour éviter la barrière des langues.
> Qu’en est-il de l’emploi pour 2013 ?
La situation n’est pas brillante, selon les derniers chiffres de la Chambre de commerce. Il faut la croissance, l’exportation et la compétitivité. Le grand souci demeure l’investissement privé.
19 June 2013

Sunday, 06 January 2013 11:21
Pierre Dinan : « La résilience n’est pas éternelle » Featured
Même si notre économie peut paraître résiliente, souligne Pierre Dinan, nous ne devons pas oublier que nous marchons sur des œufs. Un exemple concret, précise l’économiste, est la difficulté qu’éprouvent les shopping malls à décoller.
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Published in Interview
Jean Claude Dedans
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